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Le silence radio qui fait basculer le moral

Les périples médicaux deviennent des épreuves de plus en plus redoutables. Il faut d’abord des semaines voir des mois de patience avant d’obtenir un rendez-vous pour un examen. La plupart des praticiens confient à les plateformes spécialisées me soin de vous offrir les plages visibles et de plus en plus de personnels de santé introduisent des quotas de jours où les inscriptions sont possibles. Ils réservent des créneaux à leurs patients qui ont le courage pou le moyen de passer par un éventuel secrétariat ou qui se déplacent pour aller quérir une date plus rapprochée en direct.

Un ami me racontait après des échecs infructueux par téléphone ou par internet, il avait pris son automobile pour se rendre directement dans un cabinet dermatologie. Soixante kilomètres aller-retour pour une minute en face à face et le décrochage d’un créneau obtenu six mois avant celui qui lui avait été proposé par le processus technologique.

Les contacts humains s’estompent. L’accueil est lui aussi totalement automatisé. La carte vitale, l’ordonnance, la carte mutuelle et même maintenant la carte d’identité sont scannées et versées au dossier et enregistrées par le lieu d’accueil. Ils sont redemandés chaque fois. Plus d’inscription au secrétariat. J’ai été cet après-midi dans un cabinet de radiologie où j’ai vu des patients ramer devant cet écran anonyme dont il ne maîtrise pas forcement le fonctionnement. Un numéro et vous attendez au milieu de personnes figées par l’enjeu de l’examen qui les attend. Les examens demandés en ce qui me concerne ont durée cinq çà six minutes. Pas un mot. Un automatisme technologique silencieux et le sentiment d’un passage à la chaîne… sans aucune empathie.

Le médecin radiologue n’est pas sur place. Les clichées lui sont désormais envoyés via internet. Ils les examinent à distance et délivre son verdict via le même réseau. Je regagne la salle d’attente et je suis appelé une vingtaine de minutes plus tard pour régler le montant des examens. Même si le laps de temps d’attente est court, les supputations sur les résultats tournent dans la tête. Surtout en ectte période où les cancers fulgurants prolifèrent. Toujours pas un mot. Une feuille tendue.

La personne me rend ma carte et m’annonce : «  vous risquez d’attendre trop longtemps alors je vous donne des codes pour que dans la soirée vous accédiez par internet à votre espace personnel pour avoir le compte-rendu. Avoir Monsieur Bonne fin d‘après-midi ! » Fini la période ou le radiologue recevait et communiquait les grandes lignes de ses examens des clichés! Désormais bonne ou mauvaise la nouvelle est expédiée froidement dans des termes à décoder.

Comment les non-initiés à l’informatique font pour se procurer leur résultat ? Je me le demande encore. « Voici les codes ! » c’est la seule indication donnée avec « connectez-vous dans la soirée ». L’heure ? On ne la connaît pas ! Bref me revoici seul face à moi pour des heures. Personne à qui parler ? Personne avec qui échanger. Durant huit heures le site publie les clichés mais aucun compte-rendu ? Pourquoi ? Une piste ? Situation grave qu’il ne faut pas m’annoncer ? Le Compte-rendu a-t-il été envoyé à mon médecin traitant pour lui laisser le soin de me révéler un sombre constat ? Rien. Pas un signe. Pas un mot. Pas une explication du genre : « prendre contact avec votre généraliste »… ou « excusez-nous du retard »

Le réalisme me contraint à penser à des résultats inquiétants que personne n’ose m’annoncer. Me revient alors en mémoire une phrase de l’urologue qui m’a opéré quand je lui parlais de l’avenir : «  la seule chose que je peux vous assurer c’est que vous ne mourrez pas du cancer que j’ai enlevé ! » Rien d’autre mais certainement une vérité qu’il faut admettre. Depuis des mois je souffre. Depuis des mois j’avale des poudres, des gélules, des pastilles mais la douleur persiste. Elle a bien une cause. Il me faudra attendre la nuit pour le savoir. L’ordinateur n’a aucune empathie, aucune considération, aucune mansuétude.

Aucun contact humain. Quelques mots banals et techniques durant l’examen. C’est le lot quotidien de celles et ceux qui entrent dans cette machine à broyer le moral qu’est devenu la système de santé. Bientôt il faudra envoyer les clichés à l’intelligence artificielle pour qu’elle les examine et vous livre le verdict. La boucle sera bouclée. Il n’y aura plus d’intervention humaine. Les débats psychologiques ? Peu importe : la sécu a payé. L’acte médical est considéré comme terminé et accompli dans les règles.

