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Passé et présent de l’été (13) : le maître qui veut être grand

A presque 18 ans Ewen est déjà reconnu comme « Maître » par la fédération internationale des échecs. Un titre qui ne lui confère pas un statut privilégié au sein du monde de ce sport cérébral où la valeur n’attend pas nécessairement le nombre des années. « Je suis second de ma catégorie d’âge en France mais je suis assez loin dans le classement général explique celui qui affiche pourtant un niveau Elo de 2311. Ce n’est pas l’âge qui compte et des plus jeunes que moi sont devant moi. C’est ainsi que j’affronterai dans le tournoi fermé destiné à obtenir les points nécessaires pour devenir Maître international, des champions du monde des 8 et 10 ans. » Erwan a accepté de sortir de la salle réservée habituellement aux arbitres où il s’est réfugié avant la compétition de haut niveau qui l’attend. Il se concentre dans le silence et au frais. Ses adversaires arriveront au dernier moment.

Durant l’été Ewen parcourt la France pour assouvir sa passion pour un jeu qu’il a découvert à sept ans. » J’arrive de l’Open d’Avoine près de Chinon où j’ai terminé cinquième ce qui m’a permis de grappiller encore quelques unités Elo. Je sais qu’ici ça sera plus dur car j’affronte après tirage au sort en tournoi fermé dès la premier tour, le meilleur joueur venu à Créon Simon Lamaze que j’ai déjà trouvé sur ma route. Si j’obtiens un bon résultat je serai bien lancé. Il faut six points sur neuf possibles pour passer en catégorie supérieure ». Depuis quatre ans il participe à la compétition créonnaise mais ce sera la première fois qu’ il ne la dispute pas avec son père. Ce dernier a entamé sa première ronde pendant que son fils jouait en ligne ou entretenait ses relations avec les milliers de suiveurs sur les réseaux sociaux.  « Le truc bizarre c’est que moi je suis invité, nourri et logé et lui est ici à ses frais. »

Les dix « maîtres » présents pour décrocher l’échelon supérieur dont un Espagnol, un Indien, un Allemand et un Monégasque seront scrutés par de nombreux autres participants car ils sont considérés comme des exemples. Les parties risquent d’être spectaculaires et très serrées. Pour la première fois depuis trente ans , le club créonnais a pris le risque de proposer ce qui constitue une épreuve rassemblant des champions en devenir. Une entorse diversement appréciée au principe même de l’Open.

Certains des participants questionnent le juge arbitre pour savoir s’ils trouveront face à eux l’un de ces « bien classés ». Les affrontements disproportionnés restent très recherchés. C’est un peu comme si dans sur un terrain de tennis, un licencié lambda se retrouvait face à un adversaire du Top 100 à l’ATP. Les premières confrontations relèvent parfois du défi. Et c’est ce parfum de l’exploit qui motive bien des participants venus de toute la France. Ewen retrouve un peu cette sensation avec l’espoir d’obtenir les résultats qui le propulseront vers les sommets. Il deviendra alors comme « Grand Maître FIDE » une cible pour les ambitieux…

Comme il est sorti de sa retraite, le licencié de Poitiers-Migné Echecs effectue quelques pas dans la salle où une cinquantaine de tables accueillent 180 inscrits sur deux tournois. Samuel le plus jeune avec ses sept ans est à la peine contre un gamin un peu plus âgé que lui. Il s’accroche. Sacrifie sa reine, lutte coup après coup pour repousser une issue que Ewen juge en une fraction de seconde comme délicate. Samuel perdra. Ewen qui a commencé la compétition plus tard entrera dans son tournoi vers 18 h 30 pour au minimum trois ou quatre heures de confrontation. Ce sera son dixième jour consécutif face à un échiquier au creux de cet été. « Rien ne remplace la compétition en face à face » avoue le « Maître » qui aspire à devenir grand.

Les tables se vident peu à peu. Certains repartent la tête basse. De très légers sourires apparaissent sur le visage d’un adversaire qui leur serre généreusement la main. Aucune démonstration de joie ou de déception. Il faudra simplement pour le titulaire des blancs ou celui des noirs réviser les coups qu’il a décochés ou qu’il a encaissés et déceler les forces qu’il a déployées ou les faiblesses qui ont été les siennes. Les échecs nécessitent l’analyse que la vie sociale dédaigne dans bien d’autres secteurs. Sous les tentes extérieures les échiquiers sont prêts à cet effet.

Ewen entame un combat individuel d’une semaine, une sorte « d’esprit-à-esprit » usant car exigeant un effort considérable que seuls ceux qui ont pratiqué ce jeu en compétition mesurent l’importance. Il se prépare vraiment comme un sportif de haut niveau et referme très vite la fenêtre sur les autres qu’il a ouverte. On entre dans une partie le cœur battant et on en ressort essoré. Une double lutte s’enclenche : contre le temps et contre ses propres erreurs. Le marathon ne se gagne pas dans le premier kilomètre mais ils peut se perdre. Celui des échecs de Créon débutait cet été hier soir.

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Cet article a 3 commentaires

  1. Alain.e

    Le maitre qui veut être grand, certes , mais un mètre est et restera un mètre .
    D’ échecs en échecs , j’ avais finit par atteindre la finale du tournoi d’ échecs de mon collège et malgré une belle partie , j’ avais finalement perdu .
    Le coup du berger devint un berger menthe ou blanc , le rock remplaça le roque , le sacrifice de la dame , non , pas pour moi.
    J’ ai lâché l’ affaire depuis longtemps , mais ne dédaigne pas de regarder les autres jouer.
    Texte un peu cavalier de ma part, je le concède , mais pas si fou que ça ….
    Cordialement.

    1. J.J.

      Alain.e @ Belle réponse, même pour pour un ignare en fait d’échecs…Al cheikh mat…

  2. J.J.

    J’admire ces gens qui restent des heures à contempler et surtout faire travailler leur esprit sur des situations aux solutions apparemment infinies.
    J’ai essayé d’apprendre, un bon copain de chambrée m’ayant convaincu de l’intérêt de l’activité, que je ne nie pas.
    Ma principale difficulté c’est que lorsque je reste assis plus de dix minutes, et que je n’ai pas les mains occupées je suis saisi d’un profond ennui. Incompatible avec cette occupation, cette activité qui demande des qualités que je suis loin de posséder.
    Si j’étais chasseur, je pratiquerais la billebaude et non l’affût.

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