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L’organisateur bénévole entre en période difficile

Il devient de plus en plus exigeant d’organiser des rendez-vous collectifs. Tous les bénévoles qui oeuvrent à cet objectif confirmeront que le contexte devient chaque jour un peu plus défavorable. Le phénomène n’est pas spécifique aux zones rurales que l’ont dit déshéritées mais il s’étend aussi dans la vie des quartiers. Le travail nécessaire pour mettre tous les atouts de son coté devient colossal. Tout se complique, tout demande de plus en plus de moyens financiers et l’incertitude sur le résultat augmente. Comme pour tous les autres secteurs de la vie sociale l’événementiel de proximité amorce une crise profonde.

La pression des grands médias et des réseaux sociaux est telle qu’il est devenu extrêmement difficile de persuader un public de l’intérêt d’une démarche locale ou de territoire. Face à la puissance des influenceurs institutionnels ou autoproclamés, les affichettes, les flyers, les invitations passent totalement inaperçues. Il y a d’ailleurs un certain fatalisme dans ce domaine. Cette communication « papier » ne fonctionne plus du tout. La seule qui accroche encore un peu c’est celle qui passe via internet : gratuite et lue dans le meilleur des cas entre 8 et 12 % des destinataires. L’afflux massif de messages détruit tous les efforts déployés à une petite échelle. Pour exister il faut matraquer sans cesse et posséder de nombreux relais d’opinion.

Lentement s’installe un repli sur toutes les variantes d’internet. Comment lutter avec ses valeurs (partage, convivialité, échanges, simplicité) quand il n’y a plus de pratiques sociales ? Commente apparaître intéressant et original quand gratuitement déferlent des milliers de propositions soigneusement préparées pour justement rendre captifs et soumis celles et ceux qui les reçoivent et les absorbent sans effort ? Actuellement les baby-boomers maintiennent l’apparence d’une vie collective attractive. Tant comme organisateurs que comme utilisateurs. Et encore le vivier s’étiole au fil des mois.

L’impact des technologies dites modernes sur les loisirs devient problématique. Dans quatre ou cinq ans la génération des moins de vingt ans actuelle aura construit de nouveaux rapports avec la fête, le spectacle ou le sport. Les réflexes sont au sensationnel, à l’impression, à l’exclusion, à l’extrémisme, à l’extraordinaire mais surtout pas à la modération, à la réflexion, au rassemblement et au dialogue. Pour eux les repas n’ont plus de sens, les concerts dans lesquels il n’y a pas de vedettes adoubés par les réseaux et le collectif s’arrête à leur intérêt personnel. Tout ce qui est modeste ou construit avec peu de moyens devient banal et inintéressant.

La peur d’aller vers les autres a progressé largement au cours des derniers mois. Elle incite à rester chez soi, à se contenter de ce qui vient à soi sans se déplacer, même dans la proximité. Alors que les « jeunes » n’hésitent pas à parcourir des dizaines de kilomètres pour se rendre sur un rendez-vous correspondant à leur choix, les plus âgées ne bougent plus. L’étalement urbain sans solution de déplacement sécurisé collectif a créé une génération « maison, gazon, télévision » qui ne sort plus ; coincé entre ses crédits, ses frais fixes et son temps de trajet domicile-travail.

Bizarrement on assiste aussi à un foisonnement des propositions associatives. Il arrive que plusieurs communes ou plusieurs quartiers proposent des activités très proches dans le temps ou le contenu. Cette théorie de l’offre qui mobiliserait davantage de monde a atteint ses limites concrètes puisque le pouvoir d’achat ne permet plus des dépenses répétées. On sent bien par exemple sur les salons du livre que l’achat d’un ouvrage n’est plus un acte ordinaire. Les badauds défilent en quantité beaucoup plus réduite sans pour autant acquérir un seul bouquin neuf. C’est une décision superflue dans une moment où il faut se concentrer sur l’essentiel. Le phénomène de non-consommation touche aussi les manifestations d’intérêt plus général.

De plus en plus d’éléments perturbent les bénévoles qui s’époumonent à générer du bien vivre ensemble. Le sport est confronté à la violence physique mais aussi à des nouvelles formes plus pernicieuses et dangereuses comme le communautarisme, les espoirs déraisonnables des familles dans la réussite de gamins trop précocement spécialisés ou le comportement de ceux que l’on appellent à tort des supporteurs. Dans le domaine de la culture il leur faut combattre l’idée fausse que tout devrait être gratuit. Cette idée de la « gratuité » de tout et tout le temps met à mal les organisations locales. C’est toujours trop cher !

