Désormais tous les étés seront ceux des flammes. Impossible de penser que les incendies ne se multiplieront pas dans les années à venir puisque l’évolution climatique favorise ces catastrophes qui n’ont pourtant la plupart du temps rien de naturelles. Il faut en effet savoir qu’il y a très peu de causes spontanées à des départs de feux. Parfois des orages, des chutes de lignes électriques ou des étincelles d’engins divers sont à l’origine de ces phénomènes dramatiques pour la nature et les habitants qui y vivent. Pour avoir vécu des événements de ce type en juillet et août je suis en mesure de comprendre le désarroi des populations et des responsables. J’ai éprouvé un sentiment d’impuissance coupable face à ce monstre impitoyable qui avale des hectares sans jamais se rassasier.
En fait en été la température n’est pas l’ennemie numéro un. Même si elle est élevée elle n’interfère pas directement sur la virulence des flammes. La sécheresse des plantes constitue un élément aggravant mais le pire de tous les adversaires des services de lutte reste le vent ! Sa violence, ses brusques changements de direction, ses sautes d’humeur accentuent la dangerosité des flammes. S’il fait parfois le bonheur des sportifs des plages il préoccupe les responsables de la défense des biens et des personnes qui composent en permanence avec son impact sur la progression du feu.
La succession des incendies dans l’Aude a de quoi interroger les observateurs. Le 30 juin ce sont 300 ha qui avaient brûlés. Fin juillet, la préfecture de l’Aude avait dressé un premier bilan avec près de 3 000 ha de forêts/végétations brûlés et 102 feux déclarés depuis le début de l’année A cause d’un barbecue mal éteint et le 8 juillet plus de 2 000 ha avaient été ravagés aux portes de Narbonne. Sans sombrer dans un complotisme mal placé ces événements situés à peu de distance des autoroutes permettant à des personnes mal intentionnées de se glisser très vite dans le flot de circulation pour disparaître, interrogent. En été les pyromanes sont encore plus insaisissables qu’à l’habitude.
L’ampleur de celui qui a éclaté hier soir dépasse les normes habituelles. Sa situation sur des crêtes escarpées couvertes d’une végétation dense et non entretenues, dans le sens du vent poussant vers les zones inhabitées (sauf à la marge) très vastes sur cette zone et une origine en milieu d’après-midi, intrigueront les enquêteurs. Il y a toujours des difficultés à connaître les causes réelles d’un incendie. Sur les plus importants que j’ai suivis il n’y a jamais eu de coupables identifiés alors que l’on avait de fortes présomptions de mises à feu volontaires. Les photos satellites permettaient de s’en assurer avec des traces indéniables accréditant cette thèse. Pas facile d’aller plus loin…
Réapparaîtra le fameux mégot qui est souvent le suspect numéro un. Selon Vinci le gestionnaires des autoroutes on retrouve environ 100 mégots par kilomètre. 10.000 mégots sur 100 kilomètres d’autoroute par jour. Des statistiques impressionnantes qui montrent l’incivisme quotidien de certains automobilistes et de la population en général. Il suffit de se pencher dans les rues pour vérifier que le réflexe de gérer les déchets d’une clope n’appartient pas aux gestes du quotidien. 12 % des automobilistes avouent se débarrasser de leurs déchets par la fenêtre de leur véhicule et ce nombre augmente considérablement pendant les vacances.
Par ailleurs les moyens de lutte actuels ne correspondent plus aux dangers potentiels que le changement climatique installe durant la période estivale. Dans l’Aude ce sont neuf des… onze Canadairs en état de voler qui sont intervenus aux cotés de cinq avions Dash larguant du retardant et d »hélicoptères porteurs d’eau. Que se passera-t-il si un autre foyer se déclarait à quelques centaines de kilomètres de l’Aude ? Plus de 1 600 hommes et femmes sont sur le terrain avec leur matériel. C’est considérable. Leur nuit dans la fumée visible à des centaines de kilomètres, à la merci des flammèches portées par le vent a dû être terrible et épuisante. Parmi eux des citoyens volontaires qui donnent tout ce qu’ils peuvent aux cotés de professionnels moins nombreux. On ne le souligne pas assez. La lutte contre les incendies repose en grande partie sur le volontariat qu’on loue dans des circonstances tragiques mais que l’on oublie au quotidien.
Le système de financement des Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) reste obsolète et sans rapport avec les enjeux actuels. Je l’ai dénoncé. J’ai tout fait pour tenter de le faire réformer avec d’autres. Impossible. Des commissions d’enquête, des études, des évaluations, des préconisations, des intentions ont défilé mais on en est au même point. Rien n’a vraiment avancé.
Encore une fois il y aura des déclarations fracassantes. Seront rappelées des promesses présidentielles sur les achats de Canadairs. On évoquera la fatalité et des circonstances exceptionnelles. Il s’agira de se pencher sur les effets mais surtout pas de revenir sur les causes. Ministres et Président viendront en tournée, lutteront contre le feu par des mots. Des milliers de curieux tenteront de saisir avec leurs mobiles des selfies ou des photos souvenirs pour envoyer aux membres de la famille ou aux amis. Et on attendra l’été prochain.
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Ce nouvel incendie par son ampleur rappelle tragiquement celui de 1949 dans les Landes. Depuis cet affreux événement qui détruisit 52 000hectares de forêts et fit 82 victimes, certes, les dégâts humains sont moindres (toutefois on déplore déjà une victime dans l’Aude et de nombreux blessés).
D’autant plus frappé par cette catastrophe( j’avais 12 ans à l’époque) que j’avais traversé, me rendant par le train dans les Pyrénées cette immense forêt verdoyante, et au retour ce paysage désolant formé de squelettes d’arbres brûlés et d’étendues couvertes de cendre.
