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La vérité « texto » sur le caractère de Jupiter

La chute incontestable de la profession de journaliste a fait l’objet d’une de mes récentes chroniques, où j’évoquais la décadence médiatique actuelle. Un exemple supplémentaire de cet effondrement des valeurs essentielles à l’exercice de ce métier nous est donné par la sortie d’un livre. Celui-ci reprend majoritairement un échange de textos entre le président de la République et une détentrice de la carte de presse travaillant pour le service public. Cet « événement » alimente la défiance légitime que l’on peut éprouver à l’égard de celles et ceux qui ont pour mission d’informer le public.

Il n’y aurait rien d’extraordinaire dans ce relevé minutieux de messages si l’interlocuteur n’était pas la personne responsable de l’image de la Nation. Ce qui est le plus étonnant, c’est qu’un dirigeant du niveau de l’occupant de l’Élysée puisse entretenir des échanges avec une journaliste sans se douter que ses confidences pourraient un jour être rendues publiques. Soit il s’agit d’une inconscience rare — ce qui n’est guère rassurant sur la capacité présidentielle à apprécier les relations humaines —, soit d’un calcul erroné. En fait, j’ai toujours considéré que si une personnalité confiait volontairement une information ou une réaction à un acteur du système médiatique, sans que cela soit le fruit d’une méthode obscure ou dissimulée, elle ne saurait s’étonner de la voir un jour resurgir.

En l’occurrence, il n’y a aucun doute : le Président savait parfaitement que Françoise Degois appartenait à la profession journalistique. Deux situations sont alors envisageables :

  • Soit il considérait que leurs échanges concernant la fonction présidentielle et la vie politique étaient privés, ce qui paraît pour le moins un peu léger.
  • Soit il savait que quelques-unes de ses saillies alimenteraient les éditoriaux de son interlocutrice, illustrant ainsi la suffisance d’un rédacteur de textos sans nuances.

Dans le premier cas, il s’agit d’une trahison ignoble. Avant de les révéler, l’éditorialiste de France Inter n’a pas prévenu celui qui la considérait comme la confidente de ses humeurs. Si cette situation est assez fréquente, la méthode se révèle ici particulièrement brutale. Dans tous les journaux, les fameux échos — dont l’exemple le plus connu reste « La Mare aux canards » d’un journal satirique national — dévoilent ce type de petites phrases sans que la source soit nommée. Or, dans ce cas précis, le scandale potentiel vient du fait que l’auteur a alimenté lui-même le contenu du livre.

Cette mésaventure était déjà arrivée à François Hollande avec la publication de l’ouvrage de Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Avec Un président ne devrait pas dire ça…, le duo de reporters avait probablement tué les derniers espoirs de leur interlocuteur de se représenter. La vraie réflexion consiste à se demander si, lorsque l’on occupe une fonction politique d’envergure, des échanges privés sont encore possibles dans le monde actuel. Plus personne, quel que soit son poste, ne peut se sentir en sécurité. Toute parole, toute fréquentation, tout acte et toute pratique sont scrutés, observés et évidemment exploités.

Écrire un SMS constitue déjà une manière imprudente de s’exprimer. Il n’y a guère que le concubin de Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, duchesse de Calabre et de Palerme, qui puisse s’offrir le luxe de nier, contre toute évidence, avoir échangé des messages antisémites. Aujourd’hui, toute personne exerçant des responsabilités doit tirer un trait sur une vie protégée des regards ou des écoutes extérieures.

Le Président, trop sûr de lui, de son intelligence et de ses mérites, a été lamentablement piégé. La journaliste a vraisemblablement stocké ces SMS au cours de nombreuses années avant de les publier, quelques mois seulement avant le départ de son « fournisseur exclusif de punchlines ». A-t-elle tout publié ? Quels autres messages possède-t-elle ? Il s’agit probablement d’une sélection de morceaux choisis.

Plutôt qu’une analyse factuelle du contenu des textos les plus virulents distillés sur ses amis et ses ennemis, il est intéressant de chercher à savoir ce que ces brèves de salon doré dévoilent de la personnalité de leur émetteur. En réalité, l’ouvrage met en exergue un clivage net : il y a lui, et il y a les autres. Il y a ses brillantes analyses face à la médiocrité ambiante, sa lucidité opposée à l’obscurantisme des autres, et l’estime qu’il se porte face au mépris qu’il accorde à autrui. Très critiquable sur le plan de l’éthique, cet ouvrage offre peut-être un éclairage révélateur sur dix ans de mandat de Jupiter !

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Cette publication a un commentaire

  1. J.J.

    Ceci confirme l’opinion que j’ai à propos de ce lamentable personnage, otage et prisonnier de ses anciens employeurs et surtout protecteurs, utilisateurs et bénéficiaires d’une situation quelque peu scabreuse sur laquelle on essaie de passer un vernis de respectabilité qui ne trompe que ceux qui veulent bien se laisser tromper.
    Se croire « au dessus » en exhibant une morgue et un mépris pour certaines catégories de population n’est pas un signe d’intelligence ni de bienveillance.

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