Un mot entre de plain-pied dans l’actualité et y prend une place prépondérante : « guerre ». Jusqu’à présent dans les discours politiques il appartenait au lexique des grands de ce monde puisque la France ne se préoccupait que des conflits africains ou du Moyen-Orient. Désormais selon les propos alarmistes tenus par le Chef des Armées nous savons que nous sommes sous la menace directe d’ennemis identifiés au moment où nous sommes lâchés par les USA. Bref la fête nationale sera une démonstration de notre capacité à un affrontement dont l’échéance annoncée comme pas si lointaine que ça. Ressurgissent les compléments inévitables de l’usage d’un mot qui rode toujours sur la planète : « effort », « patriotisme », « service », « armée »… Ils appartiennent aux fantômes du passé qu’il faut évoquer.
Le 14 juillet 1914 par exemples la foule se précipite sur l’hippodrome de Longchamp où se déroule depuis 1880 le défilé des troupes. Elle a fière allure l’Armée française dans sa tenue garance, sur ses chevaux auxiliaires omniprésents de notre puissance militaire et derrière des batteries neuves de l’artillerie. Dans un décor de partie de campagne la foule s’enthousiasme pour le lâcher de pigeons voyageurs, le régiment d’artillerie coloniale desservi par des Africains ou le bataillon cycliste chargé des liaisons. Dans le ciel quelques aéroplanes et dirigeables entretiennent l’illusion d’un modernisme rassurant. « Gais et contents, nous marchions triomphants, en allant à Longchamp, le cœur à l’aise, sans hésiter car nous alions fêter, voir et complimenter l’armée française… » Le refrain de la chanson célèbre de 1886 est sur toutes les lèvres. La liesse populaire a envahi les villes et les villages. La guerre ? Quelle guerre ?
La va-t-en-guerre revanchards de 1870 ne cessent pourtant de déclamer leur volonté d’en découdre. Une vive polémique agite le Sénat. Elle a trait aux crédits affectés à l’Armée que la docte assemblée voudrait doubler tant ils lui pariassent insuffisants. La situation économique, budgétaire et sociale au premier semestre 1914 n’a rien de prospère. Bien que s’appuyant sur quelques grandes sociétés implantées dans les bassins miniers du Nord et de l’Est, la production française d’acier ne représente plus que 4% du total mondial et la France est désormais dépassée par…la Russie qui s’industrialise à marche forcée. Surtout, cette production est trois fois inférieure à celle de l’Allemagne qui multiplie les gros contrats à l’export.
Dans le commerce mondial la France est passée, entre 1875 et 1913, de 12,7 à 7,6%. Si Paris occupe encore la troisième place, avec 14,5 milliards de francs d’échanges nous nous situons nettement derrière la Grande-Bretagne (28 milliards) et l’Allemagne (22 milliards). Dépassée par les États-Unis et le Japon, la marine française pointe même au sixième rang mondial et conserve, de tous les grands pays occidentaux, le pourcentage le plus élevé de bateaux à… voiles. La situation est d’autant plus compliquée que les élections ont bouleversé l’Assemblée nationale et qu’une majorité n’est pas évidente.
En décembre 1913, le gouvernement Barthou est tombé sur… le budget provoquant une crise qui a duré même après l’arrivée des nouveaux députés. Le budget de l’État, supérieur à 5 milliards de francs, affiche alors… un déficit de 1 milliard. Il faut une profonde réforme fiscale ce que refuse la Droite parlant avec l’instauration de l’impôt sur le revenu proposé par le radical-socialiste Joseph Caillaux de saignée fiscale. Une violente campagne de presse des titres modérés et de droite, réclame un recours accru à l’emprunt et pas aux impôts.
Le défilé de 1914 esteau cœur d’une période incertaine, politiquement confuse. Uns seule voix s’élève pour tenter d’effacer le pire des mots d’avenir : Jaurés ! Il espère encore que le conflit pourra être évité. Au congrès exceptionnel de la SFIO, le député du Tarn, appelle « à la grève générale et internationale contre la guerre » tout en fustigeant dans L’Humanité « la désorganisation de notre système de défense ». Il est haï par les nationalistes. Il est montré à la foule hurlante des faucons. Il n’est pas du tout de bon ton de s’opposer à cette opinion dominante qui voit un conflit éventuel réglé en rien de temps et se terminer par le retour de l’Alsace et la Lorraine dans le giron français en quelques mois.
Jaurès utilisait un mot qui n’existe plus dans les grandes déclarations actuelles : « paix ». On n’ose même plus le prononcer puisque le seul qui soit utilisé est celui de « cessez-le-feu » et encore du boute des lèvres. Paix ? Onu impuissante ! Vente d’armes partout et soit-disant pour la prospérité économique et le bonheur des travailleurs. La guerre, bénédiction des pouvoirs en place. Qui ose parler de paix ?
Il y a cent-dix ans, trois semaines après « la revue » éclatait la première guerre mondiale. Jaurès était tué le 31 juillet et son assassin exempté de peine quelques années plus tard. « On oubliera. Les voiles du deuil, comme les feuilles mortes tomberont. L’image du soldat disparu s’effacera lentement… » écrivait Roland Dorgelès dans Les Croix de bois. Ils furent plus de 1,4 million à laisser leur vie dans ce conflit. Le mot « guerre » ne doit pas être utilisé pour des raisons politiciennes. Il est trop lourd de malheurs, de sang et de larmes pour être galvaudé.
