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Le pragmatisme italien en matière d’immigration

La réalité finit toujours par rattraper les démagogues du monde politique. Et ils sont de plus en plus nombreux à aboyer avec les loups, à décliner des contre-vérités à foison, à tordre le cou à la raison pour chaque fois qu’ils le peuvent flatter l’opinion dominante dans le sens du poil. Cette attitude ne prenant en compte aucun élément d’analyse objective de la situation, conduit à la stratégie d’une gouvernance uniquement basée sur la réaction à des événements qui étaient prévisibles des années auparavant. L’immigration appartient à ce secteur dans lequel la déraison sévit chaque jour un peu plus puisque deux paramètres essentiels : la baisse voire l’effondrement de la natalité et le besoin de main d’œuvre dans des professions en état de pénurie croissante sont des faits inéluctables..

C’est assez étonnant que ce soit l’Italie, présentée comme intransigeante sur le sujet par les adeptes des politiques intransigeantes en matière d’immigration qui cède sur les conditions d’entrée dans le pays. Le constat est il est vrai implacable : l’agriculture, l’industrie et le tourisme risquent rapidement de manquer de main d’œuvre. C’est d’ailleurs déjà le cas. Le gouvernement de Melonie cherche donc désormais à multiplier les voies d’immigration légale pour les travailleurs non européens afin de remédier au manque de travailleurs et de travailleuses dans un pays vieillissant et confronté à une chute de son taux de natalité. La situation devient même préoccupante car c’est une pénalisation forte de la croissance italienne qui est en cours.

En fait la mise en œuvre d’un politique de quotas que les partis de Droite extrême et d’extrême Droite réclament en France, se traduit par un échec. En effet le nombre de demandes largement inférieur aux quotas fixés légalement rend la mesure inefficace. Ainsi en 2023 et 2024, seuls 7,5% à 7,8% des quotas ont effectivement abouti à un permis de séjour. Et donc les manques restent les mêmes. La mafia surfe sur cette pénurie pour exploiter des filières d’immigration irrégulière et contourne ainsi les lois déjà en vigueur. Le travail dissimulé a grandi et donc les ressources des systèmes de solidarité ne sont plus à la hauteur. Le boomerang des grandes déclarations anti immigrés revient dans la figure de Melonie et ses alliés.

Melonie, pourtant porteuse de promesses vigoureuses sur la lutte contre les entrées clandestines a dû se rendre à l’évidence : elle propose de distribuer un demi-million de visas à des migrants non issus de l’UE (exactement 497.550 entrées de 2026 à 2028) – dont près de 165.000 l’année prochaine – réparties entre travail non saisonnier et indépendant, et travail saisonnier dans les secteurs agricole et touristique. Sous son égide de son gouvernement se sont déjà 450.000 permis qui ont été accordés entre 2023 et 2025, ce qui porte le total à près d’un million, en très forte hausse après 70.000 en 2021 et 75.700 en 2022.

Cette décision intervient après qu’à la demande de plus de 500 000 électrices et électeurs un référendum d’initiative populaire se soit tenu les 8 et 9 juin derniers autour de plusieurs questions liées au droit du travail et sur l’obtention de la nationalité italienne. Faute de quorum atteint, cette votation a échoué et donc la coalition d’extrême-droite a vu la route se dégager. . Faire passer de dix à cinq ans le temps nécessaire de résidence légale sur le sol italien pour une demande de nationalité constituait le sujet essentiel. 

Les quatre autres questions concernant la sécurité des travailleurs, les conditions de licenciement, d’indemnisation et de réintégration des salariés dans l’entreprise ont toutes été approuvées à plus de 85% des suffrages exprimés, celle concernant la facilitation de demande de nationalité n’en a pour sa part recueilli que… 65%.   Seuls 30,5% des électeurs italiens se sont rendus aux urnes alors que le seuil des 50% était requis pour que la consultation soit validée. A méditer pour celles et ceux qui rêvent de référendums multiples sur des sujets jugés acquis d’avance.

