Dans quelques jours avec la fin du dépôt des listes pour les élections municipales il sera possible de savoir si la démocratie locale progresse en comptabilisant le nombre de listes en course. A un mois du scrutin il ne semble pas que les vocations soient nombreuses. Si par exemple on se fie au territoire de la Communauté de communes du Créonnais il est aisé de prendre conscience du peu d’enthousiasme pour le pouvoir municipal dans le contexte actuel. Sur les 14 communes 11 ne proposeront aux électrices et aux électeurs… qu’un seul bulletin de vote ! Un record absolu.. Et il est intéressant de préciser que dans dix d’entre elles il y aura le même nom en haut de la liste. Seulement deux maires sur 14 abandonnent le poste qu’ils occupaient depuis presque 50 ans !
Cette situation est particulièrement sensible dans le milieu rural et s‘estompe plus on se rapproche de la métropole lorsque la taille de la collectivité augmente. Ainsi en Créonnais ce sera le cas dans 3 d’entre elles dont les deux plus peuplées. La première affiche trois listes pour la première fois en deux siècles et les deux autres en auront deux. Cette situation permet déjà d’envisager qu’il n’y aura pas de second tour dans treize des quatorze communes…du territoire. Une situation qui ne s’est jamais vue puisque c’est le fruit de la proportionnelle. Auparavant le scrutin uninominal offrait l’opportunité de ne pas pourvoir tous les postes et donc on revotait.
Il n’y a donc pas de campagne électorale réelle dans bien des cas ou elle n’existera que pour la forme. Aller voter deviendra alors une formalité purement théorique avec le choix entre un soutien aux sortants renouvelés et un bulletin blanc. Les nouvelles modalités de constitution des listes n’a pas produit l’effet escompté. Dans l’ancien système considéré par les élites parisiennes comme peu démocratique il y avait le jugement sur les personnes. Certes le « tir aux pigeons » n’avait rien d’agréable surtout pour celles et ceux qui étaient mis en difficulté, mais il révélait les faiblesses du choix. Là c’est tout ou rien !
Pour les programmes il n’y a guère d’évolution dans les mentalités. Des promesses et des promesses. Toutes déconnectées de la réalité nationale. Il n’y a aucune analyse lucide de la situation réelle du pays. L’endettement de Bercy, le déficit budgétaire, le transfert des compétences sans les moyens, l’absence avérée d’autonomie de gestion, l’appauvrissement social qui s’accroît ne transparaissent pas dans bien des documents prétendant définir un avenir à six ans alors qu’on en le connaît même pas à six mois. J’ai entendu cette phrase dans l’enregistrement d’une réunion : « nous voulons faire rêver les électrices et les électeurs. Nos adversaires ne sont que des comptables ! ». C’est de l’illusion pure qui est vendue.
Aucune anticipation, aucune innovation, aucune imagination si ce n’est « construire » sans trop se soucier des conséquences financières des investissements promis sur le fonctionnement. Or demain ce ne sont pas les équipements qui feront défaut, mais les ressources pour les animer et leur donner une utilité publique la plus large possible. On ne vend même plus du rêve à crédit mais de l’esbroufe à bon marché. Les budgets 2026 et encore plus fortement 2027 seront marqués, c’est une certitude par une raréfaction des disponibilités financières sauf à matraquer les propriétaires de bâti (communes) et les entreprises (communauté de communes).
L’ignorance citoyenne des vrais enjeux permet ainsi toutes les affirmations. Sur ce que je lis dans la presse il me semble que moins les auteurs de ces supercheries ont des chances d’être élus et plus ils délirent sur les propositions. D’autant qu’étant parfois au degré zéro de la connaissance de la gestion qu’ils réclament comme plus sérieuse et plus économe ils annoncent fièrement qu’eux « n’augmenteront pas les impôts » ! C’est il est vrai une constante des campagnes électorales : « on rasera gratis ! ». Or beaucoup des communes dont on me demande d’examiner la situation financière sont en route pour le déficit dans deux à trois ans et seront dans le rouge qu’avec ce qu’elles ont à assumer. Plus que jamais l’électeur sérieux choisira la liste de ceux qui font des priorités.
