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Depuis sous la table du dernier conseil des « sinistrés »

Voici un pays au bord de la faillite et totalement ingouvernable dont le Président parade sur la scène internationale en donnant la leçon, en se montrant à la moindre occasion, en fustigeant les puissants qui le regardent avec un certain agacement. Dans quelques jours il n’aura plus de Ministre de la Défense et il vient de changer de Chef d’État Major mais rien ne semble le ralentir dans sa quête de la reconnaissance internationale quand il n’a plus celle de la nation qu’il dirige.

Une course effrénée avec des réunions, des rencontres, des échanges, des symposiums qui lui permettent, grâce aux fameux points presse, de tenir une place dans les télés et les médias. Personne ne remarque que le Chef des Armées ne se déplace plus du tout sur le terrain provincial. Reclus dans le Palais de l’Élysée il s’évertue en effet à s’élever au-dessus de la pagaille générale qu’il a créée. Cette posture de va-t-en-guerre potentielle masque en réalité la panade dans laquelle il se trouve.

La dernière réunion du gouvernement a eu, hier matin, des allures de veillée funèbre. Bon nombre des présents autour de la grande table n’ont en effet que peu de chances à se retrouver dans quelques jours. J’avais placé un micro et une caméra dans la salle que j’ai eu le privilège de visiter plusieurs fois. J’étais aussi sous la table vieille de cinq ans dans un style très moderne et sans tapis pouvant amortir un poker (menteur évidemment). Avant d’avoir à expédier les « affaires courantes » et laisser donc couler inexorablement le navire France la bande hétéroclite à Bayrou se retrouvait pour une rentrée manquant de classe . Je vous y invite. Suivez moi !

L’ambiance était donc d’être pesante car chacun surveillait du coin de l’œil la flopée de prétendants à la « succession », des héritiers qui ont préempté en viager le pays et qui se classent en deux catégories. Celle des « modestes » qui se contenteraient bien de Matignon malgré la précarité du poste. L’autre plus réduite mais plus musclée : les « ambitieux » qui ne visent pas moins que la place de celui qui les a faits ministres. Eux craignent de se retrouver dans le rôle de préparateur d’un budget qui quoi qu’il advienne, sera très insuffisant pour effacer dix ans d’erreurs dogmatiques ayant conduit à la catastrophe financière que l’on connaît.

Soucieux d’être chassé du pouvoir par des « ingrats », des « idiots » et des « inconscients », Bayrou bredouilla, comme le matin même de bonne heure sur BFM , les mêmes considérations psalmodiées depuis plusieurs semaines. Il espère simplement entrer dans l’Histoire grâce à une défaite glorieuse face à des ennemis réunis dans une coalition conjoncturelle. Il a redit combien « la situation était grave ». Il a asséné quelques conseils pour son éventuel successeur (à bon entendeur salut!). Il a remercié le Président pour son « soutien » alors qu’il savait fort bien que celui-ci ne lui avait attribué le poste de premier des Ministres que sous la menace. Il a dressé un bilan élogieux « compte tenu des circonstances » de ses neuf mois d’action et a oublié de parler de l’avenir. Le Sinistre de l’Intérieur a eu durant tous ce laïus un petit sourire narquois et celui de la Justice jubilait puisqu’il avait été un prétendant écarté car trop dangereux, après le départ de Barnier.

Mains croisées sur la table, visage fermé, le « copain » des Armées tentait de dissimuler son impatience. « Bien fait pour lui ! pensait il. S’il ne m’avait pas volé la charge qui me revenait, nous n’en serions pas là ». Lui le fidèle craint en effet d’être à nouveau dans le rôle du dauphin, cet « animal » politique dont on prétend qu’il finit toujours par échouer sur les plages où il meurt. Il écoutait d’un air amusé la présentation d’un tableau apocalyptique dressé par le Grand Maître de Bercy qui présenta pudiquement le spectre de la mise sous tutelle par le FMI ! Tout le monde baissa la tête. « Le relèvement constant des taux d’intérêt expliqua celui qui désormais compte à rebours puisque le déficit se creuse, nous place dans une situation délicate (euphémisme pour ne pas choquer le président). Nous entrons dans le triangle des Bermudes financier ». Pas un mot. Pas un bruit même d’une mouche du coche éventuelle.

