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Passé et présent d’été (8) : acétamipride à gogo

Au cœur de cet été destiné à remonter le moral ce celles et ceux qui ont l’impression après les déclarations du bêta qui rame pour imposer l’austérité de faire la fête pour la dernière fois avant longtemps, une pétition a réveillé les consciences. Elles étaient en vacances depuis pas mal de temps, admettant l’inadmissible et préférant l’indifférence à la contestation. Une surprise. Une sorte de cadeau démocratique. Quelle que soit la suite donnée à cette manifestation symbolique, elle aura déjà apporté la preuve que les affirmations antérieures sur la parole redonné au peuple deviennent dangereuses. Cet été sera celui de l’acétamipride. Il existait la « gay pride » qui révulsait déjà les bien-pensants ou les extrémistes de la normalité et voici qu’un pesticide de la famille des néonicotinoïdes soulève l’indignation de près de 1,7 million de personnes.

Il est question Duplomb, celui que la F NSEA a fait fondre en larmes devant le sort de quelques utilisateurs de ce produit qui, au minimum, nécessiterait la mise en œuvre du principe de précaution car il reste beaucoup d’incertitudes sur les risques induits par un saupoudrage des champs d’agriculture intensive. Les arguments d’un camp ou l’autre ne sont pas inspirés par des études solides, statistiquement suffisantes mais par des approches partielles qui peuvent néanmoins inquiéter. La pétition de l’étudiante bordelaise reflète simplement un climat général d’inquiétude autour de l’alimentation. Il faut bien avouer que depuis de longues années on n’a pas lésiné sur l’aspersion des cultures.

Une amie qui fut il y a quelques décennies vendeuse dans une coopérative d’approvisionnement agricole m’a raconté qu’un propriétaire venait acheter des bidons de défoliants pour les fraisiers. Il aspergeait les pieds pour faciliter la récolte des fruits. Le produit contenait de l’arsenic. Il ne devait pas être utilisé dans les quinze jours précédant la cueillette. 3Je m’en fous lui avait répondu le cultivateur, je n’en mange pas ! » Et il partait avec sa mixture dont on imaginait les effets sur les gourmands qui se régalait de sa production. Et bien évidemment il fallait sauver la rentabilité économique de la propriété.

Cet été la pétition a fait péter les limites habituelles de ce type d’initiative. Une surprise pour les adeptes de la stratégie voulant qu’entre le 14 juillet et le 15 août rien ne bouge. Deux explications plausibles : les vacanciers obnubilés par la piscine, la place, la randonnée ou le farniente sont moins nombreux. Ils restent de toutes manières plus en ligne avec les réseaux sociaux ou leurs centres d’intérêt. Bien des jeunes et des moins jeunes ne bronzent plus totalement idiots selon un principe ancien.

L’autre explication réside dans la multiplication des décisions de l’Assemblée nationale déconnectées des appréciations de la population. Des débats surréalistes avec des combines légales mais frustrantes (le 49-3, le rejet sans débat, la Commission mixte paritaire…) et la sensation globale que la « démocratie représentative » s’est enlisée dans les combines politiciennes conduisent une part de la population à réagir. Croire que cette tendance qui naît en ce moins de juillet alors que les députés estimaient pouvoir passer des vacances tranquilles, s’arrêtera relève de la méthode Coué.

Vous prendrez bien une dosse d’acétamipride à l’insu de votre plein gré ? L’argument essentiel de ses défenseurs consiste à en justifier l’usage par le fait qu’en Europe et dans le monde on continue à l’utiliser ce qui constituerait une preuve de son innocuité. Il serait intéressant de retrouver les déclarations des exploitants de bananeraies dans les Antilles qui ont abusé du Chlordécone ,  pesticide générant des risques pour la santé humaine.

Ils l’ont utilisé dans les jusqu’en 1993. Très persistant, il a contaminé durablement les sols et l’eau, et impacte encore aujourd’hui les cultures et les productions animales. Des incidences plus élevées que dans l’Hexagone sont retrouvées pour le cancer de la prostate, de l’estomac, du col de l’utérus et dans une moindre mesure les myélomes multiples et plasmocytomes.

Le 10 juillet date de la mise en ligne de la prise de position contre la réintroduction de certains pesticides risque bien de devenir historique puisqu’il s’agit de fait d’une prise symbolique de la « Bastille » parlementaire où est emprisonnée de fait la démocratie. L’été de l’acétamipride est au moins celui du doute. Il est donc devenu un peu citoyen !

Ce champ est nécessaire.

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Cet article a 3 commentaires

