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Le plat mortel du racisme ordinaire

Le racisme se cache derrière toutes les facettes de la société. Discret durant des décennies, il dégouline désormais à la moindre occasion. Il n’y plus aucune retenue puisque l’opinion dominante a digéré tous les interdits pour se vautrer dans un sentiment collectif d’impunité. Les pires sont souvent les immigrés ou leurs descendants qui trouvent des raisons de détester ceux qu’ils considèrent comme des concurrents ou des ennemis. Ils oublient parfois très vite les quolibets, les vexations, les violences dont ils ont été victimes pour les reproduire sur les autres. Souvent la nourriture constitue la base d’un racisme décomplexé.

On sait bien que les Italiens ont été traités de « macaronis » durant toute la période de leur venue en France. L’expression a été extrêmement populaire. Elle l’est beaucoup moins de nos jours mais elle reste dans certaines bouches comme une insulte. L’assimilation de l’étranger à un plat de son pays d’origine est fréquente en France, au-delà du cas transalpin : les Belges sont par exemple surnommés un temps les « pap gamelle » (bouillie à base de petit lait). La comparaison a longtemps renvoyé l’immigré non seulement à ses origines mais aussi à un statut miséreux, l’insulte culinaire illustre une origine nationale et une origine sociale avec des plats considérés comme des plats de pauvres.

L’insulte culinaire s’inscrit alors dans un comportement xénophobe plus large qui se fonde sur l’étrangeté de l’immigré, sur son mode de vie et sur le dégoût qu’il doit susciter par sa saleté supposée et sa différence. L’Italien a été a un « mangeur de macaroni » mais aussi un « manieur du couteau » ou un « joueur de mandoline ». Le goût, l’odorat, le toucher, la vue et l’ouïe sont sollicités pour décrire et décrier l’étranger qui se distingue ainsi par sa manière d’être tout entière.

J’ai en mémoire une phrase extraite d’un témoignage recueilli dans un documentaire qu’un cinéaste gardois, François de Luca (1), a consacré à son père : « les Français nous accusaient d’être venus manger leur pain ! Les pauvres, ils ne savaient pas que nous n’avions même pas les moyens d’acheter du pain ! » Rien de plus vrai.

Une autre fois dans un débat sur l’antenne de France Infos (2) la députée européenne « insoumise » Manon Aubry avait déclaré tout de go que « sale macaroni » n’était pas une insulte. Devant le tollé qu’avait provoqué de tels propos elle avait fait machine arrière. N’empêche que ce genre d’affirmation justifie pour bien d’esprits faibles des prises de position du même genre dans la vie quotidienne. A l’heure actuelle les autorités s’affolent face à la montée de l’antisémitisme en oubliant que le racisme a de multiples formes et des faits « ordinaires » conduisent vers des débordements graves intolérables ;

Ainsi le Maire de Marseille Benoît Payan dont une partie de la famille a fui le génocide arménien a été violemment ciblé sur les réseaux sociaux pour avoir partagé un… couscous ! Il a reçu des menaces de mort pou avoir dans le cadre d’un festival culinaire intitulé Kouss-Kouss qui met en avant la diversité de ce plat qui durant des années a été le préféré des… Français. Il a perdu sa première place il y a quelques années au profit du poulet frites. Une photo de la dégustation a aussitôt déchaîné les passions.

Des messages menaçants invitant « à raser et pendre » le Maire ou le qualifiant « d’idiot utile des Frères musulmans» ont été publiés. On lui a promis la pendaison de manière anonyme évidemment puisque les réseaux sociaux permettent ce type de message de menace. Quelle valeur peut-on donner au mot « fraternité » sur le frontispice des mairies, sur les panneaux des établissements scolaires quand on promet la mort à un lu sous prétexte qu’il a mangé du couscous ! Que lui ferait-on s’il avait été dans un festival de burgers, une comparaison de « cholents » juifs, une tablée avec de la choucroute ou de la morue bacalhau ?