Demain matin (ce matin pour vous) de prendrai mon téléphone et je tenterai de trouver une interlocutrice ou un interlocuteur qui puisse m’expliquer le silence. Mais je ne sais pas pourquoi je crains l’avenir…

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Cet article a 4 commentaires

  1. J.J.

    En grand titre ce matin sur la canard local : « Après le Covid, la crainte de la guerre : pourquoi la France muscle son dispositif hospitalier ».
    Acte manqué, j’avais d’abord lu seulement : « la France muscle son dispositif hospitalier » en zappant inconsciemment la crainte particulièrement hypothétique de la guerre. Et je pensais avoir découvert une bonne nouvelle. Bien que je ne croie plus vraiment au père Noël, je suis resté naïf malgré mon grand âge
    D’après les pouvoirs publics, la citoyenne ou le citoyen lambda qui a la mauvaise idée d’être malade fait du mauvais esprit, coûte à la société(n’auraient elles ou ils, par hasard pas cotisé de longues années pour pouvoir bénéficier de prestations sociales ? Apparemment personne ne s’en souvient, ça ne compte pas) et l’on n’a pas à s’apitoyer sur leur situation.
    Qu’ils s’estiment bien heureux que l’on n’ait pas complétement supprimé les service médicaux (à condition d’avoir les moyens de payer les scélérats dépassements d’honoraires) et faire quand même de bayroutesques économies.
    Ce qu’il nous faut c’est des services aptes à recevoir les malheureux et héroïques guerriers des « trouposol » et plaindre leur sort, fauchés dans leur chevaleresque jeunesse . « Battez tambours, sonnez trompettes ! Trompez sornettes ! »
    En attendant Jean Marie, je te souhaite bien du courage.
    Bien amicalement J.J.

  2. faconjf

    Bonjour,
    un témoignage de plus de la déshumanisation du système de santé Français. Place à la rentabilité à tous prix, l’IA infaillible se substitue à l’expertise faillible des praticiens.Les techno-solutions au service de l’intérêt privé remplacent avantageusement pour les investisseurs le facteur humain.
    Le système de santé français était caractérisé selon l’étude « Rapport sur la Santé dans le Monde 2000 – Pour un système de santé plus performant » de l’Organisation mondiale de la santé en 2000 comme le plus performant en termes de dispensation et d’organisation des soins de santé. En 2022, le système de santé fait face à une pénurie de médecins. La France est également touchée par la fermeture des lits d’hospitalisation. Depuis le début des années 2000, plus de 100 000 lits ont été supprimés sur un total de 485 000 lits en 2000. Depuis, les hôpitaux font face à une maltraitance institutionnelle fautes de moyens humains et matériels, ce qui a des conséquences sur les prises en charges des patients et impacte les soignants. Source Wikipédia. Tout est dit, cependant la destruction de l’édifice n’est pas achevée, il faut maintenant effacer toutes traces des ambitions du CNR . 25 années d’efforts de la droite extrême aux faucialistes n’auront pas suffit pour éteindre la flamme vacillante du service public
    Pour les nantis du régime et autres VIP le val de Grace est fermé depuis nombre d’années, Percy et Bégin ont pris le relais pour les soigner aux petits oignons et pour un coût modique. Ces deux établissements dépendent du ministère de la défense et la rentabilité n’est pas un sujet.
    Je laisse la parole à « l’officiellement suicidé » Olivier Marleix qui dénonçait il y a plus d’un an les causes et les mauvais remèdes infligés aux Français de base pour corriger les erreurs commises par la classe politique depuis si longtemps.
    https://x.com/LCP/status/1772631260961063256
    Bonne journée et j’ajoute prenez soin de vous, votre santé est hors de prix.

  3. Alain.e

    Il était une fois , un médecin de campagne qui était aussi maire de la commune voisine , et qui m’ a soigné dans ma prime jeunesse , il s’ appelait pas Lucien , mais André .
    Cet homme se déplaçait avec sa voiture que conduisait sa femme , jours et nuits, et sept jours sur sept pratiquement .
    il était doté des premiers gros téléphones portatifs , ancêtres du portable .
    Nous étions donc très loin des trente cinq heures , trente cinq heures soumise au vote dans mon entreprise et pour lesquels j’ avais voté contre ….
    Nous sommes passé d’ un excès à l’ autre , la valeur travail est devenue valeur loisirs , mais sans production de richesses comment se payer des loisirs ?
    je n’ ai aucune considération pour les hommes politiques qui ont mis ce pays au plus bas à bien des niveaux ….
    santé , dette , désindustrialisation , cadeaux aux grosses entreprises , journalistes et médias à la botte .
    Beaucoup de ces énergumènes auraient du passer un CAP comptabilité , l’ auraient t’ ils eut , pas sur .
    Cordialement

  4. LAVIGNE Maria

    Mais tout va bien, Bayrou a dit que le salaire moyen était de 4000 €, avec cela on peut bien vivre. Hors sol comme tous les autres qui gouvernent ou aspirent à le faire…
    Bon courage Jean Marie car nous sommes nombreux à être confrontés ou avoir été confrontés à la même situation que toi.

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