Impossible d’évoquer le droit d’inventaire (la jurisprudence Jospin est dans les mémoires) et donc on attendra simplement et sagement la parole suprême de Saint Emmanuel. Elle est tombée d’un ton agacé (je n’ai pas que ça à faire. Le monde m’attend ! »).  « Je ne démissionnerai pas dans le contexte géopolitique actuel car ce serait affaiblir la France. Personne à part moi, peut encore sauver l’Ukraine et générer un mouvement mondial de reconnaissance d’un État palestinien. Si je quittais l’Élysée, nos alliés ne le comprendrait pas. Mon expérience est en effet irremplaçable. Je ne dissoudrai pas l’Assemblée nationale et je n’appellerai pas un Premier Ministre socialiste. Mais rien n’est perdu. Monsieur le Premier Ministre rappelez vous les propos d’Henri IV sur lequel vous avez écrit un livre : ‘le meilleur moyen de se défaire d’un ennemi, c’est d’en faire un ami’. Soyez… Faure ou plutôt malin et fort. A vous de jouer ! Montrez moi que vous savez vous trouver des amis !  Vous avez quatre jours pour redresser le tir et vous trouver une majorité ! » Il n’en pensait pas moins : ses propos sonnaient faux et personne n’y croyait; Mais sait-on jamais… 

L’ordre du jour n’avait aucun intérêt (le crédit à la consommation). Quelques nominations précipitées furent préparées pour verrouiller encore plus l’appareil d’État avant les municipales et on se sépara. Des décrets étaient rédigés à la hâte. Chacun a déjà attaqué la confection de ses caisses d’archives personnelles, récupéré quelques études ou notes confidentielles et attendra le verdict de lundi. Personne n’a entonné « ce n’est qu’un revoir »… En partant quelques-uns se sont retournés sur le… salon des « Murat » (ça ne s’invente pas un maréchal d’Empire !) où depuis 2014 se déroulent les conseils des Ministres. Dans le fond c’était pas mal le gouvernement. On regrette de partir. 



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Cet article a 4 commentaires

  1. Hervé Mathurin

    Voilà un commentaire qu’Olivier Faure pourrait applaudir. Comme à peu près tout le monde en ce moment. C’est la convergence non des luttes mais des opinions hostiles à Bayrou, Macron et tout ce qui ressemble à un gouvernant. A se demander s’il sera possible un jour de gouverner sans en prendre plein la figure. C’est d’ailleurs le danger qui guette les mécontents du bitume. Le constat, c’est très bien, c’est le plus facile, mais à un moment, il faut prendre des décisions, et c’est là que commence la volée de bois verts, rouges, bruns etc. La France ne sera pas plus gouvernable à gauche qu’à droite, au centre ou à fortiori aux extrêmes dans les mois et années à venir. C’est le résultat d’une crise des démocraties occidentales dont on peut aussi percevoir les effets en Grande Bretagne, en Allemagne, en Belgique, en Espagne etc. On peut donc imaginer une réponse totalitaire où on fera fi des râleurs de Roue Libre ou d’ailleurs. C’est à ça qu’ils devraient penser de temps en temps. Mais ce n’est pas tendance.

