Travaillera ? Travaillera pas ? Demain chez les boulangers et les fleuristes le choix existera-t-il vraiment pour les employés des petites structures artisanales ? Quand on connaît le marché de l’emploi actuel il est certain qu’il sera difficile de refuser une journée normalement payée double. Mais ce n’est pas probablement la raison principale d’une entorse à ce rendez-vous marquant de l’histoire d’une classe ouvrière qui s’étiole dans une pays en phase désindustrialisation massive.
En effet on peut s’interroger sur la perception qu’a la très grande majorité des actifs d’un premier mai de revendication. Ont-ils conscience du symbole fort de ce jour chômé et payé ? Mesurent-ils la différence avec un jour férié ? Pour eux il s’agit d’une journée de congé permettant souvent de faire le pont. Rien d’autre.
Le 1er mai a été durant des décennies un jour de lutte, de mémoire et d’espoir, autant de valeurs qui ont été dissoutes par le fric et la référence à l’efficacité économique. Il reste la journée internationale des travailleuses et des travailleurs. Un moment où les syndicats doivent désormais rappeler que les droits sociaux ne sont jamais acquis et qu’ils doivent être défendus. Face à l’absence de baguette de pain sur la table familiale et pour la présence d’un brin de muguet hors de prix dans un vase? la France est prête à abandonner ses repères.
En fait une offensive coordonnée a eu lieu pour tenter de mettre un coin dans cette forme de reconnaissance du rôle des salariés dans la marche de la Nation. « Les boulangers indépendants artisans, les fleuristes indépendants artisans pourront ouvrir ce 1er mai », en faisant travailler leurs employés sur la base du… volontariat et en les payant double. S’appuyant sur ce texte potentiellement adoptable par le Parlement et contournant le Code du travail il a annoncé : « Pour ce 1er mai 2026, une instruction sera donnée à l’ensemble des services de l’État pour préserver, protéger, sécuriser ce que je viens de vous annoncer ».C’est à dire que ce sera vraiment un jour chômé et payé pour les fonctionnaires chargés d’éventuels contrôles.
C’est un précédent dangereux. N’étant pas en mesure de mettre en place une loi après débat démocratique le gouvernement décrète l’inutilité de celle qui existe depuis longtemps. L’an prochain il y aura en effet 80 ans que sur proposition du député socialiste Daniel Mayer et avec le soutien du ministre communiste du Travail Ambroise Croizat a été instauré un jour chômé et payé sans être une fête nationale (mais il n’est même plus officiellement désigné comme fête du Travail).
La loi n° 48-746 du 29 avril 1948 institue ce rendez-vous. Elle est reprise dans le code du travail sans lui donner de dénomination officielle (Article L3133-1 du Code du Travail). Durant huit décennies on s’est arrangé pour le pain, les croissants et le muguet. Le symbole avait résisté et c’était probablement le plus important. On sait fort bien que les exceptions à la règle ont toujours tendances à s’étendre. Ainsi les professionnels de la boucherie et de la poissonnerie, le secteur des loisirs (cinéma) ont exprimé leur souhait de pouvoir eux-aussi déroger au Code du travail actuel au nom d’une « rupture manifeste d’égalité ». Un argument auquel le camp présidentiel n’est pas insensible à en croire le Premier ministre.
J’achèterai une grosse boule de pain de campagne à l’ancienne et je me priverai sans problème de muguet onéreux. Une manière de protester. En serai-je frustré ? Je ne le pense pas. J’aurai une pensée pour toutes celles et tous ceux qui sont contraints ce jour-là de maintenir majoritairement l’activité des services publics (santé, sécurité, installations à feux contenus…).
Pour ma part je conserve le souvenir inoubliable de la journée du 1er mai 1968. C’était la renaissance du défilé après 14 ans d’interdiction et le début d’une prise de conscience collective. J’y croyais puisque le PSU et le Parti Communiste étaient les seuls partis qui s’étaient associés à cette manifestation. Ce n’était pas une foule extraordinaire et nul n’envisageait ce qui allait suivre. Un mois après il y aura pourtant sept millions de grévistes en France ! J’étais aussi de celui de 2002 entre les deux tours de la Présidentielle qui aura été celui de l’unité réelle contre le danger du populisme. On était loin du travail dans les boulangeries et chez les fleuristes !
Je ne publierai pas de chronique demain…
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la base du… volontariat et en les payant double….jusqu’au jour où le fait accompli se sera banalisé et où le travail sera obligatoire et sans compensation. On déjà vu jouer ça quelques part…
Il ne faut pas se faire d’illusion, on les voit venir avec leurs gros sabots et leurs arguments ayant l’élégance d’un éléphant.(je demande pardon aux éléphants pour cette comparaison).
