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Passé ou présent d’été (14) : le poids des senteurs

En été on aime bien prendre des couleurs et surtout de les apprécier à tout moment de la journée quand on prend le temps de se pencher sur les nuances de vert d’un paysage ou les teintes du bleu du ciel ou de la mer. Ce sont d’ailleurs celles qu’envient les vacanciers avides de silence réparateur face aux grands espaces ou de peaux ambrées sur des portions de sable blanc. Pourtant il faut se rendre à l’évidence, la période estivale est davantage celle des odeurs que celle de tous les autres sens.

D’abord parce que la chaleur exacerbe la grande majorité des supports odorants et leur donne une liberté inconnue le reste de l’année. Les activités humaines en plein air accentuent cette présence dans l’air commun de pastilles de senteurs habituellement muselées dans les cuisines. On imagine bien enfin que la nature elle-même se parfume pour des matins malins ou des soirées de gala. En été si l’on a le nez dans le vent il est aisé d’appréhender toutes les facettes de la vie.

L’odeur « musquée » après ou avant un orage est ainsi particulièrement enivrante pour celle ou celui qui sait apprécier les bienfaits d’une pluie bienfaitrice sur un sol surchauffé. Elle monte dans la campagne portant le bonheur de cette terre appelée nourricière alors qu’elle a attend chaque goutte comme une aubaine vivifiante.

Les plantes respirent en laissant partir les secrets retenus durant la crispation d’une journée torride. Cet étonnant assemblage éphémère disparaît dès que les nuages accentuent leur envie de se transformer en vaches qui pissent. Ils lavent tout et surtout effacent immédiatement cette odeur ressemblant à celle des ouvriers sous la douche après une âpre journée de travail sous le soleil.

Sur les bords de mer ou dans les ports les senteurs deviennent beaucoup plus subtiles quand la marée laisse la place aux algues ou au sable mouillé. L’odeur océane donne des envies d’épopée, de voyages au long cours, de périples dans les embruns du large. Elle-aussi appartient vraiment à l’été des vacances. Elle nourrit les rêves de voyage.

Les randonneurs savent eux, que le fameux ver de la chanson n’est pas tout à fait exact n’en déplaise à Jean Nohain : les « petits chemins (ne) sentent (pas tous) la noisette ».  Ils sont même très rares ceux qui exhalent ce parfum que je vous mets au défi de percevoir ! Il en est pas mal en revanche dans lesquels le chèvrefeuille répand ses effluves envoûtantes. Ces dernières prennent aussi leurs aises dans les jardins quand tombe la nuit.

C’est le moment aussi le moment où, dans la tiédeur de la pénombre, les massifs de jasmin se réveillent. Ils embaumaient dit-on les soirées voluptueuses des mille et une nuits, et au début de l’été ils offrent une opportunité aux gens attentifs de partir sous d’autres cieux. Mais rien ne saurait remplacer la lavande aux effluves pures et revigorantes qui ne se gênent pas pour prendre la meilleure place dans l’air provençal ou même, réchauffement climatique oblige, en bien d’autres lieux.

D’ailleurs j’ai conservé en mémoire ces flacons ciselés avec une poire de vaporisateur soigneusement rangés sur l’étagère du coiffeur portant fièrement les noms de ces fleurs. Quelques jets sur une coiffure donnaient aux hommes le sentiment de devenir irrésistibles en raison des vertus supposées séductrices des senteurs déployées. Ce fut la Belle Epoque, celle des parfums simples qui ne portaient pas encore le nom alambiqué « d’eaux de toilette » ! En revanche je n’ai jamais compris d’où venait l’appellation « cuir de Russie ».

Dans la proximité toutes les odeurs estivales n’ont pas le même prestige. L’apparition des barbecues et des planchas a rendu par exemple les effluves de sardines ou de tricandilles particulièrement envahissantes dans la proximité. Il y a de plus en plus souvent en soirée, des menus qui se promènent dans l’air. On y trouve des signes olfactifs de cuisson de merguez, d’entrecôte ou de côte de bœuf sur les sarments de vigne, de côtelettes de mouton, de thon ou bien d’autres poissons, de moules… aux fumets particulièrement alléchants sauf quand ils s’accompagnent de… fumées un peu trop envahissantes.

Les cuisines sous les étoiles offrent aux narines une opportunité amusante d’entrer dans leurs secrets. On grillait à tout va…avec les combustibles allant des cageots récupérés sur les marchés aux pieds de vignes abandonnés avec leurs produits chimiques inodores mais pas sans effets en passant par le charbon de bois  Désormais le fumet ne nécessite plus de fumée et même de feu !

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Cet article a 2 commentaires

  1. J.J.

    « En revanche je n’ai jamais compris d’où venait l’appellation « cuir de Russie ». »
    Très simple : c’est l’odeur très agréable, enivrante, même lorsqu’elle se consume, de l’écorce de bouleau qui servait à tanner et assouplir le cuir, en particulier les bottes des soldats russes. Il y a longtemps que je cherchais l’explication ayant gardé le souvenir de l’affiche dans l’officine du coiffeur : dans un paysage de neige, un couple de danseurs en costume traditionnel russe chaussés de bottes souples (région et danse indéterminées), en fond, une isba et un bois de bouleaux reconnaissable à leurs troncs argentés.

    L’odeur « musquée » après ou avant un orage est ainsi particulièrement enivrante : cette odeur agréable est tellement caractéristique qu’on lui a donné un nom : le pétrichor, terme crée récemment (1964) du grec : sang des pierres. (Wikipédia)

  2. Pc

    Ah la bonne odeur d’huile de vidange brûlée avec les sardines cuites sur le charbon de bois et en plus ça fume beaucoup, une horreur !

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