Après Christian Grené parti dans la légende des cycles et le monde où le ballon tourne rond c’est au tour de Philippe Conchou, fidèle lecteur et commentateur de Roue Libre qui nous a quittés. Tous deux furent élèves du Lycée Max Linder à Libourne. Tous deux avaient un certaine idée du rugby. Philippe était mon beau-frère. Cette chronique qu’il ne lira jamais lui est dédiée.
« Philippe Conchou a tenté un dernier cadrage débordement, celui qui vous rappelle votre jeunesse mais que vous manquez car vous avez oublié le poids des ans. Il s’est brutalement effondré victime d’un arrêt cardiaque. Lui qui prenait tout à cœur, avec mesure mais passion ; avec vigueur mais une indulgente tendresse ; avec sérieux mais aussi et surtout avec humour a quitté les prairies et les sous-bois de Francs qu’il connaissait comme sa poche, sans crier gare.
Lui l’ancien trois-quarts aile, boule solide et compacte, amoureux de l’évitement plus que de la confrontation, plus Boniface que Chabal, rêvait d’amitié, de partage et d’un monde débarrassé des miasmes du racisme et de la connerie humaine. Ses réactions sur mon blog Roue Libre dont il était un fidèle abonné, respectueuses et dignes s’inspiraient de cette envie de s’éloigner d’une opinion dominante catastrophique. Il y parvenait avec intelligence et grâce à une culture personnelle très fournie.
Passionné depuis son départ vers la retraite à Francs par les recherches généalogiques, il fréquentait assidûment les archives départementales où il avait appris à se repérer dans les classements et les dossiers. Sa technicité acquise par l’expérience lui a souvent permis de dépanner les uns et les autres sur les sentiers du temps passé.
Il vivait cependant le présent avec le plaisir des vrais épicuriens qui préfèrent la qualité de ce que l’existence offre à celles et ceux qui connaissent la valeur des mets et des vins. Son travail chez Mitjaville lui avait en effet permis d’accumuler une solide vision du vignoble bordelais. Philippe avec franchise et lucidité déclinait ses satisfactions et ses déceptions. Pour lui l’étiquette ne faisait pas le cru. Il le faisait savoir avec franchise.
Son esprit partageur l’avait conduit à participer aux cotés d’Isabelle à de nombreux spectacles comme figurant heureux et appliqué ne se prenant pas au sérieux. Moine dans la Bataille de Castillon, manieur maladroit du canon des fêtes du quartier de la Gare de Créon chez les Amis d’Amaury il ne rechignait jamais à s’associer à une œuvre collective constructive. La solidarité active convenait à son tempérament et à sa culture de rugbyman. Il ne manquait aucune occasion de participer, d’agir, de contribuer en tant que bénévole à tout ce qui permettait de maintenir le patrimoine matériel (moulin de Porchères) ou humain (reconstitutions historiques).
Il avait ralenti son activité de cyclosportif depuis quelques temps en raison d’une coqueluche tardivement détectée se contentant de suivre les grandes épreuves à la télé en connaisseur des efforts qu’elles impliquaient. Il disséquait les matchs du Top 14, snobait ceux des manchots en bleu, appréciait tous les efforts déployés par les athlètes. Il respirait le sport, le vrai, celui des battants humbles et vaillants,
Philippe a laissé son épouse Isabelle , ses deux filles Lucie et Mélanie, son gendre Santosh et sa petite-fille adorée qu’il protégeait et accompagnait avec amour, tolérance et une attention prévenante.
Il a quitté le pré sans crier gare et les deux « grandes » familles des Conchou et des Gautron pour le vestiaire aux souvenirs, celui dans lequel il rangera tous les maillots qu’il a portés avec honneur et fidélité. Les crampons resteront maintenant dans le sac. Philippe, le coup de sifflet a été un peu brutal. Le match… s’arrête ! Dommage on avait tant de choses en encore à se dire et à partager sur Roue Libre et dans nos rencontres. »
Philippe et son gendre indien, chercheur de talent qu’il avait « adopté » et qu’il admirait.
En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian
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« Sic transit gloria mundi », gloire ou pas gloire, nous y passerons tous.
Au rendez-vous des bons copains
Y avait pas souvent de lapins
Quand l’un d’entre eux manquait à bord
C’est qu’il était mort
Oui, mais jamais, au grand jamais
Son trou dans l’eau n’se refermait
Cent ans après, coquin de sort
Il manquait encore
Avec toute ma sympathie.
J.J.