En France nous continuons à rechercher des solutions pour équilibrer les budgets sociaux. Seule l’inévitable diminution des dépenses est envisagée. Alors que l’augmentation du nombre de cotisants et des bases lesquelles sont calculées les contributions individuelles constituent une piste non négligeable. Le travail « au black » progresse dans le pays et le nombre d’immigrés non déclarés et exploités représente un manque à gagner conséquent. Des filières ont été démantelés dans le milieu de la viticulture mais elles existent encore de manière plus discrètes. Dans le secteur du tourisme il ne faut pas se voiler la face… les déclarations ne sont pas toutes remplies. Et dans le BTP il y encore bien des failles.

Le manque d’anticipation et l’inertie totale du gouvernement en dehors des rodomontades du Chouan sur le sujet fragilise l’édifice républicain. Toutes les formes de racisme progressent et si en Italie on l’évalue à 8 % du corps électoral ce qui est considérable, nous en sommes rendus à des niveaux supérieurs. On en reparle dans quelques mois…

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Cet article a 5 commentaires

  1. J.J.

    Refuser l’évidence de l’immigration, phénomène naturel et remontant probablement à l’apparition des hominidés est aussi déplorable que la pérennisation et l’exploitation de croyances irrationnelles.
    Les humains sont des animaux (vertébrés) et comme beaucoup d’animaux les migrations, épisodes habituels de leur mode de vie, facilement observables dans notre environnement, se manifestent de manière parfois spectaculaire (comme le papillon monarque dans les Amériques, et bien d’autres éléments de la faune. Ces migrations peuvent aussi être provoquées par une évolution du milieu, tant pour les animaux que les humains.
    Pourquoi échapperions nous à la règle ?

  2. Pc

    Bardella (aucun grand parent français) et Diaz d’origine espagnole, ont oublié d’où ils viennent…..

    1. J.J.

      Il n’est pas pire que certains descendants d’immigrés amnésiques (heureusement rares) pour faire la chasse …aux nouveaux immigrés.

