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Sans mort violente les soirées télévisées sonneraient creux

Lorsque le soir en période paisible il y a pas un match du Barça ou du Real à se mettre sous les yeux il faut parfois se forcer à dénicher dans les programmes de la télévision une fiction correspondant à ce que l’on espérer d’un média populaire devenu populiste ! La tâche est réellement difficile si par exemple on commence par éliminer toutes les œuvres où les crimes ou les assassinats sont présents. Toutes chaînes confondues on a environ une quarantaine de cadavres à déguster chaque soir !

Une bonne partie de ces victimes appartiennent à la catégorie de celles qui ont trépassé d’une manière violente souvent avec un sophistication nécessitant des images saisissantes de réalisme. On trouve aussi une demi-douzaine de suicides et quelques accidents particulièrement terribles… Des tués qui envahissent les films et les séries américaines ou malheureusement françaises.
Le métier le plus populaire à la télé reste celui au minimum d’inspecteur ou de maréchal des logis quand il n’atteint pas le niveau de commissaire ou d’expert ! Les médecins légistes tous plus farfelus les uns que les autres tranchent, dépouillent, observent avec un détachement de bouchers découpant un cochon. Heureusement que les spécialistes ou les techniciens viennent parfois transformer un crime en puzzle technologique ! On en arrive à une saturation épouvantable d’images d’une violence active ou passive qui frôle l’overdose !

Canal + dégouline de sang, d’horreur et de catastrophes et bien d’autres chaînes tentent de rivaliser dans l’épouvante. Si on ajoutait pour les enfants, les adolescent(e)s ou les jeunes les trucidé(e)s des jeux vidéo on obtiendrait des statistiques affolantes car bien évidemment répétitives… conduisant à penser qu’ils voient ou entendent parler de manière exponentielle au cours des dernières années.

La mort cinématographique est représentée soit sous les traits de violences individuelles (le suicide et l’exécution) soit collectives (la fusillade en série). Enfants et adultes vivent des émotions fortes par le biais du cinéma, du théâtre, du journal télévisé, et en fonction de leurs pulsions de mort et de vie. Les morts spectaculaires, le plus souvent violentes, sont devenues banalités. Ces récits de violence peuvent jouer un rôle de catharsis. Mais il peut arriver que les enfants transposent dans la vie réelle les modèles d’attitudes qui les ont apaisés temporairement et, finalement, passent à l’acte.

« La violence sur les écrans est présentée sous la forme de mort à la troisième personne, rendant la distanciation possible, et le plaisir prévaut. » explique Marie-Ange Abras Docteur en sciences de l’éducation. Elle ne risque pas d’être entendue puisque désormais il n’y a plus aucune limite à la diffusion de ces images souvent venues d’Outre-Atlantique !
Le paradoxe c’est que face à ce phénomène ce sont les producteurs américains qui se sont réunis pour tenter de l’endiguer. Il faut diminuer les crimes de tous ordres dans les séries qui n’a cessé d’augmenter.

Les derniers massacres dans les lycées ou les événements (11 650 tués par armes à feu aux USA en 2017) ont semble-t-il changé la donne. Les studios et les diffuseurs se sont unis avec les syndicats de scénaristes et de producteurs, pour tenter d’encadrer cette explosion macabre. Ils sont arrivés à un compromis, il y a trois semaines avec la création du « death quota », au cœur d’une charte régissant les morts dans les séries dramatiques. A quand pareille négociation en France ?

La charte impose un minimum de trois morts par saison d’une série, dont au moins un personnage récurrent. Ce chiffre concerne les saisons de 12 épisodes; une saison de 8 épisodes n’aura besoin de tuer que deux personnages (dont un récurrent) et une de 22 épisodes 5 personnages dont un deux récurrents. Toute série ne respectant pas ce minimum sera taxée, en fonction de son budget – une précision apportée pour ne pas sanctionner trop lourdement les petites productions. Les drames qui parviendront à dépasser ce « death quota » profiteront eux d’une légère aide à la production. Une limite a cependant été fixée à… sept morts par saison. Notons aussi que, pour ne pas trop avantager les producteurs de séries médicales et de polars, il a été convenu que les victimes et les malades hebdomadaires, dont la mort est mise en scène en moins d’une heure – voire dès le premier plan d’un épisode – ne compte pas.

