S’il est une réforme à mettre sur la table c’est celle des Agences Régionales de Santé. Une entité administrative réputée indépendante qui gère ce secteur essentiel de la vie actuelle et qui en réalité ne cesse de transcrire la situation catastrophique d’un service public sous pression. Toutes les décisions prises ne tiennent absolument pas compte de l’intérêt du malade mais de critères financiers imposés par la crise budgétaire de la sécurité sociale. La seule vraie stratégie des ARS réside dans leur capacité à décaler les problèmes de déficit avec des artifices comptables et à laisser la privatisation des soins grandir.
Retards de paiements malgré des engagements annoncés, prises de décisions contradictoires et coercitives, transfert vers le privé des secteurs « rentables » et réduction des moyens accordés au public : la situation empire d’année en année et la réponse est statistique sans tenir compte des besoins réels des territoires. Les ARS deviennent des caisses enregistreuses qui se réveillent quand les établissements qu’elle contrôle ou agrée se retrouvent en situation catastrophique. Et la réaction est toujours la même : réduisez la masse salariale !
Courroies de transmission des orientations nationales ces structures sont les seules ou à peu près, à n’avoir aucun lien avec le représentant de l’État et aucune estime pour les élus locaux supposés ne rien comprendre aux exigences d’un réseau de santé. Après la crise du Covid plusieurs voix se sont élevées pour demander une suppression des ARS. Lors des Assises nationales des départements de France de novembre 2025, la « refonte en profondeur des Agences Régionales de Santé (ARS) » annoncée par Sébastien Lecornu a fait grand bruit dans le monde du médico-social et provoqué une levée de bouclier d’une rare unanimité. Depuis plus rien.
Le Gouvernement, après avoir consulté les acteurs concernés, a revu à la baisse les ambitions du plan ARS dans un projet de loi Décentralisation envisagée jusqu’à la mi-mars, avant de faire une nouvelle volte-face dans une lettre le 23 mars 2026 adressée par Sébastien Lecornu aux maires pour réfléchir à des « mesures réglementaires ». Il y a fort à parier que la montagne réformatrice accouchera d’une souris textuelle inopérante. En attendant on a fait valser en conseil des sinistres les directeurs comme pour marquer une désapprobation d’une gestion jugée non-conforme avec la rigueur de l’époque. La reprise en mains s’est immédiatement traduite par des décisions encore plus éloignées de la réalité que les précédentes et les trous se creusent.
Tous les établissements publics sont en effet en déficit. Certains n’ont même plus de trésorerie suffisante pour payer le personnel et plus encore moins les cotisations sociales. Alors on ferme des maternités, des services d’urgence ou même des établissements de santé. La détérioration des finances hospitalières publiques, avec un déficit cumulé estimé à près de 2,9 milliards d’euros fin 2024 et de 200 millions pour les cliniques a progressé en 2025.
Les établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) ne sont guère en situation plus brillantes puisque 7 EHPAD publics sur 10 sont en déficit en 2024 (contre 8 sur 10 en 2023) après intégration des aides exceptionnelles reçues. Les ARS se contentent de replâtrages au coup par coup lorsque toute la trésorerie antérieure a été épuisée. 2026 atteindra des sommets ! Et mesure suprême on aannoncé un cangement de nom…. qui va générer des frais supplémentaires à venir. Absurdité politique quand le navire coule.
Les appels à projets lancés par les ARS pour tenter d’enrayer les dépenses globales de santé ont un impact limité car… les crédits qui permettent après accord de la tutelle, de les mettre en œuvre n’arrivent pas. Concrètement une initiative visant à favoriser me maintien à domicile de personnes dépendantes est accordé en octobre 2025. L’ARS exige sa mise en œuvre immédiate et à plein régime mais préviens qu’elle n’a pas de ligne de crédit pour subvenir aux dépenses à engager ! Mieux elle ne délivre par l’arrêté autorisant l’ouverture des postes pour ne pas être contrainte de payer. Aux dernières nouvelles le premier versement sera effectué en Juin 2026 soit 9 mois après le lancement du projet ! La pression sur les personnels conscients des situations que créent ces manquements aux engagements pris devient inquiétant.
L’ARS propose de renforcer le réseau d’IRM et de scanners avec comme arrière-pensée de diminuer les remboursements de déplacements mais considère que 25 à 30 kilomètres est une distance admissible pour que le malade y accède facilement. Distribution des autorisations saans tenir compte de la démograpie réelle et un échec garanti pour bien des installations accordées. La grande mode actuelle c’est le regroupement et la fusion qui loin d’économiser causent une perte de proximité, une uniformisation et une gestion globalisant les déficits sans résoudre aucun problème de fond. L’échelon régional n’a vraiment plus sa place dans cette structuration de la santé qui a besoin d’une différenciation plus fine et surtout beaucoup plus en phase avec l’intérêt réel des personnes ayant des difficultés de santé. C’est pas pour demain car ce qui manque c’est l’argent.
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Il y aurait pourtant une solution radicale pour redresser positivement cette situation et retrouver d’indispensables fonds : entreprendre le recouvrement de toutes les cotisations sociales et la répression vigoureuses de subterfuges fiscaux, permettant à « certains » ( suivez mon regard) de s’exonérer, avec l’aide de coupables complicités et faiblesses, parfois institutionalisées.
Il y aurait peut être également des sanctions à prendre à l’encontre de certaines catégories de technocrates gloutons et complaisants.
En fait, nous sommes pratiquement revenus à la situation de la France avec une variante de ses fermiers généraux avant 1789.
Eh oui, ce qui manque, c’est l’argent :
– 100 milliards de fraude fiscale / an ;
– 170 milliards d’aides cumulées (dont exonérations de cotisations sociales) aux entreprises /an ;
– 120 milliards de corruption /an (source Anticor).
Misère !
Comment faire pour trouver 3 sous ?…