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La machine à broyer la notion de Nation est en route

Le racisme s’étend lentement dans le quotidien comme une tache d’huile visqueuse. Difficile de ne pas le constater en écoutant les échanges autour de soi ou de lire quelques déclarations ambiguës. En fait on en prend vraiment conscience quand on a la possibilité de vivre au milieu des autres sans que ces derniers se méfient d’une éventuelle réaction. Dans la mesure où désormais les dérapages se multiplient et ne sont pas « moralement » ou « judiciairement » condamnés à la hauteur des enjeux sociétaux Ils prolifèrent. Ce n’est plus seulement un phénomène de banalisation des propos mais une sorte d’ancrage dans la pensée de personnes sous influence. La généralisation appliquée à de nombreuses catégories sociales en difficulté ou en faute construit une vision globale liée à la couleur de peau, à la religion, à la culture.

Depuis des mois une expression qui revient dans les discours présidentiels tente de masquer cette dérive. « Faire Nation «  constituerait l’axe fort de la pensée de l’occupant en fin de bail de l’Elysée. Il s’agit d’une promesse qu’il n’est pas parvenu à tenir. Les clivages, les fractures, les dissonances ne cessent de s’aggraver. Et la France ressemble à un patchwork catégoriel, corporatiste, philosophique, politicien, religieux et économique. Les coutures entre des pièces existantes ou rapportées craquent de toutes parts. Le racisme se nourrit de cette diversité mal comprise et surtout non admise. Nous entrons dans une société tribale qu’on le veuille ou non avec ses corporatismes, ses antagonismes, ses outrances et ses croyances. 

Construire ou renforcer le sentiment d’appartenance à une même nation, créer ou maintenir un « nous » collectif malgré justement toutes ces différences. L’idée selon laquelle faire société au niveau national, partager un socle commun (valeurs, culture, histoire, langue, règles de vie ensemble) permettrait d’unir les individus au-delà de leurs divergences. En fait on y parvient sur des périodes courtes de réussite (grands événements sportifs) ou de crises graves (guerres, catastrophes naturelles) puis le puzzle explose. Nous sommes à cet égard dans une période propice à ce dérèglement de la « cohésion » nationale.

Faire nation, serait se sentir proche de gens très différents de soi, parfois même avec qui on est en désaccord, mais avec qui on partage un destin commun. Elle existait souvent localement. Le communautarisme a mis à mal cette notion que certains assimilaient péjorativement à l’esprit de « clocher ». Les récentes élections municipales ont mis à mal cette identité communale pourtant essentielle au bien vivre ensemble. La montée de l’individualisme lié actuellement à l’omniprésence des technologies conduisant la personne face à la solitude de l’usage des écrans, la décadence de la laïcité ont été des facteurs aggravants. Jamais l’appellation de « réseau » n’a été aussi usurpée. Nous ne vivons que dans la virtualité à cause de cette sensation de « groupe » donnée par ce concept n’ayant rien de social

Le racisme a de multiples formes qui sont parfois exploitées par les uns contre les autres. Il existe en effet de multiples formes de cette propension à se penser supérieur au reste de la société. La pluralité des formes et des manifestations est évidente. Le racisme individuel (préjugés, injures), institutionnel ou systémique (discriminations dans l’emploi, le logement, la police), culturel (stéréotypes diffus et généralisationsoigneusement entretenue), structurel (inégalités accumulées historiquement) se développent de plus en plus. La conjonction de toutes ses options permet de penser que nous sommes toujours « les racistes de quelqu’un d’autre » et inversement.

Il y a également des formes spécifiques imbriquées dans la société. Elles naissent de contextes historiques ou même géographiques différents. Le racisme colonial anti-noir n’est pas identique à l’antisémitisme, à l’islamophobie, à l’arabophobie, au racisme anti-Roms, au racisme anti-asiatique, ou aux formes plus anciennes (esclavage, antijudaïsme médiéval, etc.). Ces différenciations ont toujours existé. Elles servent de supports à la montée en puissance de diverses entités extrémistes et elles favorisent la déliquescence de la démocratie.

Il n’y a plus de consensus sociétal sur la lutte contre les formes de racismes qui ont été politiquement sectorisées par intérêt partisan. Le débat existe parce que le mot est à la fois un concept analytique et une arme politique, ce qui rend les définitions difficiles car souvent chargées d’arrières pensées liées à un contexte électoral. Il existe des exploitations de ces phénomènes, c’est indéniable.

Comme dans le droit français, on ne fait pas la différence on sanctionne des actes racistes sans forcément trancher entre le « singulier « et le « pluriel » : injure, diffamation, discrimination ou violence « en raison de l’origine, de la race (réelle ou supposée), de la religion, etc.figurent dans l’arsenal juridique. Le débat sera après les élections municipales au cœur de l’échéance présidentielle. C’est parti… avec le lur droit devant ! 

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Cet article a 3 commentaires

  1. J.J.

    Le racisme «  »fleurit », si l’on peut se permettre cette expression d’une manière hallucinante. Je n’avais jamais assisté à un tel déferlement de haine assumée. Peu de réactions, sauf de la part des représentants de ceux que les partisans d’une doxa autoproclamée bienpensante qualifient de « dangereux » au point de vouloir les mettre sous surveillance.
    Seuls échappent à ce racisme en train de devenir quasi institutionnel, les suppôts d’un régime criminel dont il ne fait pas bon entreprendre la critique sous peine d’encourir les foudres d’und censure « aux ordres ».
    On a l’impression de vivre dans un monde qui perdu le sens de l’humanisme, de la solidarité, de la morale laïque ou religieuse.

  2. Christine Darmian

    Je me pose une question : la Nation doit elle passer par ces extrêmes pour se consolider, voire naître ? Qu’est-ce que la nation française ? Que ce soit à la Révolution, au moment de la perte de l’Alsace-Lorraine, sous la sombre période du régime de Vichy et même dans ce que nous vivons aujourd’hui c’est une question qui revient. La nation c’est quoi ? Une communauté ethnique, linguistique, territoriale ; une organisation politique de citoyens désireux de vivre ensemble ou bien encore d’une construction historique d’un autre type ? Je vous conseille le très bon libre d’Eric Anceau sur le sujet.
    Je crois profondément que la Nation pour durer et s’ancrer doit se bâtir sur des valeurs et du positif des actions des propositions et pas sur des bains de sang ou contre quelqu’uns !
    Et si la nation pouvait naître de l’humanité ? Et que faire de l’intégration européenne, de la mondialisation ? Citoyen du monde ? Utopie ? Folie d’une éternelle optimiste ?
    Et bien me voilà prête à faire marcher mon cerveau après la lecture de ce post !

    1. J.J.

      Christine Darmian@ Folie d’une éternelle optimiste ? Je ne voudrais pas vous décourager mais j’ai été aussi un optimiste qui se croyait éternel. Hélas, à force de voir mes espoirs de progrès social et humanistes déçus, de voir revenir toujours la violence, l’obscurantisme, le fanatisme criminel, je n’ai plus d’espoir et me demande à quoi il m’a servi d’arriver à un âge avancé.
      Que de fois j’ai entendu : « Demain ça ira mieux ». Mais j’attends toujours.
      Cependant, toujours éternel optimiste quand même, je vous souhaite de voir « le Grand Jour » ou « le Grand Soir ».
      Avec mes amitiés.

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