La fameuse « lutte des classes » qui a alimenté durant plus d’un siècle les querelles politiques n’existe plus si l’on se fie aux affirmations de certains leaders de la gauche. Cette expression désignait les tensions dans une société hiérarchisée en strates luttant les unes contre les autres pour maintenir ou améliorer sa situation sociale et économique. Pour Karl Marx et Engels qui ont « médiatisé » ce concept il existait finalement deux entités opposées : le capitalisme et le prolétariat. Avant la Révolution la Noblesse, le Clergé et le Tiers-Etat constituaient des classes rivales et excluant surtout la très grande majorité des hommes (les femmes ne comptaient pas dans le débat) soumis à ces trois entités d’une manière ou d’une autre.
L’affrontement a une toute autre allure depuis cinquante ans et les classes qi elles existent encore sur le fond se sont effacés pour être remplacées par une fragmentation corporatiste, ethnique, culturelle et cultuelle de la France et de l’Europe. Elle est beaucoup plus dangereuse car ce phénomène est utilisé pour détourner l’attention des citoyens de l’essentiel. Le pays s’est transformé en billard avec ses boules de couleur différente qui se cognent, se poussent, se heurtent plus ou moins violemment pendant que le pouvoir de l’argent et du profit poursuit son chemin en se régalant de cette diversité affaiblissant les contre pouvoir.
Lorsque l’on observe le fonctionnement social le mal le plus profond devient chaque jour un peu plus le « mépris de classe ». S’il a dans le fond toujours existé dans l’Ancien régime il avait été quelque peu dilué par la III° République et ses fondements humanistes. En imposant des améliorations considérables du statut des plus faibles, cette période institutionnelle avait fini par user la puissance des castes possédantes.
Les bases des réformes définies par le Conseil national de la Résistance visaient par le biais des services publics à rétablir un certain équilibre. Les secteurs de la santé, de l’éducation, de la justice, de la mobilité ou de l’accès à l’énergie gérés sur la base de la solidarité constituaient une contre-partie fiable au poids de la richesse matérielle de ceux qui se les offrent par leur puissance financière.
Le partage solidaire n’a plus aucune existence dans une société où la réussite ne repose que sur le compte en banque. Son volume donne tous les droits mais plus aucun devoir. Si l’on voulait une illustration de la montée du « mépris de classe » qui renforce les fractures sociales , l’entretien que vient d’accorder un héritier milliardaire » bien connu au Sunday Times. Se pliant aux us et coutumes de l’époque le milliardaire a pratiqué l’outrance verbale qui masque l’incapacité à participer à un débat argumenté et apaisé. Ses mises en cause de Gabriel Zucman reflète le mal de ce XXI° siècle : l’invective qui supplante la raison.
Il a qualifié l’économiste défenseur d’une taxe sur les très hauts patrimoines, de « militant d’extrême-gauche » ce qui dans son esprit est un gage d’incompétence notoire et range celui qui le reçoit au rang de paria. Il a ajouté pour faire bonne mesure qu’il s’agissait d’un « pseudo-économiste ». Deux affirmations qui traduisent cette propension orgueilleuse des possédants à considérer qu’un enseignant est un zéro et qu’il est forcément un ennemi potentiellement dangereux. La preuve ? Il a conclut par une formule choix : sa proposition relève « dune volonté clairement formulée de mettre à terre l’économie française ».
Deux classes sont apparues et s’allient en permanence : celle qui domine le monde du profit et celle qui est installée dans tous les recoins du système étatique. Les passerelles entre les deux pullulent et facilitent les ententes pour conserver ce statut de domination. Dans ce monde on assiste en permanence à al « lutte des places » et elle bat son plein actuellement.
Si l’on regarde ce qu’il se passe actuellement aux USA sous l’impulsion du Trumpisme on ne peut que constater que les universités bénéficient d’un traitement de choc dévastateur, que les scientifiques, les femmes et les hommes en charge de la recherche sont vilipendés, licenciés, « exterminés’, que la purge des livres ou des produits culturels s’accentue, que tout ce qui contribue à la réflexion ou au débat est discrédité.
La diatribe d’un milliardaire français approuvée avec enthousiasme par les ceux qui vivent dans son ombre laisse augurer des années difficiles car elle préfigurent ce qui nous attend en cas de victoire du national-populisme et de ses alliés. On peut ne pas être d’accord avec les propositions Zucman mais tenter de discréditer personnellement celui qui les porte relève de l’aveu de faiblesse et de la trouille de perdre une faible part de ses privilèges.
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En matière d’exces verbaux, n’oublions pas le roi du genre : Jean Luc Melenchon. C’est lui qui donne le ton en France depuis plusieurs années. Quant à la taxe Zucman, elle ne fait pas que cibles les ultra riches. Les entreprises aussi. Et c’est bien le problème.
Alors là, cher ami, vous vous contentez de nous resservir les mantras débités à longueur de temps, précisément sur les médias chargés de protéger, à tout prix, les intérêts de M. Arnault et de ses obligés (politiques compris, évidemment).