Organiser quoi que ce soit relève de plus en plus du sacerdoce associatif. Ne pas se faire d’illusions sur le résultat. Ne pas attendre de reconnaissance. Se contenter de quelques satisfactions. Et ne pas surtout croire que les valeurs que l’on porte retrouveront droit de cité !

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Cet article a 5 commentaires

  1. J.J.

    L’étalement urbain sans solution…
    ou
    Létalement urbain….?

  2. faconjf

    Bonjour,
    « Le monde sans empathie, c’est celui des pervers. » – une phrase choc, mais profondément vraie de Boris Cyrulnik.
    « Un monde sans empathie est un monde froid. Là où l’autre devient un obstacle, un outil ou une simple donnée, la manipulation prend racine. La dureté remplace la douceur, et l’indifférence devient la norme.
    L’empathie est notre boussole émotionnelle. Elle nous permet de comprendre sans juger, d’aider sans dominer, d’aimer sans posséder. Elle se cultive dès l’enfance, dans le regard que l’on porte à l’autre, dans les mots que l’on choisit, dans la manière d’accueillir les émotions.
    Mais attention : sans modèles et sans éducation du cœur, on forme des adultes déconnectés de leurs ressentis, incapables de se mettre à la place de l’autre. Et c’est ainsi que se créent, sans le vouloir, des générations blessées, parfois destructrices.
    Et si nous réapprenions à ressentir avant de réagir ? À écouter avant de répondre ? À comprendre avant de condamner ? L’avenir ne se construit pas avec des machines, mais avec des cœurs. »
    L’empathie c’est le moteur invisible qui fait vivre nos assoces loi de 1901. Empathie pourtant ignorée du texte fondateur elle apparaît pourtant en filigrane dans son article 1 : Article 1er
    L’association est la convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun, d’une façon permanente, leurs connaissances ou leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices. Elle est régie, quant à sa validité, par les principes généraux du droit applicables aux contrats et obligations.
    C’est bien dans l’absence de bénéfices que les libéraux combattent ces organisations faisant tache dans le panorama des profits.
    L’empathie se cultive en donnant une pièce à votre enfant pour qu’il la remette au SDF assis sur le trottoir, car c’est dans le regard de reconnaissance du malheureux que l’enfant va trouver sa récompense.
    Et vous, que faites-vous chaque jour pour cultiver l’empathie autour de vous ? Bien sûr vos bonnes actions ne sont presque jamais reconnues, cependant ce sont ces petits gestes qui construisent la société dans laquelle nous vivons.
    Le délabrement de notre société se mesure chaque jour en apprenant que les pompiers ou les services de secours sont agressés en essayant de remplir leur mission. Où quand l’ogre Larcher défend bec et ongles les privilèges de la buvette du Sénat. Le cynisme de cet homme est inimaginable, il démontre que l’égalité et la loi s’arrêtent aux portes des assemblées où on peut conduire le char de l’État en étant alcoolisé et gavé de privilèges payés par … le peuple.
    Où est passée l’empathie et derrière elle les valeurs qui font Nation ?
    Bonne journée

  3. Philippe Labansat

    L’exemple et la doctrine viennent d’en haut : la réussite se construit – contre – les autres.
    Alors, pourquoi, comment, promouvoir la solidarité, la fraternité, envers des « assistés », des « gens qui ne sont rien », des « illettrés », des dans dents » ?…

    1. François

      Bonsoir @ Philippe Labansat !
      Mais oui, ça peut le faire: il suffit de gouverner par la peur, comme depuis quelques années ! Alors, le peuple devient troupeau de moutons dociles dans la « solidarité » et la « fraternité » ne demandant plus que le pain et les jeux selon une vieille formule.
      Attention, j’ai bien dit moutons et pas chèvres ( même si…des fois! ) plus anarchistes et désobéissantes ! ! !
      En souriant … tant que nous le pouvons ! ! !
      Cordialement

