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L’écran a-t-il sa place à l’école ?

Aussi longtemps que je me souvienne l’école a voulu utiliser les technologies modernes, histoire de montrer qu’elle n’était pas décalée par rapport aux évolutions sociales. J’ai moi-même été par exemple en charge sous le Ministre Chevènement en charge du développement de… l’utilisation du minitel dans les classes et plus trad en tant qu’élu local j’ai soutenu l’installation de salles dites d’informatique équipées en TO 7. L’une des premières de Gironde avait été installée à Créon et inaugurer en grandes pompes. Tous les décideurs de la rue de Grenelle ont incité à l’usage des écrans pour satisfaire l’opinion dominante avide de modernité pour ses chères têtes de moins en moins blondes.

Dans toutes les situations que j’ai connues il n’a pas souvent été question de définition d’autres objectifs que celui de former depuis la maternelle dans certains cas, les enfants à se servir des écrans. L’usage a très souvent pris le pas sur la finalité pédagogique. Certes l’audio-visuel a eu sa place dans les techniques d’enseignement en une époque où l’image aidait à la compréhension et à la concrétisation des sujets traités. Et ses utilisateurs étaient souvent présentés comme de dangereux « précurseurs ».

La fameuse lanterne magique constituait une récompense dans des temps que les moins de soixante-dix ans n’ont pas connus. Les planches de diapositives empruntées au Centre départemental de documentation pédagogique jouaient un rôle attractif dans les apprentissages. L’écran « institutionnel’ n’avait que peu de place dans la vie scolaire ou une place maîtrisée. Qu’en est-il maintenant où les tableaux achetés à prix d’or sont numériques, c’est à dire que plus de 70 % du temps ils deviennent des espaces de la facilité comme l’est devenu celui de la photocopie outrancière.

Ajoute-t-on au heures passées devant le téléphone de papa ou de maman confié pour avoir la paix, celles que lui impose le système éducatif ? Les élèves du CM2 ne parviennent selon une étude (1) à copier en moyenne générale 66,5 mots (4,24 erreurs) ce qui est très peu. Les 10 % les plus performants en écrivent 93,5 (3,5 erreurs) alors que les 10 % les plus faibles n’en copient que 45 avec 6,5 erreurs. La vitesse d’écriture manuelle s’effondre elle-aussi et se situe autour de… 40 signes dans une minute ! Alors ne parlons-pas de ce que peut-être la capacité à écrire sur un écran avec un clavier ! La solution de facilité devient alors le fameux QCM ou l’exercice photocopié à trous qui évitent tous deux de lire, de recopier et de répondre sur la base d’un schéma à construire. Bien entendu il ne s’agit surtout pas de revenir à ce que fut un enseignement figé mais il s’agit de définir la place et surtout l’utilité de l’écran en temps scolaire.

L’introduction des écrans dans le milieu scolaire a-t-elle amélioré le niveau des élèves ? L’objectif ne serait-il pas plutôt de combattre à l’école l’usage des écrans en obligeant à passer par le livre abandonné au profit de la tablette ? Le numérique cultive-t-il le goût de l’effort, le sens de l’initiative et la formulation écrite d’une réponse ou d’une pensée ? Ne devrait-on pas commencer par supprimer les écrans de tous les établissements de l’enseignement élémentaire ou les réduire au minimum  avant de prétendre le faire dans les familles ? Est-il nomal que le téléphone mobile ne soit pas purement et sûrement interdit à l’école ? Ne doit-on pas en lieu et place de cours de technologie instituer des séquences au collège de « démonter » les supports numériques néfastes ? C’est certainement réactionnaire et dépassé mais les dégâts sont tels que la situation nécessite une prise de position officielle.

Les groupes de niveaux ne constituent pas la réponse urgente dont le système éducatif a besoin. Ils fossiliseront les inégalités et le retard accumulé culturellement et socialement qui existe parfois dès la maternelle ne s’effacera pas par le tri des élèves. Ce n’est plus la possession ou la non-possession des outils du numérique qui accentue ces écarts ne niveau mais l’usage qui en est fait et surtout la capacité de s’en passer pour se construire. C’est l’étrange paradoxe d’une société française qui navigue sur des certitudes et plus encore abhorre l’évaluation de ses décisions.

Durant tout mon temps d’enseignement j’étais un défenseur de « l’école moderne » qui pronait des techniques au service de finalités éducatives : écrire pour s’exprimer et communiquer, lire pour s’enrichir, compter pour apprendre à gérer son quotidien, dominer la technique pour devenir autonome, être acteur de ses apprentissages pour gagner en responsabilité. Certains écrans ne participent vraiment pas de ces principes car ils rendent dépendant et manipulables.

Cet article a 4 commentaires

  1. A. Blondinet

    Bonjour Jean-Marie!
    Si l’on peut lire Tintin de 7 à 77 ans, l’école – elle – est faite pour petits… écrans.
    Au fait! je n’ai pu répondre l’autre jour à l’occasion de ta rubrique sur l’UE, sauf à rappeler le souvenir de ce cher Robert, nain de jardin de la politique avec son bonnet rouge et sa faucille à la main. Aujourd’hui, je pense forcément à Muguet, le héros de l’Europe buissonnière. Hé!
    Bon 1er mai à tou(te)s.

