La rentrée… Cette nuit certains élèves ont mal dormi à l’idée de reprendre le chemin école, d’un collège encore plus et peut-être d’un lycée dans lequel ils ne se sentent pas forcément à leurs aises. D’autres se réjouissent à l’idée de retrouver des jeunes de leur âge avec lesquels ils partagent les bons moments d’une vie collective. Mais dans le fond celles et ceux qui se seront fait des films noirs sur l’écran d’une nuit blanche comme l’a écrit Nougaro seront les enseignants. Une rentrée c’est le retour à la poursuite du temps, la sensation d’être écrasé par des responsabilités de plus en plus lourde à assumer.
Lentement mais inexorablement au fil des cinquante dernières années la société a élaboré l’idée que tout ce qu’elle génère de malsain, d’échecs de masse, de manquements aux vertus civiques ou morales doit être réparé par le système éducatif. Les établissements deviennent des réceptacles des travers sociétaux.
Ainsi les carences familiales de plus en plus flagrantes si l’on se contente simplement d’observer le comportement des gamins plombent les apprentissages. Inattentifs, parfois totalement indifférents, dépourvus de tout repère ils ont du mal à admettre la nécessité de se conformer à toutes les règles indispensables à l’acquisition de savoir. Difficile d’en parler car électoralement très néfaste. Il est plus aisé de laisser accroire que le professeur saura jouer les redresseur de torts. Le rôle de parents n’étant pas inné il est souvent (trop souvent) délégué !
Sans aucune référence à l’âge de celle ou celui qui est concerné, le comportement de l’enfant-roi se développe à grande vitesse. Ce n’est pas une question de niveau social. Bien au contraire. Tout obtenir sans effort conduit à un refus de participation à l’école et la recherche d’échappatoires pour ne pas répondre aux exigences du travail scolaire. La notion même d’engagement appartient de moins en moins aux critères de réussite. Le seul qui vaille devient celui du fric qui donne tous les pouvoirs, permet tous les rêves et occultent une forme de réussite personnelle par l’école.
L’ascenseur social qui apportait des satisfactions aux familles les plus modestes et permettait à leur progéniture de grimper les étages et donc dépasser le niveau où elles se trouvent. Cette élévation sociale par le savoir et pas nécessairement livresque ou académique devient une rareté que la non-mixité de fait de l’enseignement, la sélection par l’échec, l’orientation soit massive soit ségrégative développe à chaque rentrée un peu plus.
L’efficacité en tant qu’ascenseur social a été largement remise en question par plusieurs sociologues, dont Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron qui démontrent que l’école tend à reproduire les inégalités sociales plutôt qu’à les corriger. Elle valorise des formes de culture et de savoirs qui sont principalement l’apanage des classes dominantes. Les enfants issus de milieux favorisés bénéficient donc d’un avantage considérable, car ils maîtrisent déjà les codes culturels exigés par l’école. En revanche, les enfants des classes populaires, qui n’ont pas ce capital culturel, rencontrent plus de difficultés à s’adapter aux attentes scolaires.
En France, les statistiques montrent que l’origine sociale reste un déterminant majeur de la réussite scolaire. Selon une étude de l’INSEE de 2020, 70 % des enfants de cadres supérieurs obtiennent un diplôme de l’enseignement supérieur, contre seulement 26 % des enfants d’ouvriers. De plus, parmi ceux qui parviennent à obtenir le même diplôme, les jeunes issus de milieux favorisés ont souvent accès à des établissements plus prestigieux, ce qui leur confère un avantage supplémentaire sur le marché du travail. Les élites qui pondent les instructions officielles, les programmes, les réformes le savent mais se gardent bien d’imposer quelque chose.
La rentrée dans l’incertitude géopolitique (l’armée devient prioritaire, le paiement de la dette créée par une oligarchie centrée sur la croissance économique productiviste, les conflits en cours ou à venir) et un système politique à bout de souffle (incapacité à véritablement dialoguer et réformer, ministres soumis aux volontés des hauts fonctionnaires pratiquant les chaises musicales…) tournera une nouvelle fois au fiasco.
Il manque plus de 5 000 enseignants dans le pays et le recrutement tourne à la pantomime. Demain les télés montreront les pleurs des petits entrant à l’école maternelle et des manifs de parents contre la suppression de classes. Pour le reste en verra quand il sera trop tard.
Avant les vacances de la Toussaint il y aura un(e) nouvel(elle) occupant(e) des locaux de la rue de Grenelle… La lourde galère ingouvernable de l’Éducation continuera sa dérive malgré des dizaines de milliers de rameurs du quotidien que l’on appelle « profs » et qui tentent de la maintenir à flots.
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Bonjour Jean-Marie !
Et si tout cela était voulu, programmé, inculqué … « à l’insu de notre plein gré » dixit Virenque, telle une potion magique alambiquée par un certain Jean Monet ( 1955 et la création de l’Europe !)?
Oui …je sais ( comme disent les d’jeunes !)… tu vas me traiter de complotiste invétéré ! ! ! Sauf qu’Alzheimer me laisse ma p… de mémoire ancienne intacte ! ! !
Amicalement
L’ ascenseur social est en panne, certes , encore faudrait t’il qu’ une fois arrivé à destination et en ouvrant la porte , on trouve quelque chose à faire.
Je veux dire par là qu’ avec la désindustrialisation du pays , fermeture des centres d’ apprentissage et délocalisation , beaucoup de métiers ont soit disparu , soit sont faits ailleurs qu’ en France .
Je pense également que les enfants des classes populaires ont aujourd’hui plus qu’ hier les moyens de s’ instruire si seulement ils le voulaient, même si évidemment , c’est plus facile en ayant des parents présents et instruits.
