Les événements qui émaillent actuellement la vie des lycées constituent une alerte grave pour les politiques. Comme le veulent les habitudes médiatiques américanisées, les images les plus diffusées et donc les plus regardées évoquent des faits graves de détérioration des bâtiments dédiés au service public d’éducation pour capter l’attention d’une opinion dominante à influencer. Les incendies, la casse des locaux ou les actes violents constitueront la très grande majorité des reportages qui tourneront en boucle surtout depuis que les vidéos des téléphones mobiles sont utilisables en lieu et place de celles prises par des professionnels. La très grande majorité des téléspectateurs retiendra uniquement ces faits mais oubliera les racines profondes de la crise.
Les jeunes dénoncent plusieurs réalités détestables qui fondent leur colère exprimée de manière spontanée mais rarement outrancière par la majorité d’entre eux. Le problème c’est que souvent elle amalgame des constats ou des demandes relevant de multiples responsables. Le fonctionnement des établissements scolaires est en effet d’une absolue complexité. L’enchevêtrement des compétence échappe probablement aux manifestants sincères et il devient facile de les manipuler en accumulant les griefs. Combien d’élèves ou de parents se retrouvent dans ce maquis institutionnel conduisant à des inégalités criardes d’un établissement à l’autre?
En fait pour un lycée il y a deux interlocuteurs différents. L’un c’est l’État qui attribue les moyens dits d’enseignement c’est à dire le paiement et le suivi des personnels d’éducation et d’encadrement. Il définit les programmes et les modalités de leur mise en œuvre. Il doit par exemple garantir la présence des professeurs, des surveillants, des responsables éducatifs pour que chaque élève ait un enseignement de qualité. Or depuis des années deux phénomènes vont à l’encontre de ces principes : la pénurie d’enseignants selon les académies avec le rafistolage permanent via des recrutements difficiles et aléatoires et une faiblesse croissante des personnes en charge de l’accompagnement scolaire. Ce n’est pas seulement une question de crédits mais un problème complexe lié à des paramètres sociaux (lieu d’implantation du lycée, secteur de recrutement, état des locaux…) que la fameuse mixité n’a pas atténués car elle n’existe pas dans les faits.
Quand des lycéens dénoncent la situation voulabt qu’ils ont plus d’heures de cours que d’heures de sommeil ils mettent en évidence un système scolaire dément qui depuis des années accumule les réformes, complexifie les parcours et table sur une sélection par l’échec. Essayez donc de comprendre les filières, les sous-filières, les options facultatives ou obligatoires et les appellations fantasmagoriques dont on se demande quel est le lien avec le monde réel. Si l’on ajoute les temps de transport, les stages introuvables, une pédagogie dépassée, les désillusions générées par une ascenseur social déconnecté des diplômes le ras-le-bol est installé.
D’un autre coté il y a les locaux et les agents chargés de l’entretien ou de la restauration. Ils dépendent du Conseil régional. La dégradation des bâtiments, l’absence de matériel ou l’insuffisance des salles relèvent de la collectivité territoriale qui doit en permamnece s’adapter à des réformes et eds contre-réformes. Les crédits de fonctionnement (fluides, pédagogie, livres ou ordinateurs, machines, laboratoires…) sont attribués par la même source. Les cuisiniers, les agents de service de restauration, ceux de l’entretien des espaces communs ou du bâti sont payés par la Région mais dépendent hiérarchiquement d’un cadre de l’éducation nationale.
Le financement de la demi-pension est assuré par les familles partiellement et par le Conseil régional majoritairement. Les menus sont effectués par les gestionnaires qui ne rendent aucun compte à la collectivité. S’il y a des trop-perçus ils sont affectées aux réserves générales de l’établissement. Pour les réparations dépassant un certain montant ou pour les investissements ils ne peuvent être effectués que par le Conseil régional ce qui conduit à des disparités énormes d’un lycée à l’autre. L’écart des moyens financiers varient aussi d’une région à l’autre et comme ces entités n’ont plus de levier fiscal mais des parts de taxes ou de dotations de l’État après les réformes présidentielles, on va vers une disparité effarante et un démantèlement de fait de l’Éducation nationale.
Les jeunes comparent. Les lycéens paniquent. Certains se sentent abandonnés. D’autres n’ont aucune raison de penser ainsi mais ont la pression des parents. De plus en plus d’entre eux sentent bien que selon leur milieu social leurs familles ne pourront pas les accompagner très longtemps encore. Il est donc assez aisé d’exploiter ce mal-être global. Il est plus difficile de l’atténuer ou de le faire disparaître. Les événements de hier ne contribuent pas à changer la donne. « La violence se donne toujours pour une contre-violence, c’est-à-dire pour une riposte à la violence de l’autre » Ce constat de Sartre résume l’enchaînement actuel qui pèsera sur l’avenir d’un pays enlisé dans dix ans d’erreurs fatales.
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on va vers une disparité effarante et un démantèlement de fait de l’Éducation nationale.
N’est-ce pas le but recherché ?
On sous-estime également, moyen infaillible de discréditer les opposants, l’intervention de personnages troubles et n’ayant aucun rapport avec les lycéens : hier matin, dans le lycée technique voisin Charles Coulomb, les élèves ont chassé de troubles personnages venus semer la pagaille et ont remis en place les « poubelles jaunes » de notre résidence que les pseudo manifestants avaient déplacé devant le Lycée. Je n’ai pas filmé la scène mais je l’ai observée depuis mon perchoir.