  2. J.J.

    « dominer la technique pour devenir autonome, » C’est là que se situe le véritable enjeu : « l’audiovisuel » qui se résume maintenant à l’écran mis à toutes les sauces est évidemment une perversion du projet initial où l’outil doit être un moyen et non une fin. J’ai beaucoup utilisé les techniques audio visuelle quand j’en ai eu la possibilité. Ayant la charge de manier le projecteur pou les séances du mercredi soir dan le collège voisin, je m’étais vu confier par un parent d’élèves qui faisait des tournées de cinéma dans ls campagnes, un vieux « Debri 16 mm », qui grâce au CRDP et à l’OROLEIS permettait d’animer et d’illustrer le samedi après midi les leçons de la semaine. Ou quelques soirs, divertir des voisins ne possédant pas encore une télé balbutiante.
    Et il en a été de même quand, l’écran souvent bricolé avec un drap est devenu « tactile » : un moyen et non une fin.
    Le danger avec l’âge des écrans (comme il y eut un âge de pierre) c’est que l’outil semble être devenu une fin en soi, tel une drogue, capable de satisfaire un nouveau et incontrôlable besoin.
    Les « inventeurs » de ces objets dont la population est devenue à tous points de vue dépendante, n’avaient sas doute pas imaginé tous les dégâts potentiels.
    J’avais lu , dans les années quatre-vingt dix, il semble me souvenir, un bouquin de Jacques Attali où il évoquait un « petit objet que l’on porterait à son oreille ». À l’époque je n’avais pas bien compris où il voulait en venir, mais je pense que lui avait anticipé.
    Encore un illustration de la capacité de certains humains à transformer toute découverte ou toute initiative en « Phynance » plus ou moins honnête : nous sommes aujourd’hui le premier mai , jour de la « Fête des Travailleurs », et non du travail comme l’a décidé un régime honni. En effet, pourquoi fêter le travail qui n’est pas une activité agréable, voir dégradante pour certains, le travail qui même dans les prétendus livres sacrés est considéré comme un malédiction, un châtiment :
    « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. »
    Le même haïssable régime a changé l’Eglantine Rouge, symbole de l’action populaire et ouvrière, contre le muguet, symbole chrétien (de même que l’Union Européenne s’est vue affublée d’un drapeau à la couleur et aux symboles nettement et hypocritement connotés).
    Mais comme le « lucre » et l’exploitation commerciale des populations à l’occasion de fêtes plus ou moins « authentiques » est une constante, le muguet dont l’origine religieuse a été oubliée, est devenu l’objet d’un marché (d’un jour) fructueux, matérialiste, païen et florissant.
    Que cela ne vous empêche pas amies ou amis d’offrir à vos proches, voisine ou voisin, un brin de muguet récolté dans les bois ou dans votre jardin.

  3. Gilles Jeanneau

    Pour ma part, nourri des idées de Michel SERRES, que j’ai toujours admiré, j’ai une proposition pour le moins révolutionnaire à propos de l’école, bien que cela ferait hurler dans les chaumières et pas que… au Ministère et surtout chez les syndicats d’enseignants!
    Plus de collèges ni de lycées…tout par Internet, les cours comme les professeurs. Voila comment dégraisser le mammouth et supprimer les harcèlements et autres dérives de la vie sociale dans les établissements.
    Plus d’embouteillages tous les matins, plus de dépenses budgétivores pour la construction et l’entretien de ceux-ci.
    En revanche renforcer l’école élémentaire dans tous nos villages jusqu’à 14 ans pour apprendre véritablement sans écran à lire, écrire et affronter le monde de demain et mieux cibler et éduquer ceux qui en ont le plus besoin car on les détecte beaucoup plus facilement ces enfants difficiles.
    Mais cela est une utopie…
    Allez, bonne journée quand même.

  4. Alain.e

    Dans un souci d’ efficacité , je mets l’ écran au fond de la classe et les petits devant , sur l’ écran noir de mes nuits blanches , tout le monde voit mieux ainsi.
    Le minitel invention socialiste qui engendra le minitel rose , créateur de rencontre bien avant meetic , et surtout un cout prohibitif des connexions , une amie avait vu sa facture explosée , son compagnon abusait un peu .
    Enfin , oui l’ écran a sa place à l’ école , comme le tableau noir et sa craie , tout dépend de ce qu’ on écrit dessus .
    En revanche , les profs n’ ont plus leur places à l’ école , les élèves savent tout , sont heurtés dans leurs convictions religieuses et autres , réécrivent l’ histoire , etc …
    Je souscris à l’ idée de Gilles , école primaire obligatoire , collège modifié et terminé , formation professionnelle , ou poursuites sur ordinateurs des études .
    Cordialement

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