You are currently viewing A la merci de prêteurs inconnus et méfiants

A la merci de prêteurs inconnus et méfiants

La dette a été oubliée dans le débat sur les chaînes de télé distillant la bave ultralibérale et fascisante. Il est désormais alimenté par diverses mesures ponctuelles contenue dans le projet de Loi des Finances. Le total des sommes empruntées sur les marchés financiers pour faire fonctionner l’État approche pourtant lentement mais sûrement les 3 400 milliards et les frais financiers générés par cette masse considérable risque bel et bien de devenir dans un avenir proche le premier poste des dépenses publiques. Si le volume impressionne il y aurait bien d’autres analyses qui mériteraient d’intéresser les citoyens.

Par exemple bien plus que le montant c’est la structure des emprunts et plus encore leur origine qui méritent un examen attentif. Il en va de l’indépendance réelle de la France et de sa capacité à ne pas tomber sous l’influence des acheteurs de sa dette. Or le Sénat publie une étude à ce sujet qui n’est guère rassurante puisqu’elle met en évidence l’opacité de l’origine de ces derniers. Elle est en effet majoritairement détenue par des investisseurs étrangers, mais il est impossible de savoir quels pays, et à hauteur de quels pourcentages. Cette rétention de l’information laisse planer un doute sur la provenance des milliards que nous rémunérons.

Dans leur rapport les sénateurs signalent qu’au « premier trimestre 2025, la dette publique française s’établissait à 3.345,4 milliards d’euros, soit 113,9% du produit intérieur brut (PIB). Sur ce total, la dette des administrations centrales (État et organismes divers d’administration centrale) représentait 2.793,1 milliards d’euros, soit 83,5% de l’ensemble de la dette française. Celle des administrations publiques locales (collectivités territoriales et leurs établissements publics) s’élevait à seulement 262,5 milliards d’euros, soit 7,8% de l’ensemble de la dette discréditant ainsi les affirmations entendues ci et là les affirmations sur l’importance de leur participation au désendettement.

Il n’est pas inutile de rappeler que les emprunts des communes, intercommunalités, départements, régions et autres entités publiques ne concerne que l’investissement, c’est à dire des biens concrets et surtout pas le fonctionnement. Leurs excédents de gestion sont obligatoires et couvrent au minimum le remboursement de leur dette. Ce qui depuis des décennies n’est absolument pas le cas de l’État qui les surveillent avec sévérité et une propension à se régaler des manquements. La dette des administrations de sécurité sociale atteignait 289,9 milliards d’euros, soit 8,6%…. Mais qui finance ces engagements pris sur plusieurs années.

Les structures françaises cumulées représentent à la date du rapport 35,7 % avec les assureurs (9,8%), les établissements de prêt (9,8%) , les Organismes de Valeurs immobilières (1,7%) et ce que les sénateurs appellent pudiquement les autres Français (24,4%). Pas plus de précision sur ces particuliers ou ces sociétés qui placent leurs liquidités (1 200 milliards) et se les font rémunérer par les contribuables moins fortunés. On désigne aussi pudiquement sous le vocable de « non-résidents » tous les autres.

Leur part dans l’achat de la dette atteint désormais près de 55 %. Leur liste par pays étrangers est top secrète. Environ 10 % des réservations émanent de… banques centrales ! Lesquelles ? Mystère. Que se passerait-il si parmi elles il y en avait qui un jour entraient en conflit avec notre nation ? Impossible à savoir. Les fonds souverains (avoirs des États en monnaie étrangère) sont au même niveau. Parmi eux ceux des pays du Golfe qui diversifient leurs placements. Diverses institutions financières étrangères cumulent plus de 30 % sans que l’on sache vraiment leur origine.

L’autre constat est encore plus inquiétant. En effet sous la pression de la nécessité de trouver les fonds pour fonctionner Bercy emprunte désormais à court terme puisque pas grand monde a confiance dans la fiabilité dans la durée de l’État. Ainsi Dans ce rapport, on apprend que les “non-résidents” détiennent 81,3 % de la dette à court terme portée par des titres faciles à revendre. Et c’est bien cela qui inquiète fortement les sénateurs, Bercy et le pouvoir actuel : une perte de confiance des investisseurs internationaux provoquerait une flambée immédiate des taux d’intérêt. D’autant que la charge de la dette atteindra, d’ici quelques années, les 100 milliards d’euros — de quoi nourrir bien des angoisses.

Avez6vous entendu parler de ce rapport ? « Trop technique ! » ; « trop compliqué » ; « peu intéressant ! » ; « impossible à expliquer ! » Et pourtant il est parfois de parler simplement : la dette est un boulet redoutable pour la liberté réelle de la France. Et parfois derrière des renoncements géopolitiques on trouve des histoires de gros sous !

Ce champ est nécessaire.

