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Le droit à se faire oublier en restant citoyen transmetteur

Disparaître des radars… Se contenter de s’exprimer en tant que citoyen… Ne pas revendiquer un rôle particulier… Éviter de revenir sur son passé…Oublier les rancunes que l’on peut avoir… Laisser aux autres le soin de construire comme ils le souhaitent leur avenir : autant dé défis à mener pour les femmes ou les hommes qui ont navigué sur l’océan politique. Il en est qui ne parviennent jamais à décrocher, à quitter le devant de la scène et qui continuent à se penser indispensables ou encore et toujours au moins attendus. Cette volonté « d’avoir été » et continuer « à être » atteint parfois les limites du ridicule. Ce n’est pas en effet parce que l’on a eu des responsabilités avec son style, sa méthode, ses qualités mais aussi ses inévitables défauts dans le passé, que l’on peut prétendre influer sur le présent ou l’avenir.

D’abord parce que forcément le contexte a changé. Et le problème actuel c’est qu’il est sans cesse bouleversé dans des temps records. Un élu du XX° siècle comme je l’ai été sait fort bien que depuis plus de 40 ans les repères qu’il a connus ne sont plus les mêmes. Jauger ou juger exige d’avoir les paramètres et les paradigmes applicables aux situations que l’on vante ou que l’on critique. Or souvent la tentation c’est de faire claquer son « expérience », son «  ancienneté », sa « vision », ses « analyses » pour accorder son absolution ou sa sanctification. Tout le monde s’en fout mais son ego est satisfait.

Ensuite il arrive que des prises de position ou des patronages soient extrêmement oublieux de ce que l’on a pu déclarer, dire ou même faire quand on était en place. La mémoire a des défaillances qui ne sont pas toujours dues aux prémices de la maladie d’Alzheimer. Dans la vie sociale on assiste en effet à de spectaculaires rabibochages, à des querelles masquées sous des considérations idéologiques alors qu’elles découlent d’animosité personnelles peu glorieuses ou d’obscurs marchandages. Le monde politique recèle de plus en plus dans ses rangs des « vengeurs masqués » sortis des séries d’antan qui cherchent toujours un combat susceptible de les remettre au premier plan. 

Enfin cette propension à se sentir obligé de prendre parti est souvent guidée par une haute idée de soi-même alors que celle ou celui qui s’exprime n’a été que l’actrice ou l’acteur vedette d’une pièce écrite par d’autres. Bien évidemment il est difficile de le dire puisque toute vérité déchaîne illico des représailles et des polémiques sans fin. On se souvient à cet égard du tohu-bohu provoqué par la déclaration de Lionel Jospin sur « le droit d’inventaire ». Rappelez-vous : l‘ancien premier ministre socialiste est le premier à avoir théorisé cette formule, en février 1995. Tout juste désigné candidat pour l’élection présidentielle, celui-ci propose de dresser le bilan des deux septennats de François Mitterrand. Un moyen, selon lui, de tirer des conclusions pour l’avenir.

«Pourquoi n’aurions-nous pas collectivement, et n’aurais-je pas moi, comme candidat à l’élection présidentielle, le droit d’inventaire? N’est-ce pas cela l’attitude de la raison? N’est-ce pas cela l’attitude de l’esprit critique et de l’esprit de progrès?», explique-t-il ainsi le 9 avril, à moins de quinze jours du premier tour de la présidentielle de 1995. Il est très difficile pour celles et ceux qui « ont été » d’admettre cette théorie. Si on ne veut pas qu’elle soit mise en œuvre il est préférable de se fondre dans la masse citoyenne sans la ramener et sans prétendre donner des leçons.

Dans absolument toutes les métiers, les responsabilités, les mandats que j’ai exercés et dont je me suis toujours retiré volontairement, j’ai appliqué un principe simple : ne jamais revenir sur les entreprises, les organismes, les associations, les collectivités dans lesquels j’avais « sévi ». Quand on part… on part. J’ai un avis comme citoyen. Je l’exprime sur le fond ou sur la forme. Je réponds à toutes les invitations qui me sont faites. Je m’abstiens de m’imposer quand je n’en reçois pas. Je refuse de m’immiscer dans des ruptures, des confrontations de personnes qui pour moi n’ont aucune intérêt. Seule l’amitié et la loyauté guident mes choix.

Cette attitude est interprétée, déformée, critiquée. Elle passe pour de l’indifférence pour les uns, pour de l’orgueil mal placé pour d’autres, pour de la lâcheté par les hérauts de la politicaillerie partisane, pour de la trahison par les obstinés de la vérité toute faite. Je reste ouvert au dialogue, au débat, au partage en tant que simple citoyen. Ma passion est de transmettre ce le peu que je sais et ce que je fais. Rien d’autre ne m’intéresse. 

