2013 débute en fanfare boursière !

Nous voici en 2013 et on ne pouvait rêver plus belle entrée dans une nouvelle année ! Les informations se succèdent depuis quelques heures et elles sont toutes plus réjouissantes les unes que les autres ! Dans une période de crise sociale profonde, qu’y-a-t-il de plus réconfortant que d’apprendre que la « falaise budgétaire » des États-Unis a été escaladée, la main dans la main, par les Démocrates libéraux et les Républicains ultra-libéraux ? Le monde est sauvé. Les USA vont pouvoir continuer à gonfler une dette obèse et ainsi inonder le monde d’un dollar totalement factice comme monnaie de référence. Le scénario a été parfaitement monté, avec le maximum de dramatisation, comme on sait encore le faire dans les séries télévisées qui envahissent les écrans de télé de la planète. Une fois le texte promulgué par M. Obama, le taux d’imposition passera de 35% à… 39,6% pour les foyers aux revenus supérieurs à 450 000$ par an (rappelons qu’en France la mesure confiscatoire se situait à 740 000$). Mais de nombreuses questions restent en suspens, avec le report de deux mois de l’échéance de coupes dans les dépenses publiques, et augure donc d’une nouvelle bataille à court terme entre la Maison-Blanche et les conservateurs. En fait, les USA se foutent pas mal de ce que le FMI impose aux autres, et continuent sans vergogne à vivre à crédit sur le dos des autres économies libérales.
Dans l’immédiat, Obama, deux mois après sa nette réélection pour quatre nouvelles années à la tête de la première puissance mondiale, a enfin obtenu ce qu’il recherchait: l’expiration, pour les plus riches, des cadeaux fiscaux hérités de l’ère de son prédécesseur républicain George W. Bush… Quel veinard ! Quand ce sont les socialistes français qui proposent la même direction, prise en France sous l’ère du pote de pique-nique de Bush, Nicolas Sarkozy, ils ruinent totalement « la compétitivité » d’un pays soumis au diktat de la rigueur européenne et de la puissance médiatique du Medef. Les Grecs doivent apprécier à sa juste valeur ce comportement simple : « faites sous la contrainte ce que je ne fais pas moi-même, afin que je puisse continuer à faire librement ce que je vous interdis de faire ! ». D’autant que cette mesurette « obamesque », ressemblant à un tour de passe-passe, a ravi le monde de la finance, celui dont François Hollande parlait avant de découvrir la réalité de son poids « politique ». En définitive, rien n’est réglé et la « falaise » n’est escaladée que sur quelques mètres, mais une bonne communication va tout régler !
Selon l’organisme parlementaire US équivalent à la Cour des Comptes, cet accord, comparé aux mesures prévues par le mur budgétaire, va… accroître le déficit budgétaire des États-Unis de près de 4.000 milliards de dollars (3.000 milliards d’euros) sur dix ans. Il permettra toutefois de réaliser une économie de 650 milliards sur la même période, d’après le Comité pour un budget fédéral responsable, organisme indépendant qui prônait une approche plus agressive du déficit. Encore une fois pas de barrière des 3 % imposée, pas de planche à billets bloquée, pas de critiques sur le fait que le trou creusé s’élèvera à 2 350 milliards de dollars supplémentaires, portant la dette américaine à… son niveau légal du plafond légal de la dette américaine, fixé à 16. 394 milliards ! Une paille…
Deux questions essentielles sont laissées sans réponse: la nature des coupes budgétaires automatiques prévues dans l’accord (1.200 milliards de dollars sur dix ans, dont 110 milliards de dollars sur les seuls neuf premiers mois de 2013), et le relèvement du plafond de la dette qui doit permettre à l’administration fédérale d’éviter la cessation de paiement. On va vivre à crédit aux USA durant deux mois, histoire d’éviter la récession qui va faire des ravages en Europe.
Cet accord arrive seulement à point pour éviter un éventuel décrochage des places financières et ruiner l’économie virtuelle qui fait la fortune théorique de tellement d’organismes américains, en particulier à Wall Street. Enfin c’est rassurant : les avoirs en dollars vont demeurer compétitif surtout quand ils se trouvent dans des paradis fiscaux où le billet vert se cache derrière des sociétés écrans ! À Hong Kong, l’indice Hang Seng qui avait ouvert en hausse d’un peu plus de 1% s’appréciait à 2,89% à la clôture, Séoul à 1,71% et Sydney à 1,23%. Les Bourses de Tokyo et Shanghai sont fermées depuis le Nouvel An mais elles ne vont pas tarder à se réveiller ! A Paris, l’indice CAC 40 a clôturé en hausse de 2,55% à 3.733,93 points, son plus haut du jour, qui le ramène vers ses sommets de juillet 2011. Londres a gagné 2,2%, Francfort 2,19%, Milan 3,81% et Madrid 3,43%. L’indice EuroStoxx, 50 des grandes valeurs de la zone euro, a progressé de 2,86%. Quel superbe début d’année, qui va permettre aux actionnaires de payer leurs cadeaux de fin d’année et plus encore de régler leurs frais de réveillon ! Champagne pour quelques-uns au Conseil constitutionnel !