Ils ont pour beaucoup, un portable , un ordinateur , des Nike , des motos pour faire du rodéo urbain, c’ est plus drôle que de se cultiver ….
J’ ai personnellement beaucoup appris en écoutant des podcasts , en regardant des films en VO sous titrés .
Il est tellement plus facile de trouver des excuses à ses échecs que de se bouger les fesses pour réussir , et pour conclure , du boulot en voilà , avec la disparition de la fin des réseau 2g et 3g sur les ascenseurs , il suffira de le prendre et de rester dedans pour réussir à le réparer.
https://www.dipascenseurs.fr/details-quels+impacts+de+la+fin+des+reseaux+2g+et+3g+sur+les+ascenseurs-499
Cordialement.
« En France, les statistiques montrent que l’origine sociale reste un déterminant majeur de la réussite scolaire. »
Ça a été toujours plus ou moins vrai. Je me suis trouvé, moi, issu d’un milieu plutôt modeste, avec d’autres camarades, dans des classes où nous côtoyions des enfants issus de classes sociales dites supérieures (enfants d’IA, préfecture, banque, commerçants huppés etc..).
Si la plupart de nos camarades, et leurs parents quand nous avions l’occasion de les rencontrer nous traitaient avec bienveillance, certains profs(anciens) et surtout la direction (le protal, en particulier) nous considéraient comme des intrus, depuis l’ouverture gratuite, après l’occupation, des établissements secondaires. Nous formions une espèce de « ramassis » sans égard pour nos résultats ou nos difficultés d’adaptation, que le proviseur appelait élégamment : « une queue croustillante ». Très encourageant, beaucoup furent éliminés sans pitié.
À mon humble avis, le passage systématique des élèves de CM2 en sixième, « sans autre forme de procès », sous prétexte de favoriser l’égalité des chances et l’intégration sociale été une monumentale erreur, doublée d’un non moins monumental fiasco. Une scolarité à la traîne et après le collège de pauvres enfants « lâchés dans la nature » et très souvent victimes du décrochage. II ne faut peut être pas chercher plus loin les causes de la délinquance chez les jeunes.
Au lieu de combler la « fracture sociale », elle l’a aggravée : mettre dans le même sac et dispenser un enseignement semblable à des enfants qui ont suivi une scolarité normale et qui ont des acquis solides, et d’autres qui n’ont que de vagues connaissances, et qui parfois ne savent même pas lire, me semble une monstrueuse aberration, avec toutes les conséquences négatives que cela implique.
Je me trompe peut être, mais j’y vois aussi une raison de l’amplification du harcèlement scolaire. Il serait bon qu’une étude sérieuse vienne infirmer ou confirmer cette hypothèse.
Oui, je sais , je suis un vieux radoteur qui regrette le temps où les enfants, à l’issue de leur « cursus » primaire partaient dans la vie avec le « certificat » [pas mal d’enseignants d’ailleurs, ayant à cœur la réussite de leurs élèves dispensaient gratuitement, des cours sur leur temps libre, après la « classe », ce qu’ils considéraient comme un devoir civique.] qui permettait de trouver un travail et même à certains de continuer leurs études, et de grimper dans l’ascenseur social.
Bonjour,
l’éducation nationale le jour de la rentrée est aujourd’hui une personne âgée au moment de son accueil en Ehpad. Voici la raison pour laquelle je commence par cette phrase incongrue, ceci est la déclaration de la Faucialiste prononcée en 2017 à Yale » Anne Hidalgo expliquant qu’il y a 3 populations dans les grandes villes : les « winners » de la mondialisation, « comme nous », car « diplômés » et dont « le monde est leur monde », les « loosers » de la mondialisation, et « au milieu », la « classe moyenne, dont on a besoin car ils travaillent » (2017) ». source https://x.com/i/status/1962003664169734427
L’éducation nationale est donc totalement orientée dans cette direction en se construisant autour de ce schéma oligarchique. L’éducation nationale est une très vieille institution qui a perdu ses illusions de jeunesse. Institution trop vieille et sans forces elle se meut difficilement aidée par son déambulateur, quand elle n’est pas en fauteuil roulant déplacée dans les couloirs du pouvoir comme un meuble embarrassant au gré des zélites.
Notre « modèle éducatif » est à l’agonie, bradant tous ses acquis comme ces personnes âgées rançonnées par les « prisons de retraite » qui vendent leurs biens pour éviter de se retrouver à la rue.
Il y aurait beaucoup à dire et surtout beaucoup à faire pour restaurer l’ensemble de ce prestigieux édifice construit par nos anciens que les dirigeants boomer et leurs successeurs s’efforcent de dépecer ( coucou le père Ubu de bête à rames).
Bonne journée et bonne rentrée
Mais où passe l’argent public ? vous voulez une idée regardez ici : https://xcancel.com/BusinessBourse/status/1962072223662874651
Hélas !
Je me souvient que mon grand fils avait un copain d’école primaire qui habitait à 100 m de chez nous.
Un petit gamin sympa de 7 ou 8 ans, qui vivait dans une famille à la ramasse.
On l’a eu beaucoup à la maison, il a beaucoup partagé avec nous et avec son copain.
Malgré tout ça, accablés, avec mon épouse, nous nous sommes fait la réflexion que ce pauvre gamin, bien qu’au tout début de son parcours scolaire, au tout début de sa vie, était déjà condamné par notre société, du fait de son entourage, de ses origines sociales.
Et malheureusement cela n’a pas tardé à se vérifier.
À l’heure du chacun pour soi, que faire pour que « l’égalité des chances » ne soit pas un vain mot ?