En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Cet article a 3 commentaires

  1. LAVIGNE Maria

    Heureusement que la France a élu un Mozart de la finance…

  2. faconjf

    Bonjour,
    alors là c’est du lourd et même du très lourd comme l’est le poids de la dette. La plus grande partie de la dette publique est supportée par l’État lui-même. Et les intérêts qu’il verse absorbent désormais une part croissante de ses ressources. Avec 55 milliards d’euros par an (hors Sécurité sociale et collectivités locales), ils constituent aujourd’hui le deuxième poste de dépenses de l’État. C’est presque autant que l’ensemble du budget de l’enseignement scolaire en France. Pour mémoire l’enseignement scolaire, hors recherche et enseignement supérieur, c’est 65 milliards en 2025 et 51 milliards pour la défense. Ce paiement massif d’intérêts par l’État a de quoi révolter. Tout cela est le résultat des choix politiques depuis plus de 50 ans . Le mécanisme de la dette publique est en effet profondément pervers : plutôt que de lever une somme d’impôts (qui aurait été payée principalement par les plus riches), l’État choisit d’emprunter cette même somme… auprès des plus riches, en leur promettant de la rembourser plus tard, tout en leur versant des intérêts chaque année. L’arnaque est évidente : au lieu de prélever des impôts, l’État « les emprunte » en payant un surcoût colossal, qui finit par coûter très cher aux contribuables. À cela s’ajoute un autre effet tout aussi problématique les obligations émises à durée fixe sont généralement remboursées non pas grâce au budget, mais en émettant de nouvelles obligations. En clair, quand une dette arrive à échéance, l’État emprunte de nouveau la somme correspondante : on dit que la dette « roule ». Le capital initial n’est donc jamais vraiment remboursé et le paiement des intérêts devient, en théorie, infini. Au total, si l’on additionne les intérêts payés (en pourcentage du PIB), on constate que depuis 1960, en partant d’une dette initialement très faible, l’État a déjà versé près de 2 800 milliards d’euros d’intérêts pour une dette qui a augmenté de 3 000 milliards. Autrement dit, l’État a déjà pratiquement remboursé en intérêts tout ce qu’il a emprunté… tout en restant tenu de rembourser l’intégralité de la dette publique, que les gouvernants successifs ont continué de « rouler ».
    Donc pour résumer notre situation illustre parfaitement le néolibéralisme qui vise à mettre l’État au service des plus riches. Ces derniers gagnent à tous les coups : d’abord, ils paient moins d’impôts, ensuite ils font rémunérer leur épargne par le contribuable ce qui est particulièrement injuste puisqu’elle elle est issue d’impôts non réclamés transformés en emprunts. Bizarrement, il y a près de deux siècles, Karl Marx avait déjà pointé du doigt ce grave problème. En fait pour résumer l’analyse Marxiste, endetter l’état est le moyen pour l’oligarchie d’économiser ses impôts et avec cette économie de prêter cet argent à l’état pour encaisser les intérets payés par les impôts des plus pauvres ( TVA, ISR et toutes les autres taxes). Quand on considère les énormes montants en jeu – près de 60 Md€ d’intérêts chaque année – on pourrait croire que l’État dispose d’une vision précise des créanciers à qui il doit ses 3 000 Md€ de dette. En réalité, il n’en est rien : les données sont lacunaires et parcellaires. Autrefois, un registre recensait chaque créancier, mais cette transparence a disparu (on se demande bien pourquoi…).
    Les obligations d’État, détenues majoritairement par les plus aisés, sont le plus souvent logées dans des contrats d’assurance-vie. Or, comme tout le patrimoine financier, cette épargne est extrêmement concentrée : les 10 % les plus riches détiennent environ 65 % de l’assurance-vie en France (nous dit le rapport Berger de 2012).
    La dette publique est donc une ressource immense pour les détenteurs des plus gros patrimoines, qui voient leur épargne croître sans risque, nourrie par les impôts des autres – une parfaite illustration du « credo du capital » que décrivait déjà Karl Marx.
    En croisant les intérêts reçus et les impôts payés, on peut mesurer les transferts nets entre groupes sociaux. Résultat : les 95 % les plus pauvres versent environ 12 Md€ chaque année aux 5 % les plus riches – dont 10 Md€ pour les seuls 1 % du sommet de la pyramide. A ceux qui font observer que la moitié des intérêts versés partent à l’étranger, l’assurance-vie française détient aussi une grande part d’obligations étrangères, récupérant ainsi une grosse partie de ces intérets.
    Le piège des taux bas se referme sur la France. Grâce au reflux de l’inflation depuis les années 1990, les taux ont chuté (jusqu’à devenir négatifs). En conséquence, alors que la dette explosait, la charge d’intérêts a été divisée de moitié, ce qui a encouragé les gouvernements à s’endetter davantage… et à émettre des obligations indexées qui ont fait flamber la facture en 2022-2023, rendant le dispositif très déficitaire.
    Mais les taux revenant vers des niveaux plus classiques, la charge d’intérêts va continuer d’augmenter, d’au moins 20 Md€ dans les prochaines années, compliquant le bouclage budgétaire et poussant à des politiques plus austéritaires.
    L’ étau de l’austérité va écraser les faibles revenus conduisant irrémédiablement à une récession générant du chômage et une baisse importante de la consommation qui réduira les recettes tout en augmentant les charges sociales de l’État.
    Voila tout ce que les merdias ne vous disent pas au sujet de la dette.
    Tout cela va mal finir.
    Bonne fin de dimanche

Laisser un commentaire