Mon dernier propos au conseil départemental de la Gironde pour le vote du budget 2021 :
« Au bout d’une quarantaine d’années passées dans la vie publique au service des valeurs dans lesquelles je crois plus que jamais, je suis certain qu’un budget est davantage le reflet d’un choix de stratégie de gouvernance de la collectivité que d’un acte financier analysable de lanière comptable. Ce constat s’est trouvé renforcé au fil des deux dernières décennie par la volonté changeante mais constante du pouvoir national de revenir sur la décentralisation en recentralisant les décisions financières et en multipliant des réformes destinées à mettre sous sa coupe les recettes et donc les dépenses sans attenter de manière ostentatoire à leur existence.
Tant le Président par de multiples initiatives, que votre serviteur dans les présentations budgétaires et ce quelle que soit la majorité nationale, ou bon nombre d’entre nous dans cet hémicycle à des degrés divers nous avons dénoncé cette lente strangulation de notre liberté politique de gestion.
Les départements dont l’existence est périodiquement remise en cause ont échappé aux attaques uniquement parce que l’État n’a jamais trouvé une solution pour transférer vers d’autres niveaux leurs actions concrètes de solidarité.
Ce budget 2021 marque une nouvelle étape dans la mise en place de la nasse financière dont vous ne mesurerez la solidité que dans deux ou trois ans après l’échéance présidentielle.
Il va nécessiter pour l’année qui s’ouvre un renforcement de notre aptitude à mettre en œuvre une résilience financière supérieure à celle que nous avions bâti lors des années antérieures.
Le conseil départemental de la Gironde n’aura pas d’autres choix objectifs que de tenir bon face aux contraintes qui lui sont imposées pour tenir le cap de la réponse aux enjeux de l’avenir dans le secteur de l’éducation, de l’équité d’accès aux services, de la solidarité territoriale et de la lutte durable et constructive contre la crise socio-économique qui ne cesse de se développer.
Pour atteindre ces objectifs il faut donc bâtir dès 2021 une stratégie solide et fiable donnant la priorité aux investissements de demain, à la transition sociale et écologique et à la réponse aux défaillances d’un Etat qui a perdu sa référence de providence.
Elle reposera sur 4 principes clairs de la résilience :
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L’adaptation dans la continuité en révisant les bons repères du mandat écoulé dans le fonctionnement à une nouvelle donne des recettes.
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La priorité assumée lucidement en faveur des investissements indispensables pour faire face à l’augmentation de la population et des besoins sur nos compétences.
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La préservation absolue de nos politiques de la solidarité humaine et territoriale
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Le refus d’être dans la réaction subie mais dans l’action constructive volontaire, cohérente et adaptée aux évolutions sociétales et environnementales
Le premier axe a été concrétisé par la construction du budget sur les fondations indiscutables pour leur sincérité : les estimations fiables à 90 % des résultats du compte administratif 2020.
Si dans la tourmente de la crise sanitaire nous avons trouvé les ressources pour faire face
efficacement aux défis qui ont été placés sur le chemin de notre action par la dégradation constante de la situation du pays nous pouvons espérer tenir le cap en 2021 sur les mêmes bases.
Alors soyons transparents : le budget 2021 présente donc une prévision plancher de telle manière que nous puissions faire face en cours d’année aux exigences de la situation sociale (appel de fonds pour le RSA pour janvier à 23 millions ce qui constitue un record absolu) qui se dégrade.
Les prévisions sont donc au maximum en volume d’emprunts et au minimum au niveau de la capacité d’autofinancement. Rien n’a changé dans cette stratégie que j’assume depuis une décennie.
Le second axe concerne les investissements avec deux points clés : leur volume global jamais atteint et celui du plan collège au plus haut niveau au cours de la décennie écoulée.
Le troisième est confirmé par l’adoption de tous les rapports qui vous ont été présentés : aucun d’eux n’a présenté une modification de règlement entraînant un renoncement à une politique menée. La recherche de l’efficience a été portée par chaque membre de l’exécutif à la demande expresse du Président et des ajustements ont été réalisés.
Enfin l’innovation est au cœur de ce budget avec la recherche de nouveaux processus de mise en œuvre de politiques notamment dans le secteur social.
Il m’appartient avec un minimum de repères de vous tenter de vous le démontrer sans espoir de convaincre celles et ceux parmi vous qui en demandent pas à l’être.
Je ne serai plus élu au moment du vote du compte administratif 2021. Vous constaterez que la prudence n’est pas un frein mais une vertu, que la mesure dans les prévisions n’est pas un manque de courage mais simplement une nécessité. L’horizon se bouche inexorablement…Je n’ai pas la prétention de connaître l’avenir. Et dans le fond il vaut mieux pour moi. »
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En lisant entre les lignes de ce texte, et en observant les manœuvres plus ou moins sournoises ourdies par les princes qui ont la prétention de nous gouverner, on prend conscience de ce désir de régression pour revenir au « bon vieux temps » d’avant 1945 et du CNR (l’authentique), l’on semble même deviner une volonté subversive de revenir avant 1789.
La situation actuelle y fait d’ailleurs beaucoup penser, en particulier avec les problèmes budgétaires qu’à cette époque on appelait la banqueroute(la « banca rota » : la table du changeur cassée, car en faillite), et le dédain pour les classes sociales dont les opinions et les désirs n’ont pas l’heur de plaire à ces messieurs dames hauts perchés.