Durant tout l’été la « pression » est omniprésente sur les terrasses créonnaises où elle n’a pas toujours été en terrain conquis. Le rosé ou le blanc y tiennent encore le haut du comptoir grâce aux touristes de passage. C’est pourtant quand tout s’agite autour de vous que l’environnement appuie lourdement sur votre qualité de vie, que vous devez absolument laisser couler la bière car elle vous procurera un immense bien-être. Comme la canicule semble installée surtout ne commettait pas l’erreur de la faire disparaître d’un seul trait car ça n’a vraiment que peu d’intérêt. Prenez plutôt votre temps pour l’éliminer et savourer le pouvoir que vous avez à vous faire « mousser » lentement mais sûrement.
Le meilleur moment reste souvent celui où vous vous retrouvez face à ce verre sur lequel coulent ses larmes de regrets de se retrouver au soleil. Cruellement vous savez que sans pitié et sans remords vous en viendrez à bout à petites gorgées. La réussite de vos vacances réside en effet dans votre capacité à savoir prendre votre distance avec la réalité quotidienne pour vous offrir le droit d’étancher votre soif en toute liberté. C’est essentiel !
Par exemple si votre conjointe, votre compagne ou votre amie souhaite musarder devant les vitrines avant de revenir s’installer pour lécher une glace à l’eau vous pouvez en profiter pour la jouer modeste. « Prends ton temps, fais ce que tu veux. Je te retrouve là. Ne t’en fais pas ! » Vous vous installez alors avec volupté à la terrasse d’un bistrot afin de vous colleter avec une pression nommée désir.
Chacun à ses habitudes, ses rites, ses marques à respecter ainsi que ses méthodes à mettre en œuvre pour réussir sa cure ! Pour ma part je commets parfois des infidélités à la « pression » en raison d’un très vieux fantasme de mon adolescence. J’ai toujours pensé, durant les vacances que je ne deviendrai un homme libre que le jour où j’aurais en poche la somme nécessaire pour m’asseoir à une terrasse de café, ne rien faire d’autre que regarder passer les gens honnêtes en buvant une… limonade. Cette situation a hanté mes rêves.
Vous ne le croirez pas vous qui savez que je vante les mérites du rosé, mais je suis depuis aussi longtemps que je me souvienne un inconditionnel de la limonade, celle des bouteilles fraîches avec une fermeture munie d’une petit caoutchouc rouge. La vraie que je ne trouve plus dans les bistrots. Comme les fabrications industrielles modernes ne me conviennent pas je noie mon chagrin de ne pas retrouver mes sensations de cette époque, de temps à autre dans une « pression panachée » !
Elle doit être confectionnée, selon mes principes, avec deux tiers de limonade et un tiers de bière ! Et jamais au grand jamais, couler d’une canette toute prête. Un bistroquet qui se respecte se juge à sa capacité à rallier les habituées à son « panaché blanc » ! Ne criez pas vous les puristes ! Ne hurlez pas au crime de lèse-bière ! J’ai grandi et je me suis désormais mis au demi !
J’avoue, et je n’en suis pas fier mais je fais n’importe quoi pour rajeunir. Pour ma part c’est désormais au Petit Bar, là, au milieu des « miens » à Créon, que j’aime bien commander ma pression afin de me délester de celle que les autres m’ont imposé durant des décennies. Un café avec les uns et un demi parfois remplacé par un galopin histoire de me rappeler que je l’ai été…avec les autres. C’est ainsi ! La simplicité. .
« Qu’avez-vous comme pression ? » devient la première question des spécialistes qui fréquentant les arcades. Pour ma part je n’ai aucune exigence. Comme pour les « médicaments » je me contente des « génériques » car ma connaissance des produits les mieux élaborés est très limitée. En revanche s’il y a plusieurs opportunités le vrai amateur pèsera les avantages et les inconvénients de chacune des marques.
Il y a la solution de la « légèreté », de la « puissance », de la « teinte », de la « quantité », du « goût »ou de « l’origine ». En fait vous devrez vous fier à la satisfaction de votre plaisir pour vous décider. N’optez pas pour une « marque » à contre cœur car vous risquez d’être de fort méchante humeur quand la fin sera venue. Dès que vous aurez devant vous votre « pression » sachez oublier tout ce qu’elle a de mauvais. Regardez là « droit dans les yeux » et levez le coude.
Le « demi » doit avoir des sueurs froides en vous voyant (c’est indispensable) pour que puissiez jubiler avant de l’attaquer. Même s’il est indispensable de le prendre par son faux col en mousseline blanche d’une exceptionnelle finesse, ne témoignez d’aucune brutalité mal placée. Lentement, très lentement, en fermant les yeux comme dans un cours de relaxation avalez la première gorgée de cette pression à éliminer avec le maximum de précautions. L’erreur fatale serait de se précipiter ou de vouloir trop faire durer ! Le timing a une grande importance. Les préliminaires trop longs étouffent l’envie et une trop grande précipitation ne laisse que des regrets.
La « descente » ou la baisse de niveau ne s’effectuera correctement qu’en se hâtant avec mesure. Entrecoupez chaque goulée d’un moment consacré à regarder celle et ceux qui n’ont pas votre chance, aux voisins des autres tables, aux passants qui passent, aux gens pressés de se rendre sur ces lieux où justement on va les presser. Ouvrez votre esprit à la mise en bière. N’ayez surtout pas honte de jubiler… surtout si le temps vous accorde le privilège fabuleux de le prendre.
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Merci pour cette mousse rafraichissante, Jean-Marie!
Puisque tu aimes aussi le panaché, saches que pour ma part, c’est 50/50, moitié bière et moitié limonade!
En juin, lors d’une escapade à Paris j’ai même appris à un serveur (le comble) comment on faisait le panaché!
Il faut une canicule pour que je me laisse aller à la pression intégrale!!!
Allez bonne journée quand même…
Le demi d’ouverture à la pression ou l’éloge épicurien de Jean Marie aux plaisirs d’été.
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…regarder passer les gens honnêtes en buvant une… limonade.
« Vous demandez des bocks ou de la limonade…
− On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade. »
Je voudrais rendre hommage à la Valstar , la bière des stars dont la mise en bière eut lieu en 2012 , elle côtoyait la bouteille de limonade au frais dans un bac d’ eau fraiche alimenté en permanence par un tuyau descendant du puit artésien .
J’ avais bien aimé la description faite par Delerm de la sensation qu’on ressent en buvant sa première gorgée de bière .
Par temps chaud , panaché ou mijo ou mijet, voire trempusse , plusieurs noms pour ce bol de vin rouge additionné de sucre , pain et glaçons que nous consommions ados lors des foins .
Il parait qu’ en Grèce , ils préféraient un bon demi roussos ….
Cordialement.
Alain@ Ah ! Une bonne trempine !