L’eau potable reste le bien le plus précieux avec un air respirable. Or tous deux deviennent un luxe dans un monde qui ne protège plus l’essentiel au nom des nécessités économiques. Il est devenu évident que toutes les normes en vigueur ne reflètent plus les dangers réels qui menacent les populations. D’abord il n’est pas inutile de rappeler qu’avant d’accéder à une eau de qualité il faut simplement se poser la question de la possibilité de trouver de l’eau dont on ignore la pureté. Cette situation est largement répartie dans ce monde des inégalités fondamentales croissantes.
700 millions d’individus, soit 9 % de la population mondiale, n’ont pas en effet tout simplement accès à l’eau potable en 2022, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Unicef. La situation s’améliore régulièrement depuis le début des années 2000. Mais plus du tiers des habitants d’Afrique subsaharienne n’a toujours pas accès à l’eau potable. Elle est pourtant, avec l’alimentation et le logement, un pilier essentiel de la qualité de vie.
Ensuite avoir accès à l’eau potable prend deux formes selon la définition de l’OMS. 5,8 milliards de personnes, soit 73 % de la population mondiale disposent de l’eau du robinet, au moins douze heures par jour, en étant assurés que cette eau n’est – en principe – pas contaminée. L’OMS y ajoute 1,5 milliard de personnes (18 % de la population mondiale), qui ont accès à un point d’eau potable situé à moins de 30 minutes aller-retour de chez elles. Elles ont bien accès à l’eau, mais de manière toute relative du point de vue des pays riches, où plus personne ne doit se déplacer une demi-heure pour avoir de l’eau. Et la qualité de l’eau, dite « potable », est souvent bien moins sûre pour la santé que dans les pays riches.
Parmi les 700 millions de personnes qui n’ont pas accès à l’eau potable, l’OMS distingue un peu moins de 300 millions de personnes (4 % de la population mondiale) qui doivent marcher plus de 30 minutes aller-retour pour accéder à un point d’eau potable. Une tâche très pénible, le plus souvent prise en charge par les femmes et les filles.
Un nombre équivalent a accès à un puits ou à une source non potable et 115 millions (1 % de la population du monde) doivent boire des eaux de surface (rivières, mares, etc.). Dans les deux derniers cas, les risques de maladie sont considérables, notamment pour les jeunes enfants. La diarrhée causée par l’eau contaminée – par des animaux ou la pollution humaine – est l’une des sources principales de mortalité des enfants dans le monde.
Sur le territoire national la situation est en train d’évoluer mais pas dans le bon sens. Le réseau de distribution est souvent de plus en plus âgé et donc fragilisé. Les fuites constituent un vrai fléau puisque les économies des ménages sont souvent annihilées par ce phénomène qui nécessiterait des investissements que les finances publiques ne permettent plus. Or le système de gestion relevant de la loi dite Sapin contraint les élus gestionnaires à l’équilibre financier sans (dans la plupart des cas) subvention des collectivités territoriales locales. Il faudrait augmenter le prix du m³ de manière exponentielle pour financer ces réparations.
L’exigence de sûreté de la potabilité ne cessent de croître. J’ai en tant que maire gestionnaire de la distribution d’eau potable était confronté aux diktat des normes en la matière. Le forage créonnais à plus de 350 mètres de profondeur se situait dans la nappe dite de l’éocène. Une ressource en cours d’épuisement : première difficulté. L’autre est venue de la présence d’un taux de fluorures. Si la teneur en fluorure de votre eau potable correspond à la concentration maximale acceptable de 1,5 mg/l ou y est inférieure, la consommation de cette eau est sans danger. Le fluorure est un élément nutritif minéral bénéfique présent naturellement dans la plupart des sources d’eau potable et si une eau en contient moins de 0,5 mg/l il faut en ajouter.
Les fluorures jouent en effet un rôle dans la protection contre les caries. Trop en absorber serait dangereux si on boit des centaines de litres et ne pas en prendre favorise les caries dentaires. Or Créon avait un taux oscillant selon les analyses entre 1,55 mg/l et 1,8 mg/l. Ce phénomène naturel était dû au «lessivage des roches entourant la nappe de l’éocène… L’eau fut donc déclarée non-potable et non-distribuable en l’état. Je passe sur les attaques au tribunal par des consommateurs zélés et la recherche de solution (mélange avec d’autres sources) très coûteuses. Aucune norme ne s’applique pourtant à l’eau minérale en bouteille… considérée comme un « médicaments ».
Or on apprend en quelques jours que des millions de bouteilles de Perrier sont bloquées car elles recèlent une bactérie extrêmement dangereuse pour la santé humaine… Une très récente étude de l’ANSES (1) précise que sur les 35 PFAS (2) recherchés, 20 ont été détectés dans des échantillons d’eau brute et 19 dans les échantillons d’eau distribuée au robinet.
Certains ne sont présents que dans un seul prélèvement, tandis que d’autres sont plus fréquemment retrouvés, notamment le TFA, détecté dans 92 % des prélèvements d’eau distribuée comme d’eau brute. Les résultats de la campagne montrent que les concentrations des substances PFAS mesurées dans la grande majorité des prélèvements analysés sont inférieures aux limites réglementaires lorsqu’elles leur sont applicables (sic).
Pire l’étude identifie, pour la première fois en France, la présence significative de TFMSA (acide trifluorométhanesulfonique), dans 13 % des échantillons, avec une concentration médiane de 28,5 ng/L dans l’eau distribuée. Un élément bien plus dangereux que le fluor sur lequel… il n’y pas de normes ! Au moins on boit tranquilles !
(1) ANSES : Agence Nationale de Sécurité Sanitaire
(2) PFAS : substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées
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Plus les connaissances augmentent, moins on se sent tranquille.
J’ai connu, enfant, l’époque où il fallait parcourir à peu près deux cent mètres aller retour avec les seaux au bout des bras pour aller chercher de l’eau à la fontaine publique, faute d’adduction d’eau dans la rue ou j’habitais. Telle Cosette, (je vais faire ma crise misérabiliste) cette tâche me revenait souvent.
Parfois, des voisins compatissants, qui eux avaient l’usage d’un puits équipé d’une pompe m’invitaient à venir puiser chez eux le précieux liquide, l’un d’eux, pas très savant sur la définition de certains mots m’assurant que son eau était parfaitement consommable.
– « On l’a faite analyser, le résultat : elle est déclarée suspecte, tu vois que l’on ne craint rien.
Malgré ce diagnostique rassurant, il y eu quand même dans le quartier deux cas de typhoïde mortels.