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« Désormais selon les propos alarmistes tenus par le Chef des Armées nous savons que nous sommes sous la menace directe d’ennemis identifiés au moment où nous sommes lâchés par les USA. »
« le Chef des Armées » ? Le toutou fabulateur manquant à son devoir de réserve, au service d’un inconséquent, ni plus, ni moins.
On pourrait, si ce n’était aussi inquiétant, rire de leur comportement inconséquent qui rappelle celui de jeunes enfants qui jouent à se faire peur : « Loup y est tu ? M’entends tu ? »
Si ces jeunes sots avaient vécu, ne serait ce que quelques jours une « vraie » guerre, ils seraient un peu moins primesautiers avec cette sinistre réalité.
Ce qui est réconfortant, si l’on peut dire, c’est que, en cas de conflit, ce ne seront pas seulement les bidasses en première ligne qui seront en danger, mais tout le monde, y compris les « chefs » qui risqueront de se prendre sur coin du portrait un OVPI(objet volant parfaitement identifié).
Bien sinistre « climat » pour illustrer notre devise que l’on célèbre aujourd’hui : Liberté, Égalité, FRATERNITÉ.
Bonjour,
et voici mon commentaire tardif puisque rédigé en ayant dépassé la grande messe nationale en l’honneur des Rambos d’opérette défilant devant le représentant de commerce des industries d’armement. JMD nous a parlé de l »avant guerre de 1914, même si l’histoire ne se répète pas, bien souvent elle bégaie comme notre Béarniais. Je vais faire un bond dans le temps en vous parlant de LA GUERRE DU PÉLOPONNÈSE décrite par Thucydide,dont il est vraisemblable qu’il naquit vers 460 avant JC. Historien contemporain Thucydide réalise une dissection clinique des mécanismes de pouvoir, d’influence, de propagande, de trahison politique et de décadence morale.En observant les conflits en Ukraine, au Proche-Orient ou en mer de Chine, je me dis que Thucydide n’est pas un historien antique. C’est un témoin tragique de notre actualité.
Dans cette guerre qui a ravagé la Grèce entre 431 et 404 avant notre ère, deux modèles de société s’opposent.
Athènes : démocratique, commerçante, maritime, persuasive.
Sparte : oligarchique, terrienne, disciplinée, brutale.
Deux visions du monde. Deux hégémonies rivales. Les parallèles sont frappants.
Athènes, c’est l’Occident : un monde d’alliances, de démocratie affirmée, d’influence culturelle — ce qu’on appelle le soft power. Mais ce pouvoir d’attraction s’accompagne d’une puissance bien plus directe : interventions militaires, sanctions économiques, pressions diplomatiques. C’est un mélange assumé de séduction et de contrainte.
Sparte, elle, fait écho à certaines puissances comme la Russie ou la Chine, plus fermées, autoritaires, méfiantes envers l’universalisme occidental, prônant la stabilité et la souveraineté avant tout. Thucydide l’écrit sans détour :
« Ce qui fit que la guerre fut inévitable, c’est la peur qu’inspirait Athènes à Sparte en accroissant sa puissance. »
C’est glaçant d’actualité.
Comme Athènes, nos démocraties actuelles s’épuisent dans des guerres sans fin, où l’on exporte des valeurs que l’on ne respecte plus chez soi. Afghanistan, Irak, Libye, Ukraine, Gaza : chaque guerre est accompagnée d’un récit simplifié, d’un « camp du bien », d’un « ennemi barbare ». Et peu à peu, ce sont les citoyens qui perdent leur capacité à discerner, à questionner, à douter.
La guerre use les peuples. Et ce sont toujours les peuples qui payent.
Ce que Thucydide nous annonce : le déclin sous nos yeux
La guerre du Péloponnèse ne s’est pas achevée par une victoire éclatante. Elle s’est conclue par un épuisement général.
Sparte a fini par l’emporter, mais sans en tirer profit. Athènes, elle, a tout perdu : sa flotte, sa démocratie, sa fierté.
La Grèce entière, jadis brillante, est entrée dans une période de décadence.
Un siècle plus tard, elle sera avalée par la puissance montante de Macédoine, puis par Rome.
Et comme Athènes autrefois, nous continuons à parler de paix tout en préparant la guerre.
Mais au bout du chemin, il n’y a ni gloire, ni triomphe. Il y a le vide, la ruine, les morts inutiles et stupides.
Relire La guerre du Péloponnèse, c’est ouvrir les yeux. Si vous en avez le temps ( + de 200 pages) c’est ici en pdf gratuit http://ugo.bratelli.free.fr/Thucydide/GuerrePeloponneseT1.pdf
Pacifiste et complotiste ( en l’ignorant au départ) je milite contre TOUTES les guerres. La course au réarmement n’annonce rien de bon pour les peuples mais des profits juteux pour les mamamouchis de l’armement.
« C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches » Victor Hugo L’Homme qui rit 1869
Bonne journée