Depuis des décennies le système est invariable : l’État décide et les collectivités territoriales payent. Il risque de s’aggraver car désormais les finances publiques ne permettent plus à n’importe quelle réforme d’être assumée par le budget de la nation. Une loi ou une ordonnance ne sont de réelles avancées que quand elles sont accompagnées d’un financement potentiel. Souvent entre le moment où les textes sont adoptés et leur application concrètes il se passe des années. Les annonces de crédits par les ministres n’ont aucun intérêt car comme les contrats d’assurance elles sont assorties d’un codicille qui étale le montant des sommes sur plusieurs budgets ou les services de Bercy s’arrange pour geler les lignes avant qu’elles soient utilisées.
Un exemple concret nous est fourni par la rentrée scolaire dans les écoles et les collèges. Il a été annoncé avec triomphalisme que les téléphones mobiles étaient interdits durant les heures de cours dans les établissements scolaires. Une mesure qui paraissait utile dans le contexte où un rapport parlementaire tire la « sonnerie d’alarme » sur l’impact des réseaux sociaux et notamment de Tik Tok. La circulaire est arrivée à la base mais selon la tradition signalée ci-dessus elle ne s’accompagne d’aucun moyen pour la mettre en œuvre.
Selon une enquête effectuée par le syndicat des chefs d’établissements (SNPDEN-Unsa) deux semaines après la reprise, seuls… 9 % des 5 000 collèges publics l’ont mis en place… Ridicule ! L’injonction de créer un système de stockage fiable des appareils avant la fin 2025 a été refusée par 2 principaux sur 3. La raison en est simple : l’installation de pochettes magnétiques ou de casiers sécurisés nécessite une dépense d’investissement que le collège n’a pas souvent la capacité d’effectuer. Alors il se tourne vers sa collectivité de tutelle : le département !
Il faut une pièce sécurisée, un personnel dédié pour la dépose et la récupération, un équipement fiable. Avec quels crédits ? Comment gérer l’urgence ? Dans le collège de Créon, par exemple, c’est un millier de matériel spécial à acheter, à répartir, à suivre, à surveiller, à entretenir et à financer ! Ce n’est pas le problème de Madame la Ministre qui comme bien de ses collègues décide mais ne paie pas. Toutes les normes provoquent les mêmes conséquences.
La dépense estimée pour un établissement moyen pour ces « équipements se situe aux alentours 15 000 €.sans les frais de fonctionnement. En Gironde, hors travaux éventuels d’aménagement de classe on serait pas loin de 3 millions d’euros. Il n’est pas inutile de rappeler qu’une loi de 2018 « proscrit déjà l’utilisation des smartphones » dans les règlements intérieurs des écoles et collèges mais qu’il est très difficile de la mettre en œuvre. Une loi de 2018 « proscrit déjà l’utilisation des smartphones » dans les règlements intérieurs des écoles et collèges et les directions doivent définir les modalités pratiques dans leur règlement intérieur. « La pause numérique » dépend surtout de la manière dont les parents suivent l’utilisation par leur progéniture de leur téléphone mobile puisqu’un collégien passe même pas 33 % de son temps de vie annuel dans le système scolaire.
L’État décrète, les parlementaires légifèrent et confient aux administrations centrales le soin d’appliquer et de contrôler. La somme des deux représente des milliers de pages qui souvent ne s’accompagne que d’aucun financement réel et qui surtout ne tiennent jamais compte des difficultés de mise en place. Le Ministre de l’éducation nationale a eu cette explication éternelle : « « La circulaire n’a été publiée qu’au début des vacances. Ils ont jusqu’à fin 2025 pour décider d’une mesure adéquate. Et rien n’est imposé aux collectivités (sic). » Et alors qui finance ? Cherchez l’erreur.
Le Premier des Ministres a fait encore plus fort lors de sa première déclaration. Il n’a pas lésiné sur l’effet d’annonce. Il a décidé de bâtir un réseau de maisons « France Santé » d’ici à 2027. Le nouveau Premier ministre vise 5 000 centres dans un rayon de 30 kilomètres autour de chaque Français, sur le modèle des maisons « France Services » qui proposent un guichet unique pour diverses démarches administratives. Cette mesure, qui n’a pas encore été budgétée, doit être inscrite dans les projets de budget de l’État et de la Sécurité sociale pour 2026 pour lutter contre les déserts médicaux. Bien évidemment c’est la même stratégie.
