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Ben mon colon… le picrate n’est pas fameux ce soir !

L’apéro du soir a un goût un peu particulier. Bien que je n’en prenne plus depuis longtemps celui qui se trouve dans mon verre ne m’inspire pas confiance. Je le connais pourtant. C’est probablement pour ça que j’appréhende de plonger mes lèvres dans ce « bouillon blanc » que j’ai moi-même préparé . C’est en effet la troisième fois que j’ai le privilège d’avaler une « pina colada » coloscopique et fibroscopique. Un genre de potion destinée à vous faire découvrir de manière répétitive combien le rosé est un breuvage réservé aux gens heureux.

La prescription médicale est formelle : « à avaler cul sec et aussi frais que possible » puis attendre un résultat qui ne peut que me faire ch… ! La traîtrise c’est que la goût n’est pas si désagréable que cela.  Le verre que j’ai choisi parmi ceux qui sont dévolus au whisky des invités de passage donne un air plus attrayant à une décoction obligatoire pour que le spécialiste des  « tripes » puisse clairement identifier les maux qui m’assaillent. Ce n’est pas cependant suffisant pour égayer l’acte consistant à lever le coude par force pour déguster le liquide qui vous conduira à de nombreuses reprises vers les toilettes sans qu’elles soient celles d’un pince-fesse.

On appelle ces moments indispensables pour enrayer les défaillances de votre santé des préparatifs à des « examens » médicaux. Le mot est bien mal choisi car il ne s’agit vraiment pas pour moi de prétendre à une réussite quelconque me permettant d’avancer dans la vie. En l’occurrence plus le bilan sera mauvais et plus je serai satisfait. Le zéro constitue même le chiffre idéal parmi tous ceux qui figureront dans le bilan qui sera dressé demain par le jury des « examinateurs ». Mais il est à peu près certain que l’exploit des « roues à Toto » cumulées ne sortira pas de la salle où sur surveillance étroite d’un « endormeur professionnel » officiera pour que je ne sois pas conscient du travail d’exploration annoncé.

Une autre mot me déplaît, celui de « colon ». Être tracassé et même agacé depuis de longues années par « mon Colon » me rappelle que je n’ai jais eu en odeur de sainteté les titulaires de ce titre. N’empêche qu’il a autorité sur moi puisque il m’impose cette corvée de chiottes dont je me serai bien passé. Oui, je sais, c’est un mauvais moment, une séquence indispensable pour pouvoir ensuite apprécier le fait que je n’ai rien et que je pourrai reprendre le cours normal d’une vie de « civilités » agréables. Depuis plusieurs semaines je ne consomme que du « thé vert » afin de favoriser la résorption des foucades de ce « colon » dictatorial. La seule fierté c’est que grâce à lui je flambe en annonçant que je suis un adepte du mois sans alcool.

La sensation de ne plus être maître de son destin (si tenté que je le fus antérieurement) s’installe dans mon esprit dopé par le passage sur une « lunette » n’ayant rien d’astronomique. Il me faut prendre son temps pour me délester des maigres repas des dernières quarante-huit heures. On dit que c’est dans ces « séjours » que certains philosophent ou tout au moins prennent le temps d’apprécier les événements du quotidien. Le temps s’arrête. La halte vous isole de tout ce qui pourrait être considéré comme important dans le parcours individuel. Autrefois il était possible pour les fumeurs d’aller en grille une. Interdit. On y lisait le journal ou un bouquin dont on souhaitait connaître l’issue. Ce soir ma fréquentation est plus utilitaire que méditative. Je n’y prends vraiment aucun plaisir ! 

En fait c’est le début d’un incertitude qui constitue la principale préoccupation du buveur de cette décoction préalable à l’inspection du  « colon ». Je m’astreins à respecter toutes les consignes en avalant la mixture officielle. La lecture de la notice d’utilisation a constitué une opération démoralisante. La liste des effets « secondaires » n’est pas du genre à rassurer le patient qui parcourt un long texte tentant d’évoquer le pire afin de dégager la responsabilité du laboratoire. Une quart de page avec une liste impressionnante de malheurs putatifs qui brisent les dernières illusions de celui qui s’aventurerait à considérer que le médicament est un pari sans risques.

Faute de réaliser un lavage de cerveau pour chasser les idées noires  je conserve les images  de mon enfance où avec une poire en caoutchouc on m’imposait un lavement protecteur. Une pratique qui se basait sur des « purges » n’ayant rien de politiques car réputées elles, pour leurs bienfaits. Elles n’ont plus que de rares pratiquants. Ce furent pourtant avec les « saignées » des pratiques qui ont largement inspiré Molière. Ce n’est pas pour rien que « le médecin malgré lui » s’appelait…Purgon ! Les lendemains de purge sont parait-il plus légers et mettent le « colon » au pas ! 

J’ai une pensée pour Purgon ce soir avant de vous quitter car l’humour reste le meilleur des remèdes contre tout ce qui vous échappe. Dans le fond Tristan Bernard avait raison en constatant dans un moment bien plus difficile que le mien de son existence la relativité de l’instant. En le paraphrasant je penserai demain « que je vivais dans la crainte et que je peux espérer vivre en me réveillant dans l’espoir ». Allez à demain après exploration de mes catacombes intestinales. 

