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Passé et présent d’été (27) : souvenirs sans frais

Chercher le frais dans un été aussi caniculaire que celui que nous connaissons est une nécessité. Les télés, les radios la presse écrite délivrent de multiples messages de prudence aussi simplistes qu’utiles dans une soci2té d’irresponsabilité. Ressasser qu’il faut boire ou qu’il est indispensable de se mettre à l’ombre n’a jamais été ignoré des « anciens ». La gourde en peau ou la sieste aux heures les plus chaudes appartenaient au quotidien de la ruralité. Mettre un béret ou un chapeau ne gênait absolument pas les jeunes et les moins jeunes. Mais il n’y avait que peu de foyers qui possédaient d’autres moyens techniques que ceux que leur avaient légué les ascendants pour combattre la chaleur.

La glaçon n’existant pas (ce fut un luxe que le réfrigérateur apporta dans les années soixante) il fallait se contenter d’outils mon sophistiqués et surtout moins cher. La mouche était le vrai fléau de l’été surtout si dans l’environnement immédiat il y avait un élevage. On pendait partout ces rubans collants dans lesquels elles se piégeaient seules. Les restes ou les réserves de nourriture devaient cependant être protégées.

Dans toutes les maisons un garde-manger en grillage très fin était suspendu dans l’endroit le plus frais qui était en général le chai. Il était placé hors de portée des rats ou des chats unis dans leur appétence aux délaissés provisoires des repas. Une seule denrée périssable échappait à ce refuge, le beurre. Un bien précieux qui rancissait très vite si la température montait et surtout si on le laissait en contact avec l’air libre.

Les beurriers à eau en terre cuite vernissée ou brute étaient conçus pour protéger une motte. Il se composait de deux parties : un bac inférieur empli d’eau légèrement salée et un deuxième récipient faisant office de couvercle, rempli de beurre et immergé dans la partie inférieure. Le beurre était maintenu au frais et isolé de l’air ambiant ; l’eau doit être changée tous les deux ou trois jours. En fait la réserve inépuisable venait du puits qui selon sa profondeur recelait un trésor frais et pur. Un seau descendu à la poulie ou au rouleau de bois muni d’une grande roue suffisait au bonheur de la maisonnée au moment de passer à table.

Mon grand-père Abel utilisait une autre stratégie. Comme le plus souvent la « piquette » (1) était épuisée quand l’été était venu il investissait dans des sachets de lithinés. En vente dans les pharmacies ceux du Dr Gustin étaient selon lui les meilleurs. Fabriqués à partir de la Lithine (oxyde de lithium) ces sels dilués dans l’eau fraîche fournissaient un breuvage pétillant ayant selon les publicités des vertus thérapeutiques. Il descendait le dimanche uniquement dans un panier grillagé destiné à égoutter la salade ou un seau, ses préparations dans le puits pour qu’elles conservent leur fraîcheur.

Dans les familles les plus aisées, une glacière témoignait du niveau de vie. A Sadirac le boucher se rendait chez Bernat fabricant de pains de glace près de la Gare Saint Jean et ramenait une précieuse cargaison qui lui servait et dépannait les propriétaires de ce qui était un meuble de luxe. Ils se présentaient à vélo ou avec une brouette et des bassines le vendredi pour récupérer tout ou partie d’une barre cristalline qui sectionnée à scie égoïne. Les commissionnaires du froid couvraient leur précieuse cargaison de toiles de jute humides ou des linges blancs.

Je ne me souviens pas avoir souffert de la canicule dans mon enfance. D’ailleurs si la chaleur montait une grande bassine laissée au soleil suffisait à mon bonheur et plus tard un trou d’eau près du pont sur le ruisseau La Pimpine avait absolument tous les attraits d’une piscine. Les douches municipales du samedi rares dans les années 50 et 60 ne désemplissaient que plus tard qu’à l’habitude.

Mon père qui gérait le lieu offrait une température adaptée au climat. Le « peuple » sadiracais (ouvriers agricoles ou du bâtiments, familles entières privées de l’eau courante dans leurs masures) débarquait pour prendre sa douche, luxe rare. D’ailleurs certains traînaient sous le pommeau prolongeant ce qui était un vrai plaisir estival provoquant l’intervention du gardien soucieux de ne pas voir une trop longues fille d’attente devant les quatre cabines disponibles.