Par le blog que vous lisez et sur lequel il est possible de s’exprimer sans aucune intervention de ma part sauf ce que je pense être contraire à mes valeurs est en jeu. Par l’écriture de mes bouquins ; par les formations que l’on me confie ou par les échanges que je peux avoir avec les femmes et les hommes qui le souhaitent, je continue à être acteur de l’avenir. Du moins tant que ma santé le permettra. Alors de grâce oubliez-moi et ne supputez pas sur des prises de position que je ne prendrai pas. « J’ai été » plus au service de autres que de moi-même. Alors je ne souhaite pas être ridicule en prétendant jouer aux conseilleurs ou au donneur de leçons. Je laisse ce rôle à d’autres qui le font mieux que je ne saurais le faire. 

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Cet article a 5 commentaires

  1. alain

    bonjour Jean Marie C est bien dit La roue tourne A chacun de s assumer A nous d etre spectateur

  2. J.J.

    … j’ai appliqué un principe simple : ne jamais revenir sur les entreprises, les organismes, les associations, les collectivités dans lesquels j’avais « sévi ». Quand on part…
    J’ai appliqué exactement le même principe, je n’ai pas eu de fonctions politiques et n’ai pas eu à prendre part à la gestion d’affaires et d’actions aussi importantes que toi, mais lorsque j’ai quitté des postes où j’avais eu à donner beaucoup de moi même, ça été sans regret et avec le ferme espoir de ne plus en entendre parler, non par manque d’intérêt mais parce que je n’avais plus rien à y faire.
    Place aux « jeunes ». Ils agiront selon l’air du temps.

  3. faconjf

    Bonjour,
    des propos pleins de sagesse et d’humilité qui vous honorent. Cependant je ne suis pas d’accord avec Chamfort mais plutôt d’accord avec Coluche  » On dit toujours qu’on peut pas être et avoir été. Eh ben, j’en connais un paquet , dis donc, il ont été c.ns et ils le sont encore ! ».
    Arrivé aux portes de la déraison je me console en pensant que le mal peut toujours être prouvé. Le bien, jamais. Parce que le mal laisse des traces sur son passage. Tandis que le bien, on ne peut qu’en témoigner.
    Bien des accrochés aux honneurs du pouvoir feraient bien d’éviter de brandir leur expérience comme un étendard en se rappelant que « l’expérience est une lanterne attachée dans notre dos, qui n’éclaire que le chemin parcouru. » Confucius ou Lao Tseu comme vous voulez l’un et l’autre se sont connus puisque Confucius aurait rencontré Lao Tseu. Le concept central de la doctrine de Confucius est Ren, la bienveillance, dont la pratique a pour norme Li, la moralité. Son enseignement, bien que principalement orienté vers la formation de futurs hommes de pouvoir, était ouvert à tous, pas seulement aux fils de princes.
    Les philosophes considèrent que Lao Tseu Face à la décadence de la société, Lao-Tseu fait le choix du « non-agir » : il se retire du monde et se dirige, monté sur un bœuf, vers l’Ouest.
    Confucius et Lao Tseu sont considérés comme les pères du confucianisme. Confucius a foi en l’homme et considère la famille comme la base de la société avec comme règles, le respect des parents et d’autrui, l’amour de la famille. L’homme est un être social, qui se construit avec le temps pour devenir un être noble et avisé, qui doit se tenir physiquement et moralement debout.
    Nous voila bien loin de talonnettes premier et des débiles qui menacent de mort les juges … Ces derniers feraient bien de réfléchir à cette condamnation d’un ministre en Chine.  » L’ancien ministre chinois de l’Agriculture, Tang Renjian, a été condamné à mort dimanche pour corruption, avec sursis à exécution de deux ans, a annoncé un tribunal du nord-est du pays. L’homme politique a accepté des pots-de-vin en espèces et en biens pour un montant total de plus de 268 millions de yuans (32 millions d’euros) de 2007 à 2024, a précisé dans un communiqué le tribunal populaire de Changchun, dans la province du Jilin. »
    Purge politique ou condamnation méritée, je ne sais. Cependant on peut constater que la justice ne rit pas jaune en Chine avec la corruption.
    Bonne journée

    1. J.J.

      Merci JF pour cette leçon de sagesse et de philosophie orientale. On est toujours heureux d’acquérir des notions nouvelles, car si nous nous sommes « retirés du monde actif », il est toujours bon de continuer, pour soi même, d’apprendre, de « trouver du neuf ». Si nous ne pouvons empêcher l’âge de diminuer nos facultés physique, tant que nous pouvons, essayons de garder intactes nos capacités mentales.
      Bonne journée.

  4. Philippe Labansat

    Bien d’accord pour laisser la place à la relève, avec une petite réserve pour ceux qui veulent absolument repartir d’une page blanche, prétendent réinventer le fil à couper le beurre et s’apprêtent à retomber obstinément dans les mêmes pièges que leurs aînés…

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