  1. François

    Bonjour Jean-Marie !
    Aaaaah, l’acétamipride ! ! ! Enfin, tu reviens sur des sujets de débats plus terre à terre … euh … n’ayons pas peur des mots: plus intelligents !
    Comme disait un vieux charentais (décédé de vieillesse ! !):  » Tout ça , c’est ben bon, mais si t’en mang’ à en crever , ça t’ fait mal ! »
    Ton exemple du fraisiculteur me remémore une conférence commerciale d’une « célébrité » du sauveterrois sur la non nocivité de ce produit (issu de la guerre du Vietnam !), produit qui, six mois plus tard, fut interdit à la vente et bien sûr à l’utilisation ! !
    De même, durant mon éducation agricole (1961), ce professeur, de la lignée Cauhapé, recommandait: « À cinq jours d’une récolte de fruits, vous avez une attaque de ravageurs (ver de la grappe, carpocapse, … ), oubliez les 15 j avant récolte: TRAITEZ ! »
    Mais revenons aux « vedettes » (la bordel-aise et le produit) de la semaine. Ne connaissant pas la personne en recherche de célébrité, je m’arrêterai sur le produit qui, comme un certain désherbant, tire bénéfice de cette pub inopinée. Bravo les lobbies !
    Nous ne pouvons point ignorer que tous ces produits issues de la chimie moderne ont tous une racine dans le pétrole reconnu cancérogène. Donc, par « cousinage » …!
    Sur une chaine TV, un médecin généraliste demandait que les débats veuillent bien s’appuyer sur des preuves scientifiques qui, dans l’instant, sont assez évasives: par exemple, on en découvre à forte dose dans les colliers anti-puces ou les aérosols contre les totos et autres parasites: où sont les noisettes et betteraves ! ! !
    Une écolo prétendait que les preuves scientifiques étaient là: malgré la pression du présentateur et une demi-heure de recherches sur son smarphone, elle n’a pas pu les fournir.
    Toutefois, j’apporte « de l’eau à ton moulin »: il y a (et il y aura toujours !) des décideurs et des applicateurs (nouveaux noms des agriculteurs modernes ) peu consciencieux qui feront n’importe quoi en emploi et application de produits nécessaires à dose raisonnable pour la rentabilité des exploitations agricoles, seules multiplicatrices de valeurs neuves ( j’en ai déjà débattu ). Ne compte surtout pas sur la profusion de Normes, registres comptables et contrôles pour les voir disparaitre. Seule, la Conscience Pointilleuse possède ce pouvoir.
    Te voilà une bonne invitation pour un débat d’avenir !
    Bonne journée !
    Amicalement

  2. faconjf

    Bonjour,
    ce matin 9h35 1 754 880 Français dénoncent la loi Duplomb, hier à 7h56 ils étaient 1 561 335 . Au premier tour de la dernière législative 2024 Les Républicains en 4éme position du scrutin ont remporté 2 106 166 suffrages. Une centaine d’agriculteurs d’Occitanie ont répandu du fumier, des déchets, de la laine et ont jeté des œufs, mardi 22 juillet au soir, sur les locaux des Écologistes à Toulouse pour soutenir la loi Duplomb, a constaté une journaliste de l’Agence France-Presse (AFP).
    La pétition remue l’ensemble de notre pays démontrant le grand écart permanent entre les différentes catégories qui le compose. Cette mobilisation citoyenne est l’accroc que l’exécutif, occupé à la préparation du prochain budget, n’avait pas vu venir. D’ailleurs que peut bien voir un exécutif claquemuré dans ses tours d’ivoire. Les reclus volontaires usent et abusent des droits que leur donne la constitution.
    Il est courant d’expliquer l’abstention par un désintéressement de la vie politique, comme si les citoyens ne se sentaient pas concernés. Cette pétition prouve le contraire : la volonté d’exprimer son opinion est présente. Peut-être le problème vient-il donc du sentiment que nos hommes politiques ne représentent pas correctement nos idées ?
    Partout sur les réseaux (as)sociaux la colère gronde aux sujets variés déclinés dans le projet du Béarniais. Ce dernier met en œuvre sa formule magique en exagérant nombre de mesures pour se garder des marges de négociations ( cf le 8 mai sur lequel il compte reculer pour mieux enfler les travailleurs d’un jour de travail gratuit…). La surenchère des sinistres se moquant des salariés en jetant de l’huile sur le feu pour attiser une colère légitime que le chevalier Bête à rames viendra éteindre en atténuant un peu les coups de bambou.
    Une stratégie minable des coups de marteau sur la tête qui fait tellement de bien lorsqu’elle ralenti.
    J’ai honte pour les politiques inféodés à l’UE (rss), corrompus par les puissants (coucou Rachida), dorlotés par l’argent des contribuables et redevables de RIEN!
    Le pompon revient à la cheffe du Rhaine qui déclare : « Même si nous déplorons les mensonges qui accompagnent la pétition en cours, nous soutenons pleinement qu’un débat parlementaire se tienne sur la loi Duplomb », a-t-elle écrit sur X. « Nous refusons que la propagande des gauches puisse laisser imaginer à nos compatriotes que cette loi menace leur santé et notre environnement. »
    Que dire de plus devant le tas de sciure déposé par cette contorsion de langue de bois. Réclamer un débat parlementaire sans vote ni conséquences, bref de la démocrature!
    « On a les hommes politiques que l’on mérite », dit le philosophe André Comte-Sponville.
    Bonne journée

  3. J.J.

    Une résurgence de l’esprit civique aux airs un peu « carmagnole » ?
    Bonne nouvelle. Maintenant qu’en sera-t-il à l’avenir ? Ou bien les vieux tapir(et les jeunes…) incrustés illégalement au pouvoir, vont s’arranger pour faire passer l’affaire aux oubliettes, et en ce cas, ce bel élan va s’effondrer, les signataires dépités, constatant que l’on est devant un mur d’autoritarisme et d’arrogance, ce qui serait regrettable, renonceront à l’action, reviendront à leurs abstentions habituelles.
    Au contraire, dans une autre occurrence, le mépris des tapirs(ou des coucous, au choix)et leur non prise en considération de cette action durcira le mouvement, musclera leur action dans l’espoir de déstabiliser l’autorité auto proclamée, ce qui est évidement souhaitable.
    Mais il y aura du chemin à faire !
    P.S. Je présente toutes mes excuses aux vrai tapirs, animaux sages, comme l’ours et le singe de Guillaume Apollinaire (Les Baladins).

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