Qui sera maître d’ouvrage ? L’État ? La CPAM ? Il y a fort à parier que ce seront les collectivités territoriales…Avec quels crédits ? Qui en financera le fonctionnement ? Fluides ? Entretien quotidien ? Personnel ? Rôle ? Peu importe. La pression sera sur les élus locaux. Bon nombre d’entre eux ont déjà investi dans des maisons médicales et attendent des médecins ou des professionnels de santé. « Je décide… vous payez ! » La ficelle est grosse mais fonctionne toujours !
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Il en est de cela comme de toutes les grandes décisions bruyantes , annoncée à renfort de trompe (trump ?),comme celle de la décision de porter à 16 ans l’âge de la scolarité obligatoire :
Ordonne : Art. 1. — L’instruction est obligatoire jusqu’à l’âge de seize ans révolus pour les enfants des deux sexes français et étrangers, qui atteindront l’âge de six ans à partir du 1er janvier 1959.
Notez bien la date
En 1969, nous attendions toujours les décrets d’application (le financement de l’affaire, entre autres broutilles, n’avait probablement pas été prévu) et les élèves ayant atteint 14 ans s’inquiétaient de la manière dont ils allaient être mangés.
Le statut quo a duré jusqu’en 1971, date de la suppression, dans une remarquable pagaille, du certificat d’études, à mon très humble avis, une grossière erreur.
Bonjour @J.J.!
Bien que j’approuve votre commentaire dans sa totalité, constat d’une situation que l’on peut malheureusement « photocopier » dans moultes situations, c’est votre dernière phrase qui me sort de mon silence !
Enfin UN (ancien bien sûr!) qui reconnait la bêtise ( j’élude un autre mot plus approprié ! ) de cette suppression ! ! Cela me rappelle la réflexion d’un vieux maçon, professionnel reconnu, qui m’avait confié: « Envoie – moi un apprenti de 14 ans, j’en ferai un vrai pro; le même à 17 ans, c’est foutu ! » La scène se passait en 1985 ! !
Si l’on ajoute le fait qu’à cet âge difficile ( adolescence), le maintien dans le prolongement de l’école avec ouverture sur le monde professionnel (travail et première paye même petite) permettait d’assurer pour beaucoup de cursus scolaires difficiles, non seulement une valorisation de l’être humain, mais surtout une occupation qui écartait l’oisiveté, mère de la petite délinquance maintenant devenue agressive. Mais là, bien sûr, mon propos va offusquer car il sort du « pain de la bouche » des avocats et magistrats. Regardez la profusion de faits peu punis qui entrainent des récidives: « le fonds de commerce qu’il faut assurer » me disait un gardien de prison !
Si l’on ajoute la disparition du service MILITAIRE national, qui rattrapait bien des bévues de la Vie (scolaire et jeunesse), on obtient la « quadrature du cercle », soit l’origine de la quasi totalité des problèmes de comportement que nous observons en « vieux qu’ont de l’âge » !
Cordialement
Post-scriptum: Afin d’écarter toute suspicion, je tiens à signaler aux lecteurs que je ne suis ni ancien militaire, ni recruteur: je reconnais simplement les bienfaits ( amitiés et respect du pays) que m’ont apporté 16 mois à 1000 km de l’univers familial clos.
Bonjour,
la technocratie ne se limite pas à notre beau pays. Le Luxembourg est l’état chéri de l’UE(rss) . En 2020, le Luxembourg a contribué à hauteur de 407,4 millions euros au budget européen. La même année, le Luxembourg a reçu du budget européen : 2,446 milliards d’€ soit plus de 2 milliards NET pour 678 000 habitants soit 3000€/ habitant !!!!
614,7 millions d’euros pour la croissance économique et l’inclusion (smart and inclusive growth)
68,7 millions d’euros pour la croissance durable (sustainable growth : natural resources)
65,2 millions d’euros pour la sécurité et la citoyenneté
1 696 millions d’euros pour les dépenses administratives
Outre le financement direct de l’Union européenne, le Luxembourg tire de nombreux avantages du marché unique et de l’intégration européenne. L’accès au marché unique permet aux entreprises luxembourgeoises d’effectuer librement des échanges dans l’UE et leur donne accès à un marché d’environ 450 millions de consommateurs. En 2018, près de 85% des exportations luxembourgeoises étaient à destination d’autres pays de l’UE.
Pendant ce temps le solde de la France était fortement négatif. En 2023 par exemple bilan négatif de 0,33 % du PIB , soit 9 Md€ vous pouvez m’expliquer?
Bonne journée