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Ce week-end baignez vous dans la lumière printanière…

Le printemps donne peu à peu des couleurs aux paysages. Des couleurs tendres, encore hésitantes comme si elles ne voulaient pas donner trop d’espoir sur des jours meilleurs au promeneur tenté par un rayon de soleil entre les nuages. En fait, ce sont les plus agréables car ce sont celles de la renaissance de la flore partout où l’homme ne s’évertue pas à la raser au plus près ou à la tailler en brosse plus ou moins ordonnée.

Le ciel est tombé amoureux du sol et lui a confié ses étoiles lumineuses qui forment des voies lactées alternant la blancheur des pâquerettes et l’or ensoleillé des pissenlits. Les grandes prairies regorgent de ces pluies d’astres minuscules qui refusent de tourner autour du soleil pour seulement lui faire des clins d’œil, afin qu’il accepte de réchauffer leurs pétales.

Dans le fond, ces éruptions sur la peau verte croissante des pelouses préoccupent les propriétaires obsédés par la netteté de leur environnement, reflétant une vaillance et une rigueur louables pour leur image. Comment accepter un samedi après-midi de laisser le printemps s’installer alors que le standing impose un « rasage » parfait de ces herbes réputées folles, alors qu’elles ne font que profiter de la vie ? ils tondent. Ils détruisent au nom de l’opinion dominante qui refuse le désordre naturel.

Dans une société de l’ordre établi, de la morale impitoyable, de la propreté apparente, les pâquerettes ou les pissenlits ressemblent à des générations anarchiques et contestataires qu’il faut éradiquer avant qu’elles n’envahissent le cadre de vie. On a bien constaté que même « arabe » un printemps ne permettait justement pas à la liberté de s’épanouir, car la tentation est toujours présente pour les partisans de l’uniformité en tous genres de reprendre la main sur l’émancipation.

Grâce aux arbres fruitiers ou aux haies d’aubépines, avant de voir la vie en rose, les paysages rappellent l’hiver avec cette blancheur éphémère des fleurs soumise aux effets du vent mauvais qui ne vient pas nécessairement de la montagne. Extraordinaire pied de nez aux lendemains meilleurs avec les pommiers et les poiriers qui jonchent le vert de flocons immaculés, alors que tout le monde aspire à oublier les contraintes de la neige.

La nature fait dans le changement progressif, dans le passage de témoin symbolique, car lentement le rose monte aux joues des arbres comme si le vent vif et mordant continuant à agacer le promeneur stimulait les vergers. Ce sont eux qui annoncent la montée en puissance d’une arrivée du printemps que les hirondelles ne peuvent plus annoncer, car elles ont été décimées par les pesticides. En général plus sensibles que les autres au froid, les pêchers ne dévoilent leur chair rose tendre que quand les risques de mort subite sont limités. Le signal de l’explosion de la vie est donné. Partout les fleurs portent l’avenir !

Les glycines dégoulineront dans quelques semaines de ce mauve tendre ou plus rarement de blanc lumineux, en repoussant à plus tard l’apparition de leurs habits verts très académiques. Ces grappes opulentes et lourdes décorent des tonnelles ou des entrelacs torturés de branches souvent très anciennes et qui, chaque année, s’offrent une éternelle jeunesse flamboyante, ostentatoire, cossue.

Baroques, surchargées, ciselées, des panaches de fleurs opulentes marquent la continuité des saisons, puisque durant tout l’hiver leur support s’endort dans une nudité austère avant d’éclater en quelques jours dans un délire floral surchargé. Chaque fois que je les vois, je pense inévitablement à ces bals des cours royales d’antan avec la profusion des robes surchargées. La glycine c’est la noblesse dans ses excès de m’as-tu-vu!

