Aller de commune en commune pour des cérémonies plus ou moins figées destinées à la présentation des vœux permet de prendre conscience de la fragilité des politiques municipales. En effet, chaque fois qu’un Maire ou un Président effectue le bilan de son action, il se doit de mentionner dans ses propos des actions concrètes révélatrices de la vision qu’à son équipe de la gestion de proximité… En écoutant attentivement, il est possible de dégager des mots clés qui reviennent sans arrêt dans tous les discours : « routes » et « trottoirs » ! Il semble que notre société considère que tout le reste n’a que peu d’importance et ne conforte pas la qualité de la vie dans un village. Et c’est vrai, quand on veut égratigner la gestion municipale, on se penche immédiatement, sans aucune connaissance réelle des besoins, sur la qualité des espaces publics de circulation. Il arrive parfois que, traversant des lieux absolument sans vie collective, déserts, on trouve de splendides aménagements n’accueillant aucun piéton ou aucun passant ! Mais l’essentiel demeure le trottoir… que l’on contemple en passant au volant de sa voiture, reine de la société.
Le monde économique des travaux publics lorgne de plus en plus sur ces chantiers utilisant le maximum de produits pétroliers via le bitume. Récemment, j’ai pu en discuter avec le Président régional des entreprises spécialisées qui s’inquiétait justement de la baisse des investissements dans ce secteur d’activité rentable. Il espérait que les collectivités territoriales allaient se lancer dans des aménagements similaires à ceux réalisés les années antérieures, en période d’opulence budgétaire. Les giratoires, les chaussées élargies, les trottoirs en béton désactivés… constituent pour l’électeur mobile un gage de qualité de gestion. Le sport, le social, la culture, l’économie, la jeunesse, l’éducation, l’environnement : des secteurs dans lesquels les efforts n’apparaissent plus comme essentiels. Il arrive même qu’en creusant dans les réflexions de comptoir de bistrots, on arrive à la conclusion désolante que ce sont des dépenses inutiles ou superfétatoires. Le peuple voudrait du trottoir permettant de cheminer en toute sécurité (croit-on) dans des espaces séparés entre les modes de circulation… Toutes les « zones de rencontre » ou les « zones 30 » rendant la chaussée accessible prioritairement à tous les autres modes de déplacement qu’à l’automobile laissent indifférente la majorité des utilisateurs potentiels. Et pourtant, on ne peut plus désormais « faire uniquement pour faire » ou pour justement remplacer la réflexion de fond par les « apparences » et « l’image ». Vouloir des trottoirs « nickel bitume » sans un poil d’herbe, c’est admettre l’usage de désherbants chimiques, de techniques onéreuses d’entretien, alors que la priorité absolue devrait être la protection de la biodiversité !
Tous les élus dotés d’un brin d’expérience vous le confirmeront : il vaut mieux inaugurer une route neuve qu’un centre culturel ou une école ! Et en matière économique, tous rêvent d’accueillir une usine de 45 emplois plutôt que de mettre en place une filière dans l’itinérance ou l’oenotourisme. Tout ce qui se voit, se mesure, se montre prend une importance sociale supérieure à ce qui repose sur des valeurs capitales pour l’épanouissement de l’individu. D’ailleurs, dès qu’il y a des coupes budgétaires à effectuer, on les effectue dans les secteurs immatériels, pour éviter des reproches de « la rue ».
La société dans son ensemble est menacée par cet horizon très rétréci de la politique communale, départementale, régionale ou nationale, car pour demeurer en place il faut avoir le soin de répondre à ces attentes éphémères. Plus aucune analyse des conséquences à long terme des choix effectués… plus d’incitation à modifier les approches globales, décalées par rapport aux nécessités du moment… plus aucune vraie priorité, puisque tout devient important selon les catégories sociales, les milieux économiques, les générations, les goûts personnels. Il est devenu quasiment impossible d’ouvrir un dialogue constructif autour de ce qui devient pourtant inexorable : faute de moyens financiers, il faudra revoir la formule selon laquelle « gouverner c’est prévoir ! » et la remplacer par « gouverner c’est prioriser », et surtout la ressasser dans toutes les instances.
Certes les « routes », les « trottoirs » sont capitaux pour l’avenir de l’humanité, mais il faudrait peut-être relativiser leur impact et leur donner la place qu’ils méritent dans un monde ravagé par l’acculturation, l’ignorance, la famine, la maladie, la pénurie d’eau potable, la crise énergétique qui menace, les déchets qui augmentent ou le réchauffement climatique installé. Mais peut-on considérer que ce sont des priorités politiques de gouvernance locale, quand on constate l’efficacité des politiques globales ?
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D’accord avec tes propos Jean-Marie. Ah, le pouvoir ! Il parait qu’il rend fou. Je ne sais pas si c’est vrai, mais trop d’élus font le trottoir …. pour prendre ou garder le pouvoir. Et à la période des voeux, comme tu le dis, est propice à l’énoncé à la Prévert de la liste exhaustive de tous les travaux réalisés l’année passée par » l’équipe municipale « . Mais bon sang, c’est « normal » de réaliser tous ces travaux ! Pas besoin de s’en vanter. Mais pourquoi ne pas parler des foyers dont on coupe l’électricité; des coupures d’eau, de la solidarité (elle est évoquée quelquefois, mais très peu pratiquée), de ceux – de plus en plus nombreux – qui subissent la « crise », qui n’ont pas de quoi se loger etc…. ah oui, c’est vrai, ce n’est pas politiquement correct. Et il faut penser à sa réélection. 2014, c’est demain. Quelle claque pourla démocratie, qui se trouve de plus en plus galvaudée. Et surtout il n’est pas demandé l’avis des citoyens. On ne sait jamais. Il pourrait le donner. Et faire le trottoir à leur place …….. Allez, du balai !
Bravo pour ce post. Je suis tout à fait d’accord. On fait de magnifiques « cheminements doux » (expression à la mode me semble-t-il), on décore, on plante, on illumine, on crée des zones « 30 » ou « 50 » alors que parallèlement, la commune d’Audenge où je vis viens de voir fermer son petit commerce Shopi et ouvrir un Carrefour Market déshumanisé, sans âme, en périphérie de la ville.
Et oui, l’ancien commerce, adorablement désuet était dans le centre, et permettait à tous les habitants de pouvoir, à pieds, naviguer entre la pharmacie, l’église, la mairie, la poste, la boulangerie…. C’est comme ça que le lien social se crée, que les gens se retrouvent, que les générations se croisent bref qu’une Commune prend tout son sens social et premier.
Aujourd’hui Audenge a perdu son charme et le bâtiment vide en plein centre en est le terrible symbole.
Cette commune qui avait pourtant évité la caricature de l’hypermarché en périphérie fait à son tour cette terrible erreur d’aménagement du territoire qui n’est pas sans rappeler les aberrations architecturales de banlieue des années 50 60.
Le Maire voulait son hyper comme ses voisins, elle l’a eue ! L’avis des citoyens, des commerçants … tout le monde regrette que cet Hyper bétonné ait vidé le centre de ces habitants, de ses discussions et rencontres impromptues.
De même, les lieux dits Lubec et Hougueyra bénéficients désormais de beaux trottoirs mais éternellement vides. Le nouveau PLU en effet privilégie les contructions le long de ce long axe qui ressemble à une autoroute au lieu de favoriser les intersections, les contructions de petites routes qui viendraient desservir des petits quartiers. Résultat : Aucune vie sociale et aucun lieu d’échange sur ces hameaux mais de beaux trottoirs et même bientôt un rond point à une intersection ne menant à qq maisons vouées à rester isolées !