Les étés très chauds jusqu’au quatrième quart du XX° siècle ne posèrent jamais de problèmes. On savait encore s’adapter « naturellement », tout était relatif et acceptable et l’été saison où l’on faisait du foin et du blé ne dépassait pas les limites .

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Cet article a 3 commentaires

  1. François

    Bonjour Jean-Marie !
    La chaleur … la chaleur ! ! On entend que cela ! Mais voyons Jean-Marie, malgré l’I.A. ( la trouvaille des jeunes !), il me semble que l’almanach de ma factrice m’indique « mois d’aout » et que c’est plus normai que de parler neige et verglas ! !
    L’eau fraiche dans le puits (32 m aller et autant au retour ! !): je n’ai jamais vu remonter de glaçons mais de l’eau fraiche … à 12 °C !
    Tu nous parles de ton grand-père Abel et de ses astuces anti-chaleur: le mien, Pépé Raphael appliquait le travail en horaires décalés, cette trouvaille de nos énarques (! !). À 4 h solaires ( 6 h Giscard ), casse’-croûte dans la musette, il partait dans les cultures souvent avec son copain Tarzan, le percheron ! 11 h 30 annonçait leur retour. Après le repas, il s’accordait une heure de sieste réparatrice, puis, selon l’intensité solaire, une bonne heure à l’ombre pour Sud-Ouest et le courrier. 16 h ( soit la débauche de 18 h Giscard !) le voyait repartir jusqu’au coucher du soleil ! Une petite question: demande à LFI de tels horaires ? ? ? ??????
    Les mouches: tu oublies la fausse carafe sans fond avec 4 pieds qu’après l’avoir garnie de vinaigre, on la posait sur la table au dessus d’un morceau de sucre. Quand je vois cet objet en brocante, je me fais un plaisir d’expliquer aux jeunes incrédules le fonctionnement de l’insecticide de l’époque … tout comme la pompe bleue Fly Tox! Oui … je sais … tu vas invoquer la sacrée biodiversité, tu sais bien, celle qui va nous faire crever !
    Bernat le glacier: dans la brume de mes souvenirs, j’aperçois dans le Bordeaux des tramways, des carioles à cheval fièrement marquées « BERNAT glacier » dont le cocher muni d’un crochet livrait à l’épaule ses icebergs de fraicheur. Depuis, Frigidaire et Thomson ont fait un pacte avec la fée Électricité, rangeant ces images d’Épinal au Musée d’Aquitaine ou à l’INA !
    Bon, Jean-Marie, je te quitte …temporairement pour clore les volets et laisser Ra jouer à l’extèrieur ! ! C’était le truc de Mémé Andrée dans les années 1950. Elle ne connaissait pas l’IA mais on vivait au frais …tout l’été !
    Amicalement

  2. Gilles Jeanneau

    Oh que oui, Jean-Marie et François, que de souvenirs me remontent à la surface en vous lisant!
    Mes parents avaient la chance d’avoir une glacière et je me souviens du glacier qui passait toutes les semaines porter son pain de glace… et du puits très profond aussi où nous devions, à tour de rôle avec mes soeurs, remonter le panier à salade où se trouver le beurre ou autre aliment!
    Mais on n’a jamais souffert de canicule!
    Les anciens savaient vivre, eux…
    Allez, bonne journée quand même

  3. Denise GN

    Je suis peut-être un peu plus jeune que toi, mais ce mot « lithiné » a aussi fait surgir des souvenirs d’enfance où, dans ma famille où chaque sou comptait, on avait droit, de temps en temps, le dimanche midi, à une bouteille de ce breuvage magique.
    Et moi, gamine, je regardais ma mère verser le sachet et vite, vite, refermer le bouchon à clapet de la bouteille en verre. A chaque fois, je frémissais de peur que la main de ma mère ne soit pas assez rapide et que le précieux liquide s’échappe…..ce qui n’est jamais arrivé…..

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