L’escargot serait-il devenu un animal préhistorique, oublié et même méprisé ? Dans un monde réputé moderne, il cumule tous les défauts : lenteur, inutilité et même si l’on va au bout de certains raisonnements, nuisibilité ! Comment, dans ces conditions, survivre à la pression économique et environnementale. Le sort des « cagouilles » ne préoccupe pas grand monde car elles apparaissent beaucoup moins dans les documentaires sur la préservation des espèces animales en danger. Elle est devancée dans les préoccupations des jeunes générations par bien d’autres, ayant trait à des animaux du bout du monde. Le quotidien en danger n’a plus aucune importance car il est réputé sans intérêt et sans valeur. En fait, s’il y a de moins en moins de gastéropodes de toutes sortes dans la nature, le quotidien ne sera pas, en apparence, altéré. Ils ont disparu sous l’influence de la nécessaire perfection des jardins d’agrément. Ils ont été chassés par la rentabilité des plantations dont l’aspect doit être impeccable pour rendre la commercialisation plus aisée. Quel est véritablement l’intérêt de se préoccuper de l’escargot, traqué par des produits chimiques spécialisés, exterminés par les désherbants ou chassés de ses espaces favoris par des techniques dévastatrices ? Aucun…
La « cagouille », qui n’est plus traquée dans la nature que par quelques amateurs de cuisine régionale, ne doit sa survie qu’à l’héliciculture. Nous mangeons environ 35 000 tonnes de « petit gris » ou de « Bourgogne » par an en France mais nous n’en élevons que… 5% environ et le prélèvement naturel relève du pourcentage infinitésimal ! C’est vrai que leur part dans l’alimentation humaine ne peut pas être décisive pour leur protection. Alors, il reste peu d’atouts. Ils servent de nourriture aux oiseaux et certains petits animaux, comme le hérisson et les crapauds par exemple, mais dans le potager, ce sont des nuisibles qui se nourrissent de laitues et de tout ce qui est tendre. Certes, il creuse des tunnels dans le sol pour s’y réfugier, mais qui sait que tous ces trous dans le sol ont une grande utilité pour son aération et plus encore pour absorber les averses ?
Haro donc sur ces dévoreurs inutiles, ces envahisseurs spoliateurs, ces empêcheurs de produire, et donc l’escargot « sauvage » n’a plus d’avenir. Comme bien d’autres espèces de l’environnement quotidien, il ne passionne personne, au nom de repères très superficiels sur le sacro-saint principe de « l’utilité » ! Cette réalité est combattue par de nouvelles responsabilités confiées aux gastéropodes. Les escargots comptent parmi les nombreux outils biologiques utilisés par les chercheurs afin de caractériser les pollutions du sol, d’identifier ou de prévoir les atteintes aux écosystèmes et de suivre leur évolution dans le temps et l’espace. Ce gastéropode a la particularité de concentrer dans ses tissus des substances polluantes, comme les éléments traces métalliques, rendant possible le dosage de l’élément toxique. Dans cette étude réalisée notamment grâce au soutien de l’ADEME et de la région de Franche-Comté, les chercheurs ont évalué in situ le transfert de Cadmium dans un système sol-plante-escargot. L’escargot révèle, pour des contaminations environnementales réalistes, la biodisponibilité du Cadmium du sol. L’ensemble des résultats obtenus constitue une base importante pour une utilisation rationnelle des escargots en bio surveillance de l’environnement. Les voici donc promus…sentinelles !
Ce qui est frappant, c’est que rares sont les enfants connaissant véritablement cet animal n’appartenant plus à leur environnement. Ils ne savent pas où le trouver. Ils ignorent totalement ses rythmes de vie. Ils ne perçoivent en rien les plaisirs que l’on peut éprouver en observant ces forçats de la route ou simplement les regarder évoluer. C’est apaisant et c’est la preuve que la lenteur ne constitue pas un obstacle à l’efficacité. Bien au contraire. De plus en plus de sociologues se mettent à réfléchir sur cette frénésie pseudo-efficace qui envahit la société. Tout va trop vite, beaucoup trop vite. Le temps est devenu une denrée rare et “prendre son temps” apparaît pour beaucoup comme un luxe. Le sociologue allemand Harmut Rosa, dans son dernier livre, pose le problème : comment dépister la logique secrète du paradoxe voulant que nous n’ayons pas le temps, alors même que nous en gagnons toujours plus ? Ce constat, nous sommes nombreux à l’éprouver chaque jour. Le culte de l’urgence prend le dessus et dès lors que nous nous laissons dicter nos faits et gestes, d’une manière consciente ou non, il devient difficile sinon impossible d’exercer nos sens. Le regard des enfants observant la « course » de leur cagouille en disait long sur cette ignorance. Tous les Grenelle de l’environnement ne changeront rien à la carence grave en matière de savoirs simples conduisant à ne retenir que le spectaculaire, le violent, l’extrême, le rentable. Y-a-t-il une place pour la protection du quotidien quand on n’a pas conscience de sa valeur ? La maison du Patrimoine naturel du Créonnais que j’ai créée le long de la piste cyclable Roger Lapébie correspondait à cette volonté de redonner un sens aux sciences dites naturelles que les programmes scolaires de grands penseurs ont plus ou moins massacrées, car elles n’étaient pas assez ambitieuses. L’installation d’un vivarium devrait être obligatoire dans toutes les écoles afin que, simplement, un jour, les gamins de demain ne découvrent pas que sur la terre il existe de vrais escargots !
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J’adore les escargots, ni dans mon assiette ni dans mon potager, mais même en ville il y en a qui se balade, et mes filles en sont fans!!!!
Elles les kidnappent!!! Leur donne à manger (ah merci les filles de me piquer les trucs que je tente de faire pousser)!!
Chez les papis/mamies on va aussi à la chasse aux escargots, on les suit, on les observent, et j’en fait de super photos <3
Vive les escargots!!!
Pour les petits enfants… voir les 2 derniers n° (97,98) de « La Hulotte » !
Bonne lecture.
Il faudrait aussi dénoncé la mentalité capitaliste de l’ animal qui malgré sa lenteur, n’ est » qu’ une limace qui a accéder à la propriété » selon la définition d’ un célèbre humoriste.
La saint Barthélemy des escargots, par les poisons chimiques a également provoqué la disparition dans certains territoires, d’animaux « héliciphages », qui assuraient une régulation naturelle, tels les carabes dorés, les hérissons, et même certains oiseaux.
On peut quand même encore observer des « enclumes de grives « , surfaces dures où l’on trouve des débris de coquilles que les passereaux sont venus briser avant d’avaler leurs hôtes.
Les escargots sont certes une nuisance pour le jardinie, mais incomparablement moins importante que les diverses et innombrables limaces qui, jusqu’à nouvel ordre, ne sont pas reconnues comme comestibles.
Pour tous ceux qui aiment les escargots : http://www.slowfoodbordeaux.fr
ou http://www.slowfood.com
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Personnellement, il y a longtemps que je n’ai plus le temps de courir.
Pourtant c’est évident, par delà l’escargot, c’est à notre perte qu’on court !
Chalut d’Auvergne…