Mais malgré les progrès techniques et de surveillance dans la lutte contre le feu (heureusement on a trouvé des procédés plus efficaces que la batte à feu) le fléau reste toujours aussi imprévisible et souvent incontrôlable.
Peut être l’impéritie de nos gouvernants y est -elle pour un peu quelque chose ?
Ce nouvel incendie par son ampleur rappelle tragiquement celui de 1949 dans les Landes. Depuis cet affreux événement qui détruisit 52 000hectares de forêts et fit 82 victimes, certes, les dégâts humains sont moindres (toutefois on déplore déjà une victime dans l’Aude et de nombreux blessés).
D’autant plus frappé par cette catastrophe( j’avais 12 ans à l’époque) que j’avais traversé, me rendant par le train dans les Pyrénées cette immense forêt verdoyante, et au retour ce paysage désolant formé de squelettes d’arbres brûlés et d’étendues couvertes de cendre.
Mais malgré les progrès techniques et de surveillance dans la lutte contre le feu (heureusement on a trouvé des procédés plus efficaces que la batte à feu) le fléau reste toujours aussi imprévisible et souvent incontrôlable.
Peut être l’impéritie de nos gouvernants y est -elle pour un peu quelque chose ?
Bonjour,
Ce que l’on sait à 5h30 ce 6 août 2025
L’évolution du feu est toujours très rapide selon la préfecture. 11100 hectares ont été parcourus répartis sur 15 communes. Des moyens considérables sont déployés. 1500 sapeurs-pompiers ont passé la nuit sur le site et 320 sapeurs-pompiers supplémentaires convergent sur place. Le feu reste très actif et les conditions météorologiques seront encore défavorables ce 6 août. A ce stade, le bilan humain provisoire fait état d’une personne décédée dans son habitation à Saint Laurent de la Cabrerisse, de deux personnes civiles blessées dont une en urgence absolue, de 7 sapeurs pompiers blessés. Par ailleurs, une personne est également portée disparue sur la commune de Saint-Laurent de la Cabrerisse. Le bilan matériel très provisoire fait état d’une trentaine de véhicules calcinés et de 25 habitations touchées par les flammes. 2500 foyers sont actuellement privés d’électricité. De nombreuses routes départementales sur l’ensemble du secteur concerné par l’incendie sont fermées à la circulation. Il est impératif de ne pas encombrer tous les axes de circulation aux alentours de l’incendie. Suivre l’évolution sur http://www.inforoute11.fr . L’autoroute A9 entre Perpignan Nord et Narbonne est fermée à la circulation. L’échangeur de Lézignan-Corbières est fermé sur l’A61.
Si on élargi le cadre on constate que les feux embrasent le monde. Plus de 3 000 feux de forêt ravagent la Turquie depuis un mois ; la Grèce, elle, a mené une « bataille titanesque » fin juillet contre de multiples incendies. En France, Marseille est encore sous le choc du violent incendie qui a atteint la ville le 8 juillet. Albanie, Portugal, Bulgarie, Syrie… Les flammes, alimentées notamment par des températures caniculaires (plus de 50 °C enregistrés en Turquie), consument de nombreux pays et régions, en Méditerranée comme au Canada et en Californie, touchés comme les années précédentes.
Le changement climatique accélère un phénomène aussi vieux que la végétation. La conscience des feux reste très cyclique : on en parle l’été, lorsque l’actualité est brûlante. Ça devient même un marronnier. Et puis on oublie le sujet lorsque les pluies arrivent à l’automne, sans se préparer aux feux qui reviendront neuf mois plus tard. C’est le fameux un clou chasse l’autre.
Et si nous étions dans l’erreur en privilégiant le technosolutionnisme et le virilisme de la lutte contre les incendies ? La solution peut-elle venir uniquement du ciel en choisissant les systèmes aériens forts coûteux qui donnent un faux sentiment de sécurité.
Pourtant l’homme sous toutes les latitudes a toujours été confronté aux risques majeurs des incendies, les techniques ancestrales fruit de l’expérience de nos anciens ont été effacées et même souvent interdites ( on a empêché de pratiquer les brûlis et feux préventifs, perçus comme une dégradation de la nature ou une destruction de la ressource en bois). L’industrie du bois est aussi un problème. En pratiquant les coupes rases, elle fragilise énormément les arbres, et les plantations monospécifiques favorisent les incendies. De même dans les Landes et en Méditerranée : les pinèdes sont des plantations très inflammables. Il y a un attachement culturel à ces forêts méditerranéennes, mais c’est un attachement construit : historiquement, la région était plutôt couverte de chêneraies. Il faudrait que soit transmise l’histoire de l’évolution de ces forêts.
Dans le cadre du changement climatique il faudrait se réapproprier l’histoire du feu. Dépasser la peur du feu, comprendre ses mécanismes, ses modes de propagation, et réapprendre la culture du risque incendie.
Le discours porté par les pouvoirs publics et les pompiers invisibilise toutes les réflexions complémentaires. On reste sur un imaginaire viriliste et militaire, qui fait du feu un ennemi à abattre via un « arsenal » de technologies à disposition des « soldats du feu ».
Remplacer la réflexion globale par des solutions uniquement à base de plus de moyens de lutte ne peut pas résoudre le problème puisque les solutions se situent beaucoup trop en aval du problème lui même.
L’agenda politique ne faisant pas vraiment de l’urgence climatique une priorité, on peut s’attendre à ce qu’une forme de technosolutionnisme et de virilisme soit toujours mise en avant pour donner aux populations un faux sentiment de sécurité.
Mais ça coco c’est en définitive ce qui compte, se faire réélire.
bonne journée