  4. Michel Caron

    Il est vrai que LE PIRE est devenu possible et que la tentation du renoncement nous guette. Le spectacle du monde est à l’heure du grand délabrement et la chronique qui s’écrit porte la marque de la plainte et de l’angoisse devant le crépuscule des idoles d’un monde finissant.
    Le temple de la démocratie est prêt de s’écrouler tandis que les colonnes qui le soutenaient sont dangereusement fissurées. Les vertueux ,les cyniques et les profiteurs périront ils ensemble sous les décombres après qu’une force aura achevé d’écarter et de briser les colonnes qui soutenaient ce temple? La vertu,le choix de la solidarité et de l’attention à l’autre ont ils un avenir?
    Car tel le personnage biblique de Samson (et du film de Cécile-B-De Mille) qui perdit toutes ses forces sous les effets de la séduction, et fut réduit à la servitude et rendu aveugle par ses adversaires,le vertueux d’aujourd’hui passe pour un grand et faible naïf tout en procurant du divertissement dans un monde livré aux profiteurs de tous poils. Le désespoir n’est pas loin.
    Mais Samson reprit des forces et emporta avec lui dans la mort ceux là même qui l’avaient enchainé en provoquant l’écroulement du temple où se divertissaient ses adversaires et l’accomplissement d’une vengeance en forme de justice divine.
    Rendant chacun à sa liberté d’interprètation de textes anciens,j’en reviens aux PILIERS de la démocratie: les partis politiques structuraient le débat démocratique et portaient des projets de société;la conviction faisait office de souverain bien et le sursaut collectif avait même produit la Protection Sociale et divers mécanisme de régulation sociale ;vivre ensemble était possible ,mais la pauvreté,les injustices et les inégalités n’ont de cesse de se développer. Et nos partis politiques ont perdu leurs forces d’expression,leurs militants et leur grand projet.
    Les syndicats constituent le second pilier de notre démocratie;mais après un temps de conquête de protections et de droits,que la solidarité a rendu possibles ,ils sont confrontés maintenant à la montée des incertitudes et à la réduction de tout ce qui protégeait le travailleur;une partie importante du monde du travail a basculé dans la précarité et la pauvreté,là où les plus fragilisés finissent par considérer le chômeur comme un profiteur,rejoignant ainsi paradoxalement le point de vue des puissants et des extrémistes de ce monde.Les syndicats manquent cruellement de militants aussi ,et leurs forces tardent à se renouveler face au danger grandissant des techno usurpateurs imaginant de créer des villes dirigées par des chefs d’entreprises.
    Dans ce temple prêt de s’écrouler sous les coups de la haine de l’autre,du profit sans scrupule,et de la défiance généralisée à l’égard des institutions,il demeure la force de l’engagement pour la défense de l’égalité en dignité et en droit de tous les êtres humains,et qui trouve sa récompense dans un peu de bonheur partagé avec l’autre. Le mouvement associatif est central dans les multiples formes d’actions solidaires qui viennent tisser ce lien social et constituer le troisième pilier de la démocratie. Gardons nous de laisser l’Etat ou diverses castes extrêmistes de venir affaiblir durablement cette force associative,à coups de subventions rabottées,versées en retard ou supprimées,à coups d’appels à projet détruisant l’esprit de coopération et conduisant à la dérive de la qualité des services rendus. ORPEA n’est qu’un symptôme .
    Pourtant,les associations portent des projets et sont fortes de leurs ambitions et de leur choix de la solidarité;elles ne sont pas aveugles mais elles sont émiéttées;c’est d’elles désormais et des multiples cercles de libre réflexion que doivent venir les projets de grandes réformes qui contribueront à reconstruire ce monde en relevant les défis de notre temps:le défi démographique en réinventant un nouveau modèle de la Protection Sociale et de fiscalité,et en investissant dans la dimension intergénérationnelle,en surmontant la grave crise de la protection de l’enfance;le défi économique ,par des investissements éclairés par le débat démocratique,la citoyenneté et la raison plutôt que par les délires de l’intelligence artificielle et ses techno usurpateurs;le défi climatique ne pourra être relevé lui aussi que par la solidarité ,à l’opposé des errements Trumpiens et des autocraties envahissantes. La capacité d’intelligence,d’initiative ,d’interpellation et de proposition demeure vivante dans notre société;chacun à sa mesure peut lui donner force et vigueur.
    Vaste programme,certes.Mais Il faut imaginer Sisyphe heureux.

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