Dans un post émanant d’une personne sympathisante du Rassemblement National j’ai trouvé des mots plus qu’étonnants mais extrêmement révélateurs de la société actuelle. Elle se réjouit du fait qu’une tête de liste aux municipales reçoive des « lettres anonymes » de dénonciation de faits ou probablement de personnes. Rien ne révolte davantage que ce genre de pratiques et plus encore qu’elle s’inscrive dans les pratiques réputés démocratiques d’une campagne électorale.
J’ai reçu au cours de mes 38 ans de mandat des dizaines de missives de ce genre. Je les ai toutes soigneusement conservées. Certaines touchaient ma famille. D’autres évoquaient des situations de voisins ou de connaissances. La majorité étaient cependant dirigées contre moi. Il y en eut de plaisantes comme une intitulée « Instit’soit-il ? » sous forme de poème et qui n’était pas mal tournée du tout. J’en conserve aussi des périodes de choix de la municipalité bien antérieure à celles auxquelles j’ai participé.
En général ces missives nuitamment déposées dans ma boite aux lettres ou dans celle de la Mairie masquaient mal leur origine. Il était assez aisé de déterminer leurs auteurs. Et en plus les langues finissent toujours par se délier et donc on apprend souvent à identifier les corbeaux. Quel que soit le nombre de réunions publiques que l’on organise, ce phénomène se poursuit car le courage consistant à venir expliciter ses positions ou signaler ses révélations n’est plus très répandu. La contradiction en face à face n’appartient plus aux habitudes des campagnes électorales. J’ai connu des moments tendus avec des explications féroces devant des publics chauffés à blanc mais c’était il y bien plus de cinquante ans en arrière.
Je ne souffre pas l’anonymat. Or le contexte à ce sujet a considérablement évolué. Les réseaux sociaux ne survivent que parce qu’ils entretiennent cette habitude consistant à aboyer, à mordre ou à dénoncer en se réfugiant derrière un pseudonyme ou un « avatar » artificiel. C’est ce qui fait d’ailleurs leur succès. Des millions de messages ou de « posts » entrent dans cette catégorie de l’anonymat institutionnalisé. Il faut des enquêtes judiciaires longues et complexes pour retrouver les auteurs de harcèlements massifs ou d’accusations complotistes ou sans fondement. J’élimine donc systématiquement les « non-identifiables » qui heurtent mes valeurs. J’en ai le droit et je l’assume.
Rappelons qu’entre 1940 et 1944, la France occupée a connu une prolifération massive de lettres anonymes adressées aux autorités françaises et allemandes. Ces courriers, souvent rédigés sur du papier ordinaire, sans signature ni date précise, devinrent l’un des instruments les plus insidieux de la répression quotidienne. Le régime de Vichy instaura un climat fondé sur la surveillance, l’obéissance et la dénonciation.
Sans toujours l’ordonner explicitement, il créa un cadre où signaler un voisin, un collègue ou un ancien ami apparaît comme un acte civique ou protecteur. Les autorités allemandes, quant à elles, exploitèrent volontiers ces informations pour maintenir l’ordre et traquer leurs ennemis. L’anonymat protégeait l’auteur et libérait la parole la plus violente. Il transforma l’écriture en arme, à la fois discrète et redoutable. Nous y revenons avec une forte dose d’approximations et de complotisme entretenu par des insinuations. Les faits cèdent le pas aux racontars vengeurs.
Essayez donc de supprimer un commentaire qui vous paraît déplacé ou non conforme à vos convictions et vous serez illico cloué au pilori par celle ou celui qui s’érige en héros de la vérité censurée. Les réactions sont toujours les mêmes mêlant des leçons de démocratie et des égos bafoués. Les « choqués » sont d’autant plus sévères qu’ils ne donnent ni leur nom, ni leurs coordonnées et qu’ils utilisent un pseudo.
Le post que j’évoque au début de cette chronique a par exemple été accompagné d’une remarque su le fait qu’ « un ex-maire » refusait les échanges et le dialogue. D’abord je ne m’exprime jamais et je n’ai jamais écrit un mot en tant « qu’ancien maire » mais en tant que simple citoyen que je suis revenu. D’ailleurs je n’ai pas sollicité un honorariat auquel j’ai droit afin justement ne pas lier mon ancienne fonction qui date maintenant de 12 ans en arrière et mes écrits. Ensuite je revendique le droit à l’oubli… et celui de me consacrer à ce qui me plaît, à dire ce que je pense et à vivre avec celles et ceux qui me respectent et que je respecte. Je signe tout ce que j’écris et on sait où me trouver. Enfin je suis allergique à toute forme de délation !
Les lettres anonymes de l’Occupation m’ont toujours rappelé que la barbarie ne repose pas seulement sur les grandes décisions politiques, mais aussi sur des gestes ordinaires, parfois accomplis dans l’ombre d’une cuisine ou d’un bureau, devant un clavier ou sur les touches d’un téléphone mobile. Elles interrogent notre rapport à la responsabilité individuelle, à la vigilance morale et au courage civil. Se souvenir, c’est refuser que la peur justifie l’anonymat facile.
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CQFD
Bonjour Jean-Marie !
L’ Anonymat ! Oui, avec une majuscule car si nous sommes Français, c’est grâce à l’aide Anonyme des Bébert, Jeannot, Charly, Paysan, Forgeron et des milliers d’autres de la Nuit de la Résistance que nous avons retrouvés nos trois couleurs flamboyantes et non à des pantouflards aux noms célèbres : donc RESPECT !
Si, sur la Toile ( … dans les boîtes aux lettres ou au travers de graffiti moins glorieux!), l’anonymat est dévoyé par rapport au précédent, c’est certes un masque . Tout est dans la capacité de « réception »et d’analyses du recevant et là, tu excelles ! !
Tu sais très bien que, malgré un prénom ou un « chaffre » (surnom en gascon!), celle ou celui qui écrit sur ce blog et que tu connais, n’a (peut être!) pas la facilité d’élocution pour s’adresser en public … à un tribun reconnu ! Il se réfugie donc dans l’écriture car la « com » et la pédagogie, ce sont des échanges, sinon c’est la dictature : donc RESPECT !
Surtout, ne croyons pas que le numérique est un gage total … d’anonymat. Les hackers et autres pickpockets modernes le savent bien ! Pour info, de source sure (ami policier), il suffit de quelques clics assidus pour découvrir la source. Dans 10 % des cas, c’est après que les difficultés arrivent : hébergement protégé, distance, lieu public, etc !
474 au jus !
Amicalement
PS: Une autre catégorie d’anonymes que je confie à ta bonne réflexion: ils s’activent dans les rassemblements en extérieur mais plus particulièrement en salles lors des exposés des tribuns. On peut les affubler de « tapisserie » tant leur présence est près des murs. Ils affolent les applaudimètres et le « toque-manettes » mais surtout testent la qualité des toasts et boissons dont les rosés (ça fait proche, J-M !). Lors des votes, on constate qu’ils ont déserté ! !
Alors, où les classes-tu ?
En tant que président d’ aucune société anonyme, je dirais que les seuls à vraiment avoir le droit de le rester sont les alcooliques.
Quant aux lettres anonymes , j’ ai toujours pas compris ou les corbeaux avaient appris à écrire si mal , voire à coller des lettres sur une feuille.
Certains abusent évidemment du » pour vivre heureux vivons cachés »
Une citation d’ un anonyme dit » le temps balaye les faux amis et confirme les vrais » , je valide .
Cordialement.