Oui, M. Mélenchon parle parfois haut et fort, et je pense que c’est nécessaire et je m’en réjouis quand il s’agit de défendre avec force les avancées du CNR (voir le commentaire de J.J.), que tous les gouvernements successifs travaillent à détruire depuis des dizaines d’années, quand la nouvelle aristocratie et oligarchie, qui vit aux crochets de la nation, crache son mépris à la face de « ceux qui ne sont rien » (M. Macron), qui sont « illettrés » (idem, vis à vis d’ouvrières en grève), quand elle envoie sa police arrêter préventivement, nasser, éborgner, mutiler, quand ce n’est pas torturer, tuer à bout portant, ceux qui contestent.
Je suis plongé dans la biographie de Jean Jaurès et, quand j’entends parler avec effroi de la violences des débats à l’Assemblée Nationale, je me marre doucement. Il faut avoir la mémoire courte et oublier les combats virulents au Palais Bourbon à l’occasion de l’affaire Dreyfus, la loi de séparation de 1905 entre autres.
Bref, dans la période, les mots forts de M. Mélenchon sont de la petite bière, et je trouve que le peuple français est bien brave de rester dans les limites où il se cantonne… pour le moment…
En somme, Boyard, Delogu, Panot et autres magiciens du verbe parlementaire sont de la petite bière à côté de Jaures, Clemenceau et quelques autres ténors de troisième république. Merci de l’info. On n,est jamais déçu avec la rhétorique de la gauche radicalisee version XXIe siecle. Même le député acheteur de drogue estampillé LFI est de la petite bière. Cela prouve au moins une chose. L’electeur melenchoniste n’est pas regardant sur le corpus intellectuel de ses élus.
« Les bases des réformes définies par le Conseil national de la Résistance visaient par le biais des services publics à rétablir un certain équilibre. »
Ces réformes avaient été adoptées en leur temps par des hommes et femmes issus pour la plupart de la Résistance, parfois rescapés des camps et ayant échappé à la fureur nazie.
Il y eut peu d’opposition des possédants, petits ou grands, qui pour beaucoup s’étaient goinfrés avec le marché noir et autres combines en collaborant avec l’occupant.
Le Capitole auquel ils avaient cru parvenir s’était dangereusement rapproché de la Roche Tarpéienne.
Ceux qui échappèrent à un châtiment « définitif » en furent quitte pour quelques années d’Indignité Nationale, qui ne les affecta pas beaucoup, mais suffirent un temps à les neutraliser.
Malheureusement « tout » fut rapidement amnistié, voire oublié et les proscrits de jadis (ou leurs descendants) règnent en maître, avec une outrecuidance et un esprit de revanche assumé.
La soi disant épuration fut une vaste duperie.
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« ..la taxe Zucman, elle ne fait pas que cibles les ultra riches. Les entreprises aussi. »
Bonnet blanc et blanc bonnet. Comme les entreprises sont à la merci des spéculations financières de leurs possesseurs, ça ne changera pas grand chose sur leur incertain avenir guidé par l’appât du gain. Les intérêts de la Nation et des Travailleurs ne sont que rarement des notions prises en compte.
L’argent n’a pas d’odeur ni de Patrie.
et oui tout cela est vrai
et ça continuera les gens ont des jeux du pain et des alloc en guise de salaire , tout va bien
la télé est la pour en témoigner
et le petit jeu de Mitterrand avec JM le Pen continue avec Marine
alors vivement un De Gaulle avant Robespierre Danton ou Marra
Je ne sais pas si JJ a travaillé dans le prive mais son bonnet blanc blanc bonnet sent son ancien fonctionnaire. Il m’etonnerait que les salariés de LVMH, l’Oreal ou Hermes, sans parler de ceux des start up, ,soient de son avis. Mais l’ignorance du monde économique est un de nos gros problèmes alors qu’une majorité de Français travaillent désormais dans le secteur privé. Je ne serais pas surpris que JJ rêve de nationalisations et d’une économie administrée. Ce serait la logique du bonnet blanc blanc bonnet. Une expression qui nous vient du communiste Jacques Duclos en 1969. Pas un hasard.
Je m’exprime évidemment en mon nom, mais j’apprécierais que les intervenants éventuels s’abstiennent d’engager ou d’entretenir des polémiques qui risquent de dégénérer et d’altérer la bonne humeur, l’esprit de camaraderie et d’amitié partagée (n’est ce pas Christian, « in memoriam » ?) qui est la règle implicite sur ce blog depuis sa création.
Comptant parmi les plus anciens lecteurs quotidiens de Roue Libre, où jusqu’alors aucune remarque au sujet des propos exprimés n’avait provoqué de différend, je me permets cette intervention.
Si les propos tenus ne plaisent pas à certains lecteurs, ils ne sont pas obligés d’en prendre connaissance et encore moins de les commenter.
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