Cette manœuvre est un mauvais coup volontairement porté contre les mouvements sociaux et la tradition ouvrière.
Personnellement, je me demande pourquoi, le lundi de Pâques je n’ai pas trouvé à Pessac le moyen de me restaurer convenablement, alors que demain, jour où l’on doit célébrer les Travailleurs indispensables à la Nation, je pourrai me procurer du pain frais (même à Pessac ? je n’irai pas vérifier), ce que je me garderai bien de faire.
J’estime que ce terme de fête du travail est inconvenant, le travail est une punition. C’est d’ailleurs la Bible qui le reconnaît sans ambiguïté : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. »
Il faudrait renoncer à cette appellation et établir une Fête des Travailleurs, qui sont les véritables héros de la journée, et non un mythe fumeux.
Rétablir également l’Églantine Rouge comme symbole de ce jour, et laisser le muguet à sa fonction de plante décorative(et vénéneuse).
@JJ
Dans certains pays, comme la France, l’Allemagne, l’Italie et le Japon, le terme « fête du Travail » est controversé car ayant été détourné de sa signification historique par certains partis et gouvernements, en particulier le pétainisme et le fascisme, mais aussi plus récemment par Emmanuel Macron ou Giorgia Meloni. Pour éviter toute ambiguïté, certains préfèrent ainsi employer le terme complet : «Journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et travailleurs ».
Au Canada et aux États-Unis, la fête du Travail est distincte de la journée internationale des travailleurs, elle est un jour férié du mois de septembre. De même en Australie où elle est fêtée à différentes dates proches du printemps ou de l’automne. (source wiki)
Salutations cordiales, la lutte continue
Merci Jean Marie de célébrer à ta façon ce jour précieux.
J’ai omis de saluer à la manière de nos ancêtres notre illustre compagnie.
Salut et Fraternité.
Cela m’attriste beaucoup car j’ai seulement en mémoire ce que me racontait mon père qui était boulanger à Bordeaux en 1936 et qui chantait alors « le temps des cerises »…
Pour ma part, le 1er mai c’était jour sans radio ni télé et c’était bien ainsi. Demain, je ne défilerai pas mais n’irai pas non plus « en ville »
Allez, bonne journée quand même!
Bonjour,
le vieil anarcho-syndicaliste ressent avec amertume la mort annoncée du symbole des luttes pour le « droit du travail ». Surgissant de ma mémoire les 1er mai de manifestations et aussi ceux passés au travail enfermés dans l’usine alors que le soleil appelait à la recherche du muguet. Le matin d’un premier mai, il y a 40 ans, reste particulier pour moi. Ce matin là toutes les alarmes extérieures radioactives de la centrale nucléaire se mirent à chanter en chœur, alors que toutes les armoires de surveillance interne restaient silencieuses.
A des milliers de km, dans un pays à l’est du rideau de fer une centrale avait subi une catastrophe que tous les experts de la vérité vraie disaient impossible depuis toujours. Les plus grands experts en radioprotection de notre pas chantaient la veille que jamais au grand jamais nous ne subirions les retombées nocives de la catastrophe qui n’aurait pas eu lieu!
Et pourtant ce jour là force était de constater que l’extérieur des installations était 100 fois plus contaminé que les zones « chaudes » de la centrale. Le rideau de dizaines d’années de mensonges se désagrégeait sous nos yeux.
Depuis ce premier mai, plus jamais je n’ai fait confiance aux gouvernements et aux experts couronnés des lauriers de la compétence auto-administrée. A chaque évènement de portée internationale, une alarme s’allume dans mon cerveau. Une alarme intitulée » attention à la vérité vraie », c’est une alarme qui requiert l’entrée dans la consigne » vérifiez les FAITS, une vérité réputée vraie n’est peut être qu’un mantra spécieux ».
Quelques mantras spécieux pour la route:
– Un réacteur nucléaire ne peut pas exploser,
– La radioactivité s »arrête à la frontière,
– La cigarette n’est pas nocive,
– Les pesticides sauvent la planète de la famine,
– l’amiante ne produit pas de cancers…
Je laisse les complotistes, comme moi, compléter la liste des mensonges d’hier et d’aujourd’hui totalement démentis par les faits. Les mensonges prennent l’ascenseur et la vérité prend les escaliers encombrés par les « sachants ».
Le premier mai travaillé, l »a toujours été pour les métiers dont on ne peut se passer. L’objectif de l’oligarchie reste de banaliser le symbole pour l’effacer de la mémoire des luttes… Qui est le fer de lance de cette opération? Bizarre ce sont les chaînes d’infox détenues par les milliardaires, étonnant non ?
bon premier mai à vous