Une partie des analystes financiers le craignait : les investissements dans l’intelligence artificielle sont vantés par des pythonisses des placements d’avenir. Le monde ne fonctionnera plus sans l’apport de ces immenses banques de données permettant, en quelques secondes, de trouver le chemin vers ce que l’on pense être la solution à un problème. Il paraît, par exemple, que l’I.A. a résolu des énigmes mathématiques sur lesquelles butaient les plus grands chercheurs. On dit aussi qu’elle pourrait obtenir un prix littéraire grâce à sa capacité à écrire un roman attrayant. Bientôt, elle soignera sans intervention humaine après avoir examiné les documents mis à sa disposition. Elle commandera à des armées de robots remplaçant les interventions humaines. En bref, les vrais maîtres du monde seraient, à terme, les propriétaires des supports de cette technologie destinée à supplanter les capacités humaines à faire avancer le progrès.
Des milliards ont été engloutis dans une course effrénée au perfectionnement à outrance des capacités des fameux datacentres. Les appels au financement du développement des plus grandes structures capitalistes de l’IA dévorent toujours plus de disponibilités sur les marchés financiers. Ainsi, les start-ups de l’IA ont capté 61 % des investissements mondiaux en capital-risque en 2025, soit 258,7 milliards de dollars sur un total de 427,1 milliards ! Les augmentations de capital des entreprises détentrices des principales sources d’intelligence artificielle ont été d’autre part évaluées à près de 660 milliards de dollars au total pour les géants de la tech en 2026. De telles sommes n’étant pas entièrement disponibles sur les marchés, il faut donc emprunter…
Depuis un certain temps, des analystes parlent d’une « bulle financière de l’IA » et nombreux sont ceux qui prétendent que tôt ou tard celle-ci éclatera, générant une crise mondiale. Depuis le début de 2026, les géants du « cloud » et de l’IA ont emprunté plus de 500 milliards de dollars, presque uniquement pour aménager les fameux centres de données. La course effrénée se poursuit avec les conséquences que l’on connaît : consommation outrancière d’énergie électrique, rejets gigantesques de chaleur, utilisation abusive d’emprises foncières et danger d’un usage privatif hostile à l’intérêt général. Il faut ajouter que, via des contrats faramineux aux États-Unis, les fonds publics abondent de manière suicidaire vers ces entreprises dont on ne connaît pas la solidité à court terme.
Toutes les « révolutions technologiques » ont généré ce type de phénomènes financiers. Il est possible, par exemple, de faire des rapprochements avec les collectes de fonds pour la construction du canal de Panama et des chemins de fer russes, dont le fameux Transsibérien. L’effondrement de ces sociétés avait ruiné des milliers d’investisseurs, à une échelle bien moindre que celle de l’IA. L’évaluation la plus sérieuse affirme que 3 000 milliards de dollars sont masqués par des entourloupes de prêteurs écrans qui permettent d’occulter le poids de cette dette dans le bilan annuel des « géants ». Le moindre vent de panique ferait écrouler ce qui n’est qu’un château de cartes fragile.
Or, hier sont apparus quelques signes affolants. La défaite électorale du candidat populiste américain a mis à mal le milieu des adeptes de la « cavalerie » financière en cours. Le soutien des démocrates risque d’être plus précautionneux que celui de l’ancienne administration, plus soucieuse des profits immédiats et de ceux de ses affidés. On a frôlé la panique. Après les élections de mi-mandat, les investisseurs ont vite viré de bord et n’ont pas mis longtemps à se positionner sur un ralentissement de la construction de datacentres. Toute la filière a laissé des plumes, l’indice boursier Nasdaq, à forte composante technologique, ayant enregistré une baisse de 5 %. Cette chute, si elle se poursuit, posera vite des problèmes su les marchés financiers mondiaux, déjà inquiets du niveau de la dette des États. [
À la fin des années 1990, on a connu une menace similaire : les investisseurs avaient parfaitement identifié une révolution technologique majeure, Internet. Ils s’étaient simplement trompés sur le prix à payer pour participer à cette révolution et sur les entreprises qui en profiteraient réellement. L’intelligence artificielle pourrait suivre une trajectoire comparable. La rentabilité n’est pas encore au rendez-vous. Il faut absolument vendre l’IA, en vanter les mérites, promouvoir son intérêt et minimiser les dangers, comme ce fut le cas pour Internet.
Je sais que je suis dépassé et que je n’ai aucun optimisme pour l’avenir. Il faudrait un grand débat national autour de l’I.A. et envisager la création d’un contre-pouvoir institutionnel en charge de la surveillance de ses évolutions. Mais dans l’immédiat, les préoccupations politiques sont ailleurs. Il est certain que le temps perdu ne se rattrapera jamais. Comme toujours, nous réagirons quand il sera trop tard, et dans la précipitation.
Bandeau de la chronique créée avec l’IA
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