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Cet article a 7 commentaires

  1. Philippe Labansat

    Bref, surtout penser à la philanthropie de l’ouvrier charpentier.
    Bon courage, Jean-Marie…

  2. Gilles Jeanneau

    Oh, que c’est chiant!…
    Alors, je ne te dis pas bonne journée car le compatis.

  3. J.J.

    Bon courage Jean Marie, compagnon de misère.

  4. François

    Bonjour Jean-Marie !
    Alors toi, l’Instit, tu souhaites un O pointé dans la « matière » ? ? ? Mais c’est le monde à l’envers ! ! !!!!
    Tous les cheveux blancs … et même les autres attendent ton retour sur le pot … euh … devant l’écran! !
    Les « chapelles » créonnaises ont mis leur meilleur rosé au frais. Prévoyants, les copains ! ! ! !!!!!☺☺☺☺
    Courage, J-M !
    Amitiés

  5. Pierre Lascourrèges

    Privé de bar pendant une semaine

  6. facon jf

    Bonjour,
    si ce vent la continue de souffler ça va pas tarder à tomber de la m….
    Quand la situation est difficile il faut conserver en bon état notre humour dernier rempart de notre dignité.
    https://youtu.be/bV204jL04SQ
    Pour éviter de glisser dans la fosse d’aisance, je vais remonter le courant et m’intéresser aux causes qui fort vraisemblablement conduisent à l’industrialisation médicale des investigations des colons. Petit rappel l’objectif de cet examen est de détecter au plus vite des cancers internes. Le site Reporterre titre aujourd’hui même  » Cancer : « Dire qu’il n’y a pas de lien avec l’environnement relève de la désinformation », la lecture de l’article est alarmiste et je crois bien que c’est justifié et cela ne date pas d’hier. Le 5 février2025, le Pr Fabrice Barlesi, oncologue et directeur général de l’Institut Gustave Roussy, alertait sur l’inquiétante augmentation du nombre de cancers chez les moins de 50 ans.
    Alors que les études sur les causes de cancer se multiplient, une offensive les réduisant à des comportements individuels prend de la place dans le débat public. C’est en fait une offensive de l’industrie agroalimentaire qui se cache derrière la dénomination « cancer backlash » . Mais c’est koidon ce nouveau cancer ? Le « cancer backlash » est une offensive idéologique qui vise à réduire l’ensemble des causes du cancer aux seuls comportements individuels. Autrement dit, au tabagisme, à la consommation d’alcool ou encore à la suralimentation. L’objectif est d’invisibiliser tous les facteurs environnementaux et professionnels en les jugeant bien trop marginaux au regard des autres pour être pris en compte. C’est ce que nous dit Marc Billaud, directeur de recherche émérite au CNRS, spécialisé en oncologie fondamentale, il travaille au Centre de recherche en cancérologie de Lyon, et a créé un Département de sciences humaines et sociales au Centre Léon Bernard, établissement de traitement du cancer. et il ajoute: « Simplement, on ne peut plus se contenter d’aborder la prévention contre le cancer sous ce seul prisme. Les travaux scientifiques sont sans appel : l’incidence de cancers chez les adultes de moins de 50 ans grimpe de façon très préoccupante. Dans des proportions moindres, celle concernant les enfants augmente aussi. Or, tenter de justifier une hausse des cancers chez les plus jeunes en pointant le tabac et l’alcool ne tient pas la route. »
    Le reste de l’article illustre ce que beaucoup de non scientifiques suspectent, ce que nous ingérons ou respirons nous empoisonne. Où pour faire trivial, ce n’est pas en s’introduisant en force dans notre colon que l’on vaincra le cancer, nos chercheurs émérites de nos facultés ne prennent pas le problème par le bon bout.
    Pour les plus anciens souvenons nous du scandale de l’amiante et de la ribambelle de chercheurs subventionnés chantant les louanges de ce produit sans danger.
    L’article met en évidence la collusion du pouvoir, des merdias et des lobbys dans l’offensive du « cancer backlash ».  » Les discours réactionnaires que nous venons d’évoquer participent à légitimer la régression des politiques de santé publique. Ils structurent le discours politique : dès lors, on entend le président de la République assurer que les cancers dits « évitables » relèveraient tout d’abord de « comportements vertueux ». Et au lieu de s’emparer pleinement du problème, les mesures de prévention reposent essentiellement sur la responsabilisation des comportements individuels, voire leur moralisation.
    En parallèle, ça permet au gouvernement de mener des politiques orthogonales avec les intérêts de la santé publique. La loi Duplomb en est le parfait exemple. Certes, nous avons obtenu la censure par le Conseil constitutionnel de la réintroduction de l’acétamipride, mais les autres pans de la loi demeurent incompatibles avec ce qu’on pourrait attendre d’une agriculture respectueuse de la terre et des individus vivant dessus.
    « Les intérêts économiques prévalent toujours sur le reste »
    en conclusion l’article souligne : « Pour un même cancer, détecté à stade équivalent, les personnes issues de milieux modestes décèdent davantage et plus rapidement. Le cancer est une maladie inégalitaire et cette situation s’est aggravée au cours des dernières décennies, au niveau mondial comme en France. C’est un enjeu sanitaire majeur et il est alarmant de constater que la prévention ne joue pas le rôle qu’elle devrait. »
    Bon courage à vous et bonne journée aux lectrices et lecteurs.

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