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L’exploitation démagogique des événements malheureux

Les prises de position se multiplient sur les sanctions à prendre contre les « casseurs » ayant saccagé une partie de Paris et de quelques villes après la victoire du PSG. Ces interventions ont précédé de violentes diatribes sur le fonctionnement de la justice après le drame de Lisle-Jourdain. Bref sur les plateaux des télés perroquets et orientées on exploite au maximum des événements malheureux pour encore une fois mettre en cause l’État de Droit. C’est devenu une constante à laquelle il faut s’habituer. Le créneau sera exploité jusqu’à la corde d’ici l’élection présidentielle.

Pour les suites données par les tribunaux aux exactions de bandes dont le Ministre de L’Intérieur a assuré qu’elles avaient été maîtrisées les forces de l’ordre, le Président de la République en tête a réclamé la plus grande sévérité. Il faut se poser une seule question : un jugement repose sur les lois, les textes en vigueur et sur l’établissement des preuves fournis par les constats effectués les officiers de police judiciaire étant intervenus. En général les juges ne lésinent pas sur le niveau des sanctions mais le vrai problème ne réside pas dans ces punitions mais dans leur exécution. Ils appliquent sans ce que la loi leur permet d’appliquer. Ont-ils vraiment besoin qu’on le leur dise par médias interposés? 

C’est la foire aux idées : « il faut faire payer les dégâts » ; « il faut saisir les allocations de solidarité des individus concernéss » ; « pour les mineurs les parents doivent régler l’addition »… De la pure démagogie. En effet quelles sont les bases de la somme que l’on peut réclamer à un individu ? En fonction de quels critères ? Comment évaluer des dégâts commis souvent par plusieurs jeunes ou moins jeunes dont un seul a été arrêté ? En fat les termes d’un jugement prennent en compte ces éléments mais… nul se préoccupe de savoir comment ils seront exécutés.

Le 7 mars 2014 je suis tabassé alors que je suis Maire par trois individus. Deux d’entre eux sont rapidement arrêtés et traduits devant le tribunal. Ils écopent de 120 heures de travaux d’intérêt général dont je n’ai jamais été informé qu’elles aient été effectuées et à des dommages et intérêts à mon égard et envers la commune puisqu’ils avaient détruit une décoration d’un carrefour giratoire. Je n’ai jamais mis en cause la décision de justice.

D’abord le troisième individu récidiviste patenté intercepté alors qu’il s ‘enfuyait en Espagne n’a jamais été jugé.. Ensuite j’ai souhaité par principe récupérer les sommes allouées par le jugement. Ensuite je me suis régulièrement enquis de l’évolution du dossier et je n’ai eu qu’une seule réponse du Procureur cinq ans plus tard me disant que l’enquête était toujours en cours. Enin dix ans après rien, abolument rien n’a été réglé.

J’ai payé sur mes deniers personnels (450 €) un huissier pour récupérer les sommes dues. Il a encaissé mon chèque et…. J’ai récupéré 450 € trois ans plus tard ! Rien d’autre ! Il m’a indiqué que les condamnés étaient insolvables et qu’il allait négocier avec eux une « transaction ». Il a laissé passer les dix ans et ni la Mairie (pas un euro), ni moi-même n’avons vu le moindre début de versement. Le problème ce n’est pas de condamner mais de mettre en place pour les petites peines une véritable exécution. Or c’est illusoire de prétendre que le système le ait. Le jugement est prononcé et la justice s’arrête là.  Alors condamner des mineurs, des familles à des dommages et intérêts relève de la méthode Coué surtout en cette période. 

Un jeune Créonnais de mes anciens élèves attend depuis cinq ans une indemnisation après une tentative d’homicide qui l’a laissé handicapé. Même condamnés des locataires ne règlent parfois plus depuis des dizaines de mois leurs loyer et les propriétaires préfèrent renoncer à la récupération de leur dû pour libérer leur bien. En revanche si vous êtes pris par une machine à fric que l’on appelle radar, rassurez-vous on vous retrouvera très vite. Le fonctionnaire, le salarié, le retraité sont les meilleurs clients du système de recouvrement des amendes.

Rappelons que les prisons françaises affichent un taux d’occupation record. Les statistiques du Ministère de la justice  comptabilisent 88 654 prisonniers au 1er mai 2026. Cette situation traduit une augmentation de 5,9 % sur douze mois, équivalant à près de 5 000 individus supplémentaires. Celle de Rodez est peuplée à 245 %. L’Aveyron n’est pourtant pas un département réputé par son taux de délinquance.

Haro sur la justice qui est au bout d’une chaîne sociétale et qui reflète ainsi tous les maux dont elle souffre. Des tribunaux surchargés puisque tout se judiciarise à grande vitesse. Des tribunaux devenus des déversoirs des haines, des contestations, de la misère, de l’acculturation, de la violence croissante, des frustrations et des insuffisances en tous genres. C’est éternel.

Quand on lit la presse, quand on refait des enquêtes d’il y a cent ans comme je l’ai fait pour mon livre « La Belle Époque du Crime » le constat est identique : il fallait déjà « plus sévérité, plus de juges, plus de peines de mort, plus de travaux forcés et plus de moyens de la police ». Dans le fond c’est rassurant. Le système s’est complexifié, densifié, boursouflé et il n’arrive pas à endiguer la dérive d’une société complexe, déréglée et surtout soucieuse des apparences. 

Ce champ est nécessaire.

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