  3. faconjf

    bonjour,
    avant de tresser des couronnes à dame Meloni ( les melons en Français) je constate deux choses. La première c’est la constante de l’extrême droite qui se réclame de la justice sociale pour drainer l’électorat populaire et qui en fait fait la politique du patronat qui est son principal financier. Comme l’écrivait le journal de la droite nantaise, « La Solidarité », dans son édition du 15 septembre 1936 : « Si c’est Franco qui a le dessus, nous voilà débarrassés du communisme à l’Ouest […] Nous le répétons, nous préférons vivre avec Hitler que mourir pour Staline ». Slogan qui préfigure celui des plus fervents partisans de la politique collaborationniste du Maréchal Pétain et de Pierre Laval : « Plutôt Hitler que le Front populaire. » »
    Les derniers évènements sur notre territoire confirment cette marque historique, ainsi les électeurs du R Haine qui espéraient la remise en cause de la réforme des retraites en ressortent déçus car les députés de la Marine ont sauvé le Béarniais malgré toutes leurs promesses.
    Le deuxième point concerne la réussite économique magistrale de l’Italie. Il faut savoir que: « Depuis dix ans, remarque Marco Fortis, directeur de la Fondation Edison, l’Italie est le seul pays européen à avoir maintenu sa part de marché dans le commerce mondial face à la montée en puissance de la Chine ». Avec 5 % des exportations mondiales, elle est passée de la 7e place il y a dix ans à la 4e place, derrière la Chine, les États-Unis et l’Allemagne. En dix ans, elle est donc passée devant la France, la Corée du Sud et même depuis quelques mois devant le Japon. Pendant ce temps, la France passait de la 5e à la 7e place. Même l’Allemagne, qui générait 14 % des exportations mondiales il y a dix ans, a vu sa part de marché reculer à 12,6 %. »
    Voilà. L’Italie de Meloni est numéro 4 mondial des exportations. La France de Mac-Ronds est rétrogradée au 7ème rang.
    « Selon les agrégations réalisées par la Fondation Edison à partir des données de l’International Trade Center (ITC), une agence des Nations unies sur le commerce mondial, en Italie sept gros secteurs génèrent aujourd’hui 408 milliards de dollars d’exports, et 206 milliards d’excédents.
    À savoir, la mode (85 milliards à l’export, dont 32 d’excédent), les meubles et matériaux de construction (25 milliards, dont 17), les produits alimentaires et le vin (51 milliards). L’Italie devrait d’ailleurs repasser cette année devant la France sur la première marche du podium mondial des producteurs de vin avec plus de 40 millions d’hectolitres. Suivent les métaux transformés (29 milliards dont 17 d’excédent), les machines (117 milliards, dont 58 milliards), les bateaux de plaisance de luxe (42 milliards, dont 25 milliards), les médicaments et composants de produits cosmétiques (59 milliards). »
    « L’Italie réalise plus d’excédents sur ces sept secteurs que l’Allemagne dans l’automobile et la machine-outil réunies », remarque Marco Fortis.
    D’où proviennent les succès de l’Italie? « Les entreprises, aidées par le « plan industriel 4.0 » lancé en 2016 par le gouvernement de Matteo Renzi, qui comprenait un hyper-amortisseur des investissements dans le numérique, des aides sur la propriété intellectuelle et des crédits d’impôt accrus pour la recherche, ont beaucoup investi dans leur automatisation. « Cette politique industrielle, la plus importante que l’Italie ait connue depuis 40 ans, a été déterminante dans le boom des investissements en machine et la croissance de la productivité de notre industrie », estime Marco Fortis. De fait, les investissements en machines en Italie ont bondi de 59 % depuis la réforme Industrie 4.0, passant de 5,7 % du PIB à 7,3 % en 2023, contre 6,6 % en Allemagne, et 5,2 % en France. Et selon la base de données de World Robotics, en 2022, l’Italie comptait 23.000 robots, contre 16.000 aux États-Unis et seulement 8000 en France. »
    On voit que tout cela remonte à bientôt 10 ans en arrière, bien avant l’arrivée de dame Meloni (en fonction depuis le 22 octobre 2022) l’embellie industrielle de l’Italie c’est à Matéo Renzi qu’elle revient.
    Renzi surnommé Il Rottamatore (« Le démolisseur »), en référence à sa volonté d’envoyer la vieille classe dirigeante italienne à la casse. Renzy doit à cette vieille classe dirigeante son éviction du pouvoir en décembre 2016, à la suite de la large victoire du « non » (59,1 %) lors d’un référendum constitutionnel portant sur la réforme du sénat. Dans son projet le nombre de Sénateurs était ramené à 100 membres (74 conseillers régionaux, 21 maires et 5 personnalités désignées pour 7 ans par le président de la République) contre 315 aujourd’hui ; ils ne seront plus rémunérés, ce qui représentera une économie de 500 millions d’euros pour l’État.
    En outre, chose impardonnable en juin 2014, Renzi s’attaque aux affaires de la classe politique, impliquant plusieurs hauts responsables. Le Conseil des ministres accorde notamment des pouvoirs étendus à des magistrats anticorruption pour enquêter sur les financements occultes de l’Exposition universelle de 2015 à Milan.
    Depuis sa prise de fonctions Meloni avale chaque jour des plats entiers de couleuvres face à ses électeurs, que ce soit sur l’U€ ou sur l’immigration, le but étant de bien servir ses maîtres du patronat Italien et tant pis pour les gueux qui l’ont porté au pouvoir. Il faut de la « viande » pour faire tourner l’Italie, qu’importe sa nationalité, sa religion ou sa couleur de peau, il faut surtout que la main d’œuvre soit bien servile et accepte les bas salaires pour concurrencer les salariés autochtones.
    On peut se douter que le R haine va suivre le même chemin « exemplaire », tournant ainsi le dos à ses engagements  » sociaux » qui ne sont que des promesses pour ses gogos d’électeurs.
    Bonne journée

  4. Alain

    il me semble injuste de critiquer cette dame au vu des résultats de l italie
    puisse la France en faire autant

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