Les bookmakers britanniques regardent la France avec envie. Ils prennent des paris sur le sort d’un pays totalement à la dérive et incapable de freiner l’accélération de son voyage vers la chute dans une profonde crise sociale et financière. Le premier concerne le sort du locataire de Matignon. La cote sur son maintien dans les lieux atteint des sommets et celle sur son retour au bercail palois est dérisoire. Tout le monde politique prépare la suite et a tourné la page.
Parmi la bonne centaine de candidates et candidats à l’élection présidentielle tous se préparent à prononcer l’oraison funèbre de François Bayrou et surtout à affiner sa stratégie pour que « le malheur de l’un fasse peut-être le bonheur électoral de l’autre ». Le défilé des prétendants s »accélère ! Il en est ainsi à tous les niveaux lorsqu’un pouvoir chancelle et ce nous n’en sommes qu’au tout début.
Le sort global des Françaises et des Français importe peu. La querelle sur les milliards à prendre à droite ou à gauche selon l’inspiration du moment enfle. Des sommes peu crédibles sont annoncées par les uns et par les autres. Je prends pour ne pas redonner. Je donne avec l’espoir qu’on m’en prendra un peu moins. Je pratique le billard à trois bandes pour tenter de me sauver. Je joue au renard et aux raisins de la fable pour dédaigner un poste que toutes les manières personne ne songe à m’accorder. Je pratique l’outrance pour être entendu en sachant que je ne serai pas appelé au pouvoir. Je me planque pour éviter les effets collatéraux du crash. Je change de camp au cas où. La vie politique a atteint les sommets de la médiocrité.
En tentant d’endosser le costume de Mendès-France Bayrou recherche pour sa part l’image du martyr. Durant le prochains mois quand le navire se sera brisé sur les récifs des marchés financiers il paradera en rappelant qu’il avait eu le courage de le clamer haut et fort. Une sorte de cavalier de l’apocalypse en croisade sur le « cheval blanc de la rigueur » pourrait se retrouver sur un tableau dans le bureau rénové de la Mairie de Pau. Il a décidé de faire aussi bien que celui qui ne le voulait pas. Le Président a eu son heure de gloire avec la dissolution. Lui il aura la sienne avec le refus de la confiance de députés déjà obnubilés par leur maintien sur le fauteuil qu’ils ont parfois conquis au prix de contorsions dangereuses.
Un fin connaisseur de l’Assemblée nationale qui fut Ministre de ce que l’on appelait il y a quarante ans « l’environnement » me confiait un soir d’échanges sur le fonctionnement de la démocratie représentative que 120 à 140 députés étaient certains quoi qu’il advienne de revenir au Palis Bourbon. « leurs circonscriptions ont été taillées sociologiquement pour qu’il en soit ainsi. Seule une lutte fratricide éventuelle risque de les empêcher de rester en poste. Ce sont eux qui peuvent rester durant des décennies. Beaucoup sont à droite mais il y en a à gauche aussi. » Pour les autres rien n’est tout à fait certain et même très dangereux.
Les premiers sondages sortent. Ceux qui sont publiés ne sont pas forcément les plus fiables. Les partis en commandent souvent des « secrets » ou « privés » notamment pour connaître les sujets les plus préoccupants pour les électrices et les électeurs. Ils adapteront leur programme et leurs discours aux thèmes les plus porteurs. Plus « d’idéologie », plus de « valeurs références », plus de « perspectives philosophiques » mais des « formules », des « punchlines » comme ils disent, du « prêt-à-porter » et surtout un seul souci : parvenir à formuler ce que l’opinion dominante pense sans toujours oser le dire. Le mérite de Bayrou c’est d’avoir essayé de poser un vrai problème sans que la solution proposée convienne !
L’équilibre des forces en présence, dans la perspective des législatives, selon une enquête d’opinion récente sera ressassé afin de bien préparer le terrain : en cas de nouvelle dissolution, le RN serait largement en tête des intentions de vote (31-31,5% en léger recul). Dans l’hypothèse d’une gauche unie, l’alliance des partis de gauche obtiendrait 23,5%, en hausse, largement devant Ensemble (14%, en baisse) et LR (10,5%). En cas de gauche divisée, une alliance PS/EELV/PCF (16,5%) devancerait LFI (10%). Le découpage électoral, la cote personnelle et le contexte local ne changeront que peu de choses à ce constat.
Des femmes et des hommes en qui une grande majorité de la population n’a plus globalement confiance vont donc refuser la confiance à celui qui l’a encore moins dans l’opinion et qui la sollicite pour la perdre afin de ne pas partir viré et sous les quolibets ! Une histoire qui conduira à une abstention record et à une évaporation du fameux front républicain. 53% des Français ne souhaiteraient pas en effet que les partis et les électeurs fassent barrage au Rassemblement national pour éviter qu’ils obtiennent la majorité à l’Assemblée Nationale, s’ils arrivent en tête au soir du 1er tour. A l’inverse, 46% souhaitent qu’il y ait un « front républicain ». Il ya très peu d’écart.
La dette écologique atteint des sommets. La dette financière pulvérise les plafonds admissibles. La dette « démocratique » s’accumule. Il suffit désormais d’être hostile, agressif, sans proposition autres que celle d’être « contre tout ce qui est pour et pour tout ce qui est contre pour espérer se retrouver », ostensiblement raciste et démagogue pour être un démocrate éclairé ! Nous entrons dans le siècle de l’obscurité.
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« En tentant d’endosser le costume de Mendès-France, Bayrou recherche pour sa part l’image du martyr. »
Encore un recours à La Fontaine : « Le geai se parant des plumes du Paon ».
« Nous entrons dans le siècle de l’obscurité. »
À part quelques rares et euphoriques moments d’embellie passagère, en sommes nous vraiment jamais sorti ?
Comme la fameuse annonce du barbier (pas le journaleux à l’écharpe rouge) : « Demain on rase gratis », on attend toujours des lendemains qui chantent. Jusqu’à présent pour moi, ils ont la plupart du temps chanté faux.