La négociation n’a pas satisfait tout le monde puisque les acteurs, les cascadeurs, des responsables d’effets spéciaux ont proteste à cause du manque à gagner que représentait cette limitation. Et dans le système de la concurrence outrancière et au nom de la liberté absolue de création d’autres genres pourraient à leur tour faire appel à la mort sous toutes ses formes pour booster leurs audiences et leur communication.

Ainsi, la porte n’est pas fermée pour créer un « death quota » adapté aux comédies (évidemment plus limité). Et les chaînes CW, Freeform et Nickelodeon discutent d’une possible augmentation des morts brutales dans les séries pour enfants. En attendant les policiers des écrans de toutes nationalités ont encore de beaux jours devant eux…

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Cet article a 3 commentaires

  1. J.J.

    Il semble que Montaigne ait déjà observé et évoqué cette anomalie de la race humaine qui doit lui être congénitale (sans vouloir faire de mauvais esprit j’y vois, peut être à tort, l’influence néfaste des religions monothéistes).
     » Qu’a fait aux hommes l’acte génital, qui est si naturel si nécessaire et si légitime pour que nous n’osions pas en parler sans honte et pour que nous l’excluions de nos propos sérieux et bienséants ?
    Nous disons hardiment à haute voix: tuer, dérober, trahir ; et cet acte-là, nous n’oserions le nommer qu’entre les dents ? »
    Sujet d’hier En ce qui concerne la « podopostophilie » (bel article à ajouter s’il n’y est déjà au dictionnaire xyloglotte) après réflexion il convient en effet de n’en user le cas échéant qu’avec « tact et mesure », selon les termes du serment d’Hippocrate, s’il me semble, à propos des honoraires du corps médical.
    Ce n’est pas parce que notre maitre de CE2/CM1 (revenu probablement traumatisé de captivité en Allemagne) nous gratifiait d’une baffe par faute d’orthographe, et que celui du CM2 utilisait la « podopostophilie » pour le malheureux qui avait commis une erreur en corrigeant un problème au tableau, pour que ce genre de procédé soit encore pratiqué. Evidemment nous n’en sommes pas morts, et dans l’ensemble nous n’avons pas « mal tourné », mais nous n’y avons pas non plus pris grand plaisir.

  2. Alain.e

    Ce qui est complétement dingue , c’ est que les gens sont incapables d’ utiliser leur libre arbitre pour faire des choix raisonnable, et qu’il faille réglementer .
    Les nouvelles générations se désintéressent de la télé classique et utilisent les plateformes comme Netflix , Amazon, Disney+,etc…
    Sur Netflix , on peut choisir entre différentes catégories de films , séries , documentaires.
    Action ,animé , comédies, drames , fantastique, romance, sport, thrillers, etc…
    Sur France TV, idem, il suffit de choisir son programme .
    Les séries de mon enfance étaient aussi violentes,
    « Au nom de la loi  » Josh Randall
     » Thibault les croisades  »
    « Mission impossible »
     » Thierry la fronde »
    « Les envahisseurs » , et tant d’ autres , les westerns ou ça dézinguait du sioux , du comanches, du cheyennes …
    Je suis sans doute un psychopathe en devenir du coup .
    Cordialement.