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Cet article a 4 commentaires

  1. Bonjour,
    un mot me vient impayable, impayable l’optimisme béats des marchés boursiers qui s’extasient devant un accord bidon qui ne correspond à rien en résumé un sursis de deux mois dans le réglement de la crise américaine de la « falaise fiscale », un accord permettant de collecter 20% de la somme qu’il faudrait en réalité réunir, un vote qui ne permet ni de protéger le système de protection sociale – pourtant minimaliste – américain, ni de réduire la dette publique au montant faramineux de 17 mille milliards de dollars. Toujours impayable si l’on considère que la dette publique + la dette privée Étasunienne s’élève, à dire d’experts, à 60 000 milliards de dollars. Si mes calculs sont justes, en reprenant l’étalon-or avant l’abrogation des accords de Bretton Woods, en 1971, la dette globale correspond à 1 111kt d’or ( 1.111 millions de tonnes d’or au cours d’hier). Les extractions mondiales d’or depuis l’origine sont estimées à 166 kt d’or et les réserves restantes estimées à 51kt d’or…
    Impayable la dette des états-Unis, impayable les dettes de l’Europe, impayable la dette de la France, impayables les financiers, impayables les banksters. Et pendant ce temps la file d’attente s’allonge aux restos du cœur et à la porte des associations caritatives, et à la porte des services sociaux et …
    Des peuples endettés pour des générations que rêver de mieux pour mettre à genoux les gouvernements et asservir par la main invisible du marché l’humanité entière.
    Nous vivons une époque moderne, le progrès fait rage ( Ph. Meyer ).
    Bonne année de luttes contre les injustices.

  2. facon gerard

    Chaque année les ricains nous servent la même soupe que les médias ne manquent pas de nous distribuer avec zèle. Qui pouvait imaginer une autre issue autre que cette fuite en avant que les socialistes français espéraient à la recherche de tout message en faveur d’une mythique croissance ? La folie continue, en 2013 c’est sûr, les arbres vont pousser jusqu’au ciel !
    Les accords de Bretton Woods sont déjà bien loin, ils ont permis une formidable croissance des échanges, l’imagination de nos banksters étant, contrairement à l’or, inépuisable. Les riches sont devenus toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres le jour où, dans un passé, récent, il a fallu payer les intérêts de dettes colossales, le jour où les grands de la finance mondiale ont décidé d’accélérer le rythme, le jour où ils ont décidé d’envoyer dans les cabinets ministériels leurs émissaires et s’offrir en prime le concours d’hommes comme Mittal.
    Que peut faire L’Europe qui n’a pas de politique définie, seul Hollande fait de l’emploi sa priorité, les autres pays n’ont qu’un mot à la bouche : austérité, réduction des déficits. Coincés entre les chinois à la monnaie dévaluée, des américains suicidaires elle attend la grande crise qui viendra nécessairement.
    Nos amis du CAC qui s’enrichissent dans leurs fauteuils sont dans leur logique, les patrons dégraissent, licencient ? Tant mieux, c’est bon pour les profits à venir.
    Impayable ? Non, les pauvres vont continuer à payer la facture. Incalculables les effets de cette fuite en avant ? Certainement.

  3. FOURNY Bruno

    assisterons nous encore au phénomène que lorsque le Parti socialiste est aux affaires sa bonne gestion est saluée par la Bourse pour preuve le CAC 40 a progressé de 16,52% sur an (on aurait aimé que cela fusse les salaires).
    par contre le taux à 75% ne s’appliquait que pour les sommes perçues au delà de 1.000.000 € soit 1.305.000 $ donc de quoi voir venir!!! et de mettre un bémol sur le coté ultra confiscatoire des impositions dans notre pays par rapport aux autres. Evidemment si l’on compare à la Russie qui montre que dans ce domaine elle est vraiment une oligarchie!!

  4. Alain BONNEAU

    Merci de cette analyse très lucide que complètent d’autres articles commentant les positions de l’agence « Chine Nouvelle » tels celui-ci:
    « Pékin considère également que les dirigeants US ne montrent que peu d’entrain à réduire la dette globale américaine, laquelle s’élève tout de même à 16  000 milliards de dollars. « À un moment ou à un autre, le problème va resurgir et provoquer une lourde chute, qui, dans le cas des États-Unis, pourrait se terminer au fond d’un gouffre dont il sera impossible de sortir », conclut ainsi Chine nouvelle.
    Des propos lourds de sens … alors que l’Empire du Milieu détient selon les estimations non officielles, un peu plus de 15 % de la dette américaine .(…) La Chine « a désormais tous les droits d’exiger des États-Unis qu’ils s’attaquent à leur problème structurel de dette » , a par ailleurs souligné l’agence, suggérant à Washington de réduire ses dépenses militaires et sociales.
    Sources : AFP, Reuters, Chine Nouvelle 02/01/2013 »
    ou celui-ci, plus ancien mais toujours d’actualité :
    « la Fed est venue prêter au Trésor américain… Mais la Fed et le Trésor, c’est pareil ! par l’ex-trader Marc Fiorentino pour La Tribune 09/02/2011″
    Le système de cascade de dominos est à nouveau en place, avec en pâture les services publics et les économies locales saines qui, au final, seront bien entendu à rogner pour éponger les poches percées de toute part, systémiquement et sans responsabilité individuelle ni collective, sous les exigences des bâilleurs et des stratèges internationaux ou transnationaux.
    Mais le désastre risque d’être encore plus grave comme l’évoquait déjà en août dernier Klaus Regling, le chef du FESF, le Fonds de secours mis en place par la zone euro pour ses membres en difficulté: «Personne ne sait ce qui se passera si la première économie du monde cesse du jour au lendemain de payer les intérêts de sa dette. Cela n’est jamais arrivé. Cela mettrait sens dessus-dessous l’économie mondiale», a-t-il prévenu .  »
    Bonne année 2013 quand même faute de pouvoir changer la conjoncture.

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