En été lorsque l’on est gamin et que les opportunités du quotidien ne vous permettent pas de briser les périodes d’ennui inévitables dans le contexte étriqué du village où vous vivait il faut décupler ses forces imaginatives pour se créer une occupation. La moindre passion constitue alors une piste utile. J’en ai eu des dizaines toutes plus ou moins durables mais toutes salvatrices. Elles allèrent de la fabrication de fusées à celles de cabanes au milieu des broussailles en passant par la confection de radeaux (1) pour de merveilleuses aventures sur le ruisseau La Pimpine ou au Monopoly entièrement imaginé grâce à des tirages au duplicateur à alcool de la Mairie. Jamais, mon frère et moi, n’avons renoncé à imaginer nos loisirs, à les bâtir de nos mains . Notre « centre » à nous se trouvait dans nos têtes.
Ainsi j’eus une période d’ »entomologiste » sans que cette profession appartienne à mon vocabulaire. La nature regorgeait dans les prés, les sous-bois, les forêts, les mares, d’insectes en tous genres. Je passais pas mal de temps d’une journée à observer les fourmis qui cheminaient avec une obstination démoralisante pour un vagabond comme moi, entre leur « siège social » et les « carrières » en tous genres qu’elles exploitaient. Un monde merveilleux que la loupe détournée d’une fonction municipale potentielle, me permettait de découvrir avec les sensations d’un explorateur de terres inconnues.
Je m’amusais à perturber avec des produits ou objets divers ces processions stakhanovistes avec une pointe de pensée sadique. J’avais acquis qu’une seule certitude de ces expérimentations : rien de détournait vraiment les « coolies » de leurs tâches imposées par je ne savais quel instinct. J’en ai nourri une forme d’admiration à l’égard de cette société petite et vaillante, apte à s’adapter aux déluges que je créais avec un arrosoir ou à l’effondrement de leurs constructions que je provoquais avec un bâton. La fourmilière surmontait tous les avatars que j’inventais. Elle y mettait parfois le temps mais rien n’entravait sa volonté de croissance.
Mes parents les combattaient farouchement avec de la fleur de soufre jaune destinée à la vigne qu’ils répandaient sur les trajets des insectes vers l’intérieur de la maison. Un répulsif dans lequel je creusais quelques passages pour jauger leur capacité à s’adapter à un nouveau contexte. Impossible de détecter ce qui n’était pas vraiment une trahison de l’autorité parentale car les ouvertures étaient refermées quelques temps plus tard générant l’incompréhension visible des découvreuses de ces « cols », contraintes d’effectuer un demi-tour n’entrant pas dans leur « culture » d’ouvrières obstinées. Elles longeaient inlassablement la « muraille » sans jamais admettre leur échec. Le message communiqué par des signes d’antennes similaires à ceux inventés par l’Abbé de l’Épée pour les sourds et muets, mettait un temps très long avant d’être assimilé par le « peuple »
Lors des journées d’été où le ciel s’obscurcissait prématurément, les « brigades » volantes remontaient des entrailles du sol pour essaimer avant que n’éclate l’orage. J’en récoltais le plus grand nombre possible que je glissais dans une boîte vide d’allumettes car elles avaient une utilité immédiate. Nous possédions en effet des pièges pour les petits oiseaux très friands de ces fourmis ailées occasionnelles.
Dès que la perturbation était passée nous partions donc les poser sur les branches des haies sur lesquelles nous faisons une entaille avec un couteau rouge frappé de la croix blanche suisse. Un trésor acheté lors du déplacement annuel à Lourdes, seule sortie estivale possible ! La partie fixe du piège était engagée dans la saignée et avec une ficelle elle était attachée. Le plus délicat était de maintenir l’appât très fragile entre les brins d’acier se dressant au milieu. Point de fourmis. Point de « culs blancs » avides de cette « friandise » différente de leur menu habituel constitué de sauterelles ou des araignées. Il faudrait ensuite revenir quelques heures après et éventuellement remplacer la fourmi qui ne donnait plus signe de vie ou récupérer une prise éventuelle.
Les fourmis n’étaient plus les seuls objets de mes investigation juvéniles. Des temps à autre je trompais la longueur du temps avec une chasse aux grillons. Rien de bien original pour un gamin en campagne puisqu’après le repérage dans une prairie fraîchement fauchée d’un trou hébergeant le fameux cricri dont les stridulations répétitives égayaient l’air chaud, il suffisait de jouer au squatteur potentiel. Agacé par une paille au fond de son tunnel le propriétaire du logis sortait de son repaire et se faisait cueillir par mes soins. Classique direz-vous. Certes mais il fallait un certain doigté dans l’attaque pour qu’elle soit crédible et donne envie au grillon d’en découdre.
Ah ! J’oubliais un détail. Nous n’avions pas la télévision et encore moins de tablettes ou de téléphones mobiles.
(1) Si vous ne l’avez pas fait lisez « La Sauterelle bleue » aux éditions Aubéron encore disponible sur les plateformes de vente en ligne.
En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
J’ai aussi passé pas mal de temps pour tromper mon ennui de « vacancier » solitaire et reclus à observer les passages de fourmis, assez clairsemés, attendu la surface étriquée d’un minuscule jardin et d’une cour étriquée, dans laquelle je me « mouvais ».
J’avais cependant trouvé sous l’escalier où j’avais établi mon repaire de curieux entonnoirs creusés dans le sable par des fourmillions. J’ai rarement vu des fourmis se faire prendre au piège et jamais réussi à observer « de visu », malgré mon obstination, ces curieuses bestioles.
Pour tromper l’ennui je me livrais parfois à des activités malfaisantes, par exemple quand la tortue des voisins passait à portée du bâton que je glissais entre les mailles du grillage, je m’amusais sadiquement à la retourner et à observer ses efforts désespérés pour retomber sur ses pattes.
J’aurai sans doute bien aimé, faute de mieux, regarder la télé.
« Les enfants s’ennuient le dimanche,
Le dimanche, les enfants s’ennuient », mais pendant les vacances aussi parfois.
Ta sauterelle bleue; mais je te l’ai peut être déjà dit, devait être une survivante des criquets qui, venant en nuages d’Afrique du Nord, avaient envahi une partie de la France en 1947(année de canicule) et qui se sont reproduits mais non acclimatés.
Il y en avait également des rouges.
Sur la corniche Basque,entre Hendaye et Haizabia le responsable du camping,où nous séjournions en colonie de vacances, nous avait appris à capture les poulpes.Il faut se rendre dans les rochers à marée basse et identifier les trous où la présence de débris de mollusques permet d’envisager la présence d’un poulpe.Comme pour les grillons,un petit bâtonnet est introduit dans le trou .Quelques mouvements rotatifs et on a la grande surprise de sentir le poule agripper le bâtonnet.Il suffit de continuer le mouvement de rotation en retirant le bâtonnet et nous étions émerveillés de voir le poule sortir du trou.