Hier à midi, le groupe qui avait en charge de ranger le site où nous avions organisé notre journée caritative du championnat du monde de lancer de cruches avait demandé à un ami marocain de préparer un… couscous. Il fut unanimement apprécié. Nous avons évidemment fait des photos et téléphoné à la cuisinière pour la féliciter. Comment imaginer un instant que nous prendrions le risque de nous attirer des menaces de mort…

Le racisme est une sorte de chiendent qui pousse sur le terreau des idées toutes faites et de la déshumanisation de la société. Ses racines sont profondes et difficiles à éradiquer. Elle repoussent dès que le jardinier qui le connaît bien tourne le dos ou n’a plus le courage de le détruire. La difficulté c’est que le combat est inégal.

(1) L’un de ses films que je vous conseille s’intitule Ritorno

(2) Novembre 2020

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Cet article a 2 commentaires

  1. J.J.

    Le racisme touche(peut être maintenant dans une moindre mesure les origines provinciales), les « gens venus d' »ailleurs » (par rapport à « celui qui est né quelque part », cf. le grand Georges) ne sont pas épargnés : auverpins ou bougnats, crétins des Alpes, croquants du Périgord, « baragouins » bretons, ventre à choux vendéens, gavaches du pays Gabaye, certains alsaciens ou mosellans assimilés à des « boches » et surtout toujours le nouvel arrivant d’où qu’il vienne, pour manger le pain de l’autochtone.
    Le « racisme » existait même entre villages, chacun considérant parfois que lui seul est civilisé et entouré de sauvages et de primitifs, lui seul parlant la vraie langue régionale (propos entendus).
    Et pour en rajouter une couche, on cultive sournoisement une sorte de racisme, anti citadin, anti agriculteur, anti jeune, anti vieux (illustré honteusement par notre non regretté ex premier ministre), anti riche, anti pauvre, anti tout etc.
    Un exemple frappant à l’étranger : les Samis, colonisés et évangélisés de force par les norvégiens, et « baptisés » par eux du terme diffamatoire de Lapon qui signifie porteur de haillons, et leur terre ancestrale « Sapmi », rebaptisée Laponie.
    Mais citons les évangiles et leurs vérités immortelles : « Christ est venu sur terre pour porter la paix au monde. »

  2. faconjf

    Bonjour,
    un billet qui fait des étincelles et incendie les consciences, au moins 33 incendies ou tentatives d’incendies ont visé des mosquées depuis janvier 2015, date des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris. Ces actes volontaires ont été comptabilisés parce qu’ils ont suscité une réaction dans la presse, des pouvoirs publics ou du parquet s’il s’est saisi de l’incident. Mais certaines tentatives d’incendies ont très bien pu ne pas être déclarées. Autrement dit, ce décompte sous-estime certainement la réalité.
    En fait les gens ne sont pas méchants, juste un peu taquins, suspendre un sanglier aux grilles d’une mosquée c’est juste une blaguounette innocente.
    « Le racisme c’est vachement marrant car le racisme n’existe pas, personne n’est raciste, vous pouvez poser la question autour de vous. C’est à dire que le racisme n’est pas à la mode. C’est comme la guerre c’est pas à la mode et puis y’a des moments où c’est à la mode. On ne dit pas « je vais faire la guerre » parce que c’est la mode, mais il se trouve que c’est la mode. Il se trouve qu’à des moments pour des raisons qui sont très très très bonnes, parce que la patrie nous appelle ou que les autres nous envahissent alors les mecs partent à la guerre et tout d’un coup c’est la mode. » disait Coluche. Il se trouve que ces derniers temps le racisme ET la guerre sont très à la mode et ce n’est pas réjouissant et pas marrant… Les deux phénomènes convergent avantageusement au service d’une stratégie de diversion pour cacher la situation d’effondrement de notre malheureux pays.
    Mais à part ça, personnellement j’ai eu la chance de voyager un peu tant pour les loisirs que pour le travail et j’ai ce plaisir toujours renouvelé d’échanger avec les étrangers. Si j’étais magicien je donnerais aux humains la capacité de parler toutes les langues pour pouvoir enfin se comprendre.
    le racisme vu par Michou dans la crise le film de Coline Serreau 1992
    https://youtu.be/_FerAaiXO54
    bonne journée

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