  3. faconjf

    Bonjour,
    puisque nous sommes dans le registre de la fiction, vous pouvez suivre en me lisant mon délire de petite souris assistant au congrès des mamamouchis de l’étrange lucarne. C’est pour sourire rassurez-vous.
    Le grand mamamouchi télévisuel ouvre le débat devant ses pairs par ces mots:  » Chers amis et concurrents l’heure est grave le peuple des gueux s’ennuie devant nos séries débitées au kilomètre. Ces ingrats boudent nos merveilleux programmes, certains regarderaient nos chaînes avec le smartphone ou la tablette à la main. Certains observateurs déclarent qu’une infime minorité liraient même des livres en toute impunité devant nos programmes. L’immoralité de ces comportements doit cesser car ces malotrus se dérobent ainsi aux lucratives minutes de cerveaux disponibles de nos financeurs publicitaires. Avec votre accord nous allons faire appel à notre société de conseil  » Super-Moraline » basée aux îles paradisiaques elle nous permet avec ses études totalement bidonnées une optimisation fiscale conséquente. Je leur laisse la parole »
     » bonjour à tous je suis John Bid-On ingénieur en chef du département Moraline* chargé des études de l’asservissement merdiatique. La problématique du champ d’étude est largement motivée par la pression constante des ligues de vertu qui tentent nous imposer une ligne morale rigoureuse. Depuis très longtemps nous manipulons ces ligues en fonction de nos intérets. Nous produisons régulièrement des sondages « améliorés » suivant nos objectifs pour entraîner ces mouvement de pensée dans notre sillage. La fabrication du consentement au sens défini par Chomsky est notre objectif, consentement indispensable à notre finalité qui est l’abêtissement des gueux nous permettant de vous (nous) enrichir avec la sueur et le sang des pauvres. Détruire le modèle d’éducation fait partie intégrante de notre stratégie. Les ligues de vertu nous aident beaucoup dans cette croisade.
    Le grand mamamouchi télévisuel vous a exprimé ses préoccupations concernant la bouderie des téléspectateurs pour notre industrie de la fiction impactant le temps de cerveau disponible indispensable à la vente de publicité. Pour les distraits par l’utilisation des écrans informatique, pas de panique nous sommes propriétaires de ces supports qui génèrent maintenant plus de profit que la publicité télévisuelle. En fait nous sommes largement gagnants dans ces investissements passés, de plus nous apparaissons masqués sur ces supports qui sont des leviers puissants sur l’opinion facilitant ainsi la fabrication du consentement. Le problème majeur concerne la population des lecteurs qui manquent à l’appel et qui se construisent des outils de réflexion puissants mettant à mal notre stratégie de fabrication du consentement. Nous travaillons d’arrache-pied pour que les ligues de vertu interdisent les livres et quelques succès sont déjà enregistrés. Pour faire plaisir à nos alliés nous avons mis sur pied une charte de bonne conduite dans l’écriture des scénarios des fictions. Le nombre de décès constitue un numérus clausus très encadré, l’IA nous est d’une aide considérable et nous envisageons de lui donner l’écriture de toutes les fictions. C’est pour nous l’assurance de profits considérables sur le dos des scénaristes envoyés au chômage. En outre les ligues de vertu auront la possibilité à tous moments de modifier les contraintes. Les scènes de sexe sont pour le moment épargnées dans l’attente de dispositifs efficients pour identifier l’âge des téléspectateurs. Nous avons toute confiance dans les progrès de la science qui nous permet d’augmenter nos dividendes. Merci à vous ( applaudissements !) »
    … Faut-il pleurer, faut-il en rire ?
    Bonne journée et bon retour dans la réalité.
    *Le terme « Moraline » peut faire référence :

    dans l'œuvre de Friedrich Nietzsche, à la morale chrétienne, la morale dominante et bien-pensante, le suffixe -ine est accolé à « morale » pour suggérer une substance pharmaceutique désignant un produit imaginaire permettant de donner une bonne moralité. Nietzsche désigne ainsi une morale prétendument élevée mais qui en réalité tend au nihilisme, qu'il s'agisse de conservatisme religieux ou de conformisme bourgeois. Cette forme dégradée de la morale découlerait, selon Nietzsche, principalement du judéo-christianisme, qui impose des règles formelles et un système culpabilisant au lieu de la responsabilité individuelle ;
    au XXIe siècle, on parlerait de « Morale de la pensée unique » ou de la pensée moralisatrice qui serait adepte d'une forme de terrorisme intellectuel ;

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