Rien d’étonnant que cette évolution du « culte des illusions » se traduise depuis trois mandats par une augmentation considérable des démissions en cours de mandat. Le nombre moyen annuel des départs volontaires des maires a été de 2 189 depuis juillet 2020 (date d’installation des conseils municipaux). Un chiffre en nette augmentation par rapport aux mandats précédents ce qui confirme la fragilité de la fonction et les difficultés à l’exercer. Cela correspond à plus d’une démission quotidienne transmise et acceptée par les préfets. Et si l’on prend celui des conseillers municipaux on atteint un niveau encore plus alarmant (35 %) ! Il est certain que vu la rareté des listes et les conditions parfois difficiles de leur constitution, en 2032 il risque d’y avoir des « trous » autour de stables des conseils municipaux.
En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
À part quelques téméraires, inconscients, ou glorieux mégalomanes au petit pied, il semblerait que l’on ne se bouscule pas au portillon pour ramasser ce qui est devenu un bâton brenou.
Bonjour,
à propos des finances communales, je m’en vas vous narrer ce petit fabliau ( pas vraiment car il n’est pas rédigé en octosyllabes) qui va sans aucun doute vous esbaudir et peut être même vous ébaubir.
» Un homme portant cravate se présenta un jour dans un village. Monté sur une caisse, il cria à qui voulait l’entendre qu’il achèterait cash 100 euros l’unité tous les ânes qu’on lui proposerait. Les paysans le trouvaient bien un peu étrange mais son prix était très intéressant et ceux qui topaient avec lui repartaient le portefeuille rebondi, la mine réjouie.
Il revint le lendemain et offrit cette fois 150 € par tête, et là encore une grande partie des habitants lui vendirent leurs bêtes. Les jours suivants, il offrit 300 € et ceux qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants.
Constatant qu’il n’en restait plus un seul, il fit savoir qu’il reviendrait dans huit jours, acheter des ânes qu’il paierait 500 €, puis il quitta le village.
Le lendemain, il confia à son associé le troupeau qu’il venait d’acheter et l’envoya dans ce même village avec ordre de revendre les bêtes 400 € l’unité. Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 € dès la semaine suivante, tous les villageois rachetèrent leur âne, jusqu’à quatre fois le prix qu’ils l’avaient vendu. Et pour ce faire, tous empruntèrent à la banque.
Comme il fallait s’y attendre, les deux hommes d’affaire s’en allèrent prendre des vacances bien méritées, dans un paradis fiscal. Et tous les villageois se retrouvèrent avec des ânes sans valeur, endettés jusqu’au cou, ruinés.
Les malheureux tentèrent vainement de les revendre pour rembourser leur emprunt. Le cours de l’âne s’effondra. Les animaux furent saisis, puis loués à leurs précédents propriétaires par le banquier. Celui-ci pourtant s’en alla pleurer auprès du maire en expliquant que, s’il ne rentrait pas dans ses fonds, il serait ruiné lui aussi et devrait exiger le remboursement immédiat de tous les prêts accordés à la commune.
Pour éviter ce désastre, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour qu’ils paient leurs dettes, le Maire le donna au banquier (ami intime et premier adjoint, soit dit en passant). Or celui-ci, après avoir rétabli sa trésorerie, ne fit pas pour autant un trait sur les dettes des villageois, ni sur celles de la commune, et tous se trouvèrent proches du surendettement.
Voyant sa note en passe d’être dégradée et pris à la gorge par les taux d’intérêts, la commune demanda l’aide des communes voisines. Mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient en aucun cas l’aider, car elles avaient connu les mêmes infortunes.
Sur les conseils « avisés et désintéressés » du banquier, toutes décidèrent de réduire leurs dépenses : moins d’argent pour les écoles, pour les programmes sociaux, la voirie, la police municipale… On repoussa l’âge de départ à la retraite, on supprima des postes d’employés communaux, on baissa les salaires et parallèlement on augmenta les impôts. C’était, disait-on, inévitable ! Mais on promit de… moraliser ce scandaleux commerce des ânes !!!
Cette bien triste histoire prend tout son sel, quand on sait que le banquier et les deux escrocs sont trois frères. Ils vivent ensemble sur une île des Bermudes, achetée à la sueur de leur front. On les appelle « les frères Marchés ».
Très généreusement, ils ont promis de subventionner la campagne électorale des maires sortants.
Qu’on fait les villageois ?
La fable ne le dit pas, elle laisse aux lecteurs le soin de le deviner.
A votre avis ? »
Le texte n’est pas de ma composition, je l’ai péché sur un blog en date de 2013 à propos de la crise des subprimes.
les vrais ânes ne sont pas toujours ceux que l’on croît, le clientélisme transparaît dans la fable et il est tellement palpable dans nos communes que les « phynances » en sont affectées.
Bonne journée