C’est, au printemps, le contraire pour le lilas. Lui redresse la tête et envoie vers le ciel des floraisons populaires car constituées de parcelles individuelles, agglutinées les unes contre les autres anonymement, dont j’apprécie plus que tout autre, la simplicité et la délicatesse. Élégantes, résistantes, tenaces, dans les courants d’air frais, elles dégagent un parfum subtil qui marque véritablement les soirées printanières. Sobre, résistant, discret le lilas au mauve ou au bleuté plus ou moins intenses reste le symbole du peuple des jardins. Quand il arrive, il est temps de passer à l’action de de préparer les cultures pour le reste de l’année. La hampe du lilas rassemble solidairement des mouches colorées constituant ensuite un collectif solidaire et réussi.

Allez, promenez-vous dans le printemps, si vous le pouvez encore, et revenez à la vie simple et tendre qui permet d’oublier les miasmes actuels d’une société ayant perdu les effets des bonheurs simples de la nature. Et cueillez dès qu’il sera là le lilas, fleur de liberté et d’amour, pour que l’espoir entre chez vous !

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Cet article a 4 commentaires

  1. Gilles Jeanneau

    Je t’envie Jean-Marie; quel talent pour parler du printemps!!!
    Profites bien de cette saison toi aussi et laisses les grincheux sur le bord de la route…
    Allez bonne journée quand même!

  2. J.J.

    Le printemps rend « poète » et Jean Marie n’échappe pas à la règle.
    À propos des pâquerettes et des pissenlits, plantes insoumises des pelouses qui font se mobiliser les partisans de l’ordre jardinier établi, il existe au Québec (je fréquente un blog de jardiniers Québécois) des jardiniers ou amateurs de nature qui se battent pour la protection des pissenlits et autres « adventices ». En effet ils considèrent que les belles fleurs jaunes des pissenlits(la plante probablement la plus répandue grâce à ses graines munies d’aigrettes (je sème à tout vent) qui lui ont permis de coloniser toute les régions du monde) sont très décoratives, ajoutent une note de gaieté à la morosité des pelouses « bien entretenues ». De surcroît la fleur de pissenlit est richement mellifère, donc plante précieuse également pour les abeilles et autres insectes butineurs.
    Le pissenlit, plante diurétique qui lui a valu son nom est aussi connu sous d’autres appellations : dent de lion, taraxacum, cramias, etc. et fait partie, comme la pâquerette de la nombreuse famille des astéracées (jadis composées).
    Enfin, je terminerai cette « défense et illustration du pissenlit » en rappellent les qualités gustatives de cette plante qui est également comestible, (certains l’utilisent pour confectionner de la confiture, et y a-t-il quelque chose de meilleur qu’une omelette ou une salade pissenlits accompagnés de lardons ?).
    Cependant je suppose qu’aucun de nous n’est pressé de la déguster par la racine.

  3. JJM

    Très belle ode au printemps Jean Marie. Elle exprime tout ce que j’ai ressenti hier en parcourant à vélo l’Entre-Deux-Mers, sentiments que j’aurai été incapable de retranscrire avec autant de talent.
    J’ajouterai les effluves odorants des barbecues à l’heure du repas qui, ceux-là, ne te distraient pas de ton chemin ,…….alors que tu dois te contenter de ta seule pâte amande glissée dans la poche du maillot !

  4. Alain.e

    Le « Flower power » , je valide , néanmoins , je ne partage pas l’ avis de JJ .
    Le pissenlit , je déteste , des racines profondes, bouffe la pelouse , très dur de s’ en débarrasser .
    Je préfère de loin la pâquerette, car il m’ arrive d’ avoir la pensée au ras des pâquerettes.
    J’ ai également aimé une certaine Margueritte il y a fort longtemps et il était enivrant de pouvoir l’ effeuiller.
    Ancien latiniste , j’ ai eu l’ honneur de décliner la rose de toutes les façons , Brel que je suis..
    N’ ayant pas assez de monnaies , je n’ ai pas acheter le bassin aux nymphéas et me contente du bassin d’ Arcachon de temps à autre.
    Bon , je vous fait une fleur , j’ arrête mes disgressions, je vais commander des œillets pour renforcer mes feuilles papiers après perforations.
    Cordialement .

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