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Proposer… débattre…voter : moins simple qu’il n’y paraît!

Que restera-t-il du discours de politique générale prononcée devant les députés par le Premier des Ministres dans quelques heures ? Bien malin qui peut le dire tant plane au-dessus de son contenu les incertitudes du vote d’une éventuelle motion de censure. Tout se jouera demain à quelques voix près car dans le fond, nombreux sont ceux que les propos de l’occupant forcément provisoire de Matignon ont désarçonnés.

Le discours du porte-parole du RN a démontré ce que le populisme a de plus lamentable en cumulant la médiocrité absolue des arguments, les jeux de mots poussifs, les approximations massives et la haine palpable. Rien de mieux à l’opposé tant la posture était établie et donc il n’y eut aucune surprise. Pour toutes les autres interventions même si c’était un peu plus détendu on était dans le jeu de rôles.

L’Assemblée nationale ressemble à toutes les autres instances de démocratie représentative où l’on cause sans entendre l’autre, sans essayer de comprendre et où on lit des discours écrits avant les séances. En fait chaque orateur joue sa partition avec l’espoir qu’il séduira ses partisans et que médiatiquement il parviendra à délivrer une expression ou une phrase qui sera reprise en boucle. La politique spectacle a pris de plus en plus de place et le contraste entre les propos du censurable potentiel et ceux qui lui ont succédé sur scène était frappant. C’est probablement ce qui lui vaudra d’échapper au sort néfaste qui lui était promis.

Son propos reposait sur une formule qui a rendu dérisoires les effets de manche des uns et des autres. « Le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez » : il est assez significatif  que le rappel de ses trois étapes soit apparu comme extraordinaire aux observateurs alors qu’il résume ce que devrait être un vrai pouvoir démocratique partagé. La dérive du fonctionnement des assemblées délibérantes où l’on se contente d’approuver ou de critiquer est apparu en creux face à cette proposition répétée à sept reprises.

A partir du moment où l’on doit son élection à un groupe quel qu’il soit qui vous a désigné, la liberté de débattre n’existe pas. Lever la main pour repousser sans jamais rien proposer constitue le positionnement le plus confortable. Ce que l’on appelle pudiquement « la discipline de vote » dont on vérifiera l’efficacité ce jeudi altère considérablement le fonctionnement de toutes les assemblées. C’est particulièrement vrai au Palais Bourbon où seuls quelques « porte-parole » peuvent délivrer la bonne parole. C’est probablement la première fois depuis longtemps sous la V° République que s’ouvre une fenêtre sur un possible débat… qui selon moi tournera vite court puisque personne n’a intérêt à ce qu’il existe.

Accepter d’échanger, de confronter, de défendre un point de vue ou de proposer une autre vision n’a plus cours dans une grande majorité des « démocraties » représentatives. Celui qui ne maîtrise plus les horloges a donc été désavoué par les propos de celui qu’il a nommé. Il a pris par les mots et par le verbe le contre-pied des pratiques élyséennes. Pour combien de temps ? Avec le soutien de son camp ? L’habileté c’est de mettre les députés face à leur responsabilité. « (…) nous débattrons » certes mais… « vous voterez » devient un corollaire dangereux dans le contexte actuel où il y a le feu à tous les étages.

Les votes sur les censures (notamment celle déposée par LFI) ne témoigneront pas d’un changement de l’approche démocratique. Plus le résultat sera acquis et plus les qualificatifs de « traîtres » ou de « collabos » seront utilisés par les tenants de la virginité conférée par l’hostilité d’opportunité. Dans le fond accepter que la formule synthétique du Premier des Ministres soit mise en œuvre c’est sacrément secouer le monarque républicain en place. Il a avalé probablement de travers la suspension de la seule réforme qu’il voulait garder pour la postérité. Le discours de politique générale constitue pour lui un désaveu flagrant de son attitude et de sa manière d’agir. Il ne supportera pas longtemps une telle prétention.

Je sais personnellement combien il est difficile de faire accepter la différence politique. Lorsque j’ai pris position contre la « déchéance de nationalité » et dans bien d’autres occasions où j’ai exprimé ma différence dans des choix publics ou plus discrets les reproches et les menaces ont été aussi nombreux que les encouragements. L’écriture de mon bouquin sur « le partage du pouvoir local » par l’autogestion associative citoyenne a été boudé et même ignoré (j’ai quelques réponses savoureuses à mes envois). Pas conforme à la tendance majoritaire. Débattre est réservé à celles et ceux qui s’autodésignent pour le faire avec la complicité d’un système médiatique ayant institué le vedettariat.

L’emmerdeur sera toujours celui qui préfèrera sa conscience aux consignes, celui qui en appellera à la responsabilité plutôt qu’au laxisme, à la raison plutôt qu’à la religion politicienne, à l’effort de comprendre plutôt car la médiocrité de suivre. Il n’y en aura pas tant qu’on le croit… car la facilité c’est d’aboyer avec les loups plutôt que de chercher la solution pour les combattre. Qui saisira la chance de sortir des postures en restant fidèle à ses valeurs ? On verra…

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