  2. faconjf

    Bonjour,
    l’étape du 8 septembre est en vue vers l’hypothétique grand soir du 10, dommage que la petite souris des tapis présidentiel ne nous fasse pas un rapport détaillé des mesures paramilitaires prévues pour ce jour là.
    Le bruit court que pour le mouvement du 10 septembre les gens souhaitent faire et organiser des pillages en parlant d’opération « caddie gratuits » on rentre, on se sert et on part en courant. Voila qui en dit long, très long sur l’effondrement moral et sociétal qui est le nôtre. En propageant de telles rumeurs les trolls de la ferme Mac-Ronniste espèrent ranger de leur coté la bien-pensance petite bourgeoise effrayée par le chaos.
    L’expérience des GJ avait surpris l’oligarchie, ici ce n’est plus le cas la répression va s’abattre avec férocité sur les gueux imprudents. Le tandem Dard-Malin / Gros Taïaut encouragé par la mafia des oligarques va lâcher les chiens et il n’y aura aucun frein au zèle des robots-cops et des chats fourrés des tribunaux de flagrance. Le pouvoir tremble devant un mouvement horizontal non structuré sa crainte ce sont des petits groupes très mobiles et insaisissables comme l’eau et pas de manifs à proprement parler. une nuée d’actions commando en petit groupe (aller devant un entrepôt amazon, poser 3 palettes et deux pneus dans le passage, jeter une bouteille d’essence et une allumette, et disparaître aussitôt dans la nature, destruction des radars, neutralisation des distributeurs de liquide et autres joyeusetés ) bref une forme de guérilla. Pour compléter si rassemblement il y a il sera soit très massif, soit composé de très nombreux petits rassemblements volatils dispersant les forces de l’ordre.
    Le hara-kiri de la bête à rames le 8 devrait désamorcer cette vision paranoïaque de l’oligarchie voyant des gueux mordant la main qui les nourrit.
    Tout réside dans l’espoir manifesté par Sarko d’une dissolution portant le « beau Jordan » à Matignon, espoir partagé par le patron du Medef. Les vieux démons du passé reviennent en force pour éviter le désordre nocif aux affaires. Le pillage des dernières dépouilles doit s’achever rapidement laissant place au rançonnement des gueux responsables désignés des erreurs ( voulues) du passé.
    Les propos du guide égyptien résonnent dans ma mémoire.  » J’ai survécu à trois crises économiques majeures la covid et 2 révolutions, il m’a fallut tout vendre à chaque fois pour nourrir ma famille et tout reconstruire chaque fois, si dieu veut j’espère ne plus connaître de révolution ». Un avertissement sibyllin d’un observateur attentif de notre pays qui percevait déjà le délitement de notre société.
    Nous nous précipitons vers les récifs dans un pays ou tout est devenu interdit ou presque, et quand tout est interdit dans un pays ou qu’il faut une autorisation pour tout, alors dans les faits plus rien n’est interdit et plus personne n’en a rien à faire. C’est déjà le cas dans les banlieues où les narcos organisent une forme de redistribution sociale pour finir de gangrener les institutions défaillantes.
    Pas grave, on va déclarer la guerre à Put1, c’est bon pour les affaires ( et la corruption)… Après moi le déluge!
    Bonne journée

    1. J.J.

      « La répression va s’abattre avec férocité sur les gueux…..Certainement ! On pourra alors en effet constater, que contrairement aux manifestations de la fnsea et les rassemblements de teufeurs, où eles ont brillé par leur discrétion, les forces de l’ordre ont probablement épuisé leurs RTT.
      Salut et Fraternité.

      1. Hervé Mathurin

        En fait de gueux, une enquête assez éclairante publiée aujourd’hui dans Sud Ouest indique que la majorité des manifestants du 10 septembre sont des cadres, des étudiants, des lycéens, tous marqués très à gauche et en particulier à la France Insoumise. Très peu d’ouvriers en revanche, ce qui distingue le mouvement des gilets jaunes. On aura donc une manifestation assez classiques, sans doute assez violente car les blacks blocs ne manqueront pas de s’inviter avec leur cagoule. Et de casser des vitrines. Mais on parlera comme d’habitude de la répression policière. Bref, rien de franchement nouveau. Du moins a priori et j’attends de voir le démenti.

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