Ne parlez surtout pas du passé… C’est ringard et sans intérêt. Les références historiques n’ont plus aucun impact dans une société de instantanéité. L’oubli est probablement devenu le mal du siècle. Souvent par ignorance, parfois par acculturation et toujours par refus de comprendre ce qu’il se passe, une très grande majorité de personnes préfère ne pas revenir sur les événements antérieurs. L’actualité défile comme ces anciennes bobines de films qui après être passées par le projecteur repartent vers l’anonymat. Un sujet chasse l’autre. Le journalisme « Kleenex » devient une stratégéie éditoriale dans les télés et les radios. Seule la presse écrite tente encore d’expliquer, de situer, de contextualiser. Et encore!
L’organisation internationale Claims Conference a ainsi publié un index il y a dix-huit mois portant sur la mémoire de la Shoah dans huit pays (dont la France, l’Allemagne et les États-Unis). Les résultats pour la France ont marqué les esprits et ont peu été commentés car ils traduisaient une ignorance crasse de l’évolution vers le régime hitlérien. Selon cette étude, 46 % des jeunes Français âgés de 18 à 29 ans (1) ont déclaré n’avoir jamais entendu parler des mots « Holocauste » ou « Shoah ».
Près de 69 % d’entre eux en France ignoraient que 6 millions de Juifs ont été assassinés par le régime nazi. Dans un autre sondage de 2022 10 % des sondés estimaient que la Shoah était « un drame parmi d’autres » de la Seconde Guerre mondiale. Plus inquiétant encore, 56 % des jeunes interrogés considèraient que la Shoah était instrumentalisée sur le plan géopolitique mondial. Bien évidemment toutes les références à cette période noire de l’Histoire n’ont aucun impact sur ces générations qui ne réalisent absolument pas quels peuvent être les points similaires avec la situation actuelle.
Cet exemple pourrait être complété par beaucoup d’autres. Pour espérer il ne faut pas en effet avoir des références négatives. Sur le moment celle ou celui qui tente de remettre en perspective l’Histoire se retrouve cloué au pilori. « Ce n’est pas pareil ! » ; « on ne ressasse pas le passé ! » ; « seule l’avenir compte ! » ; « tout le monde se fout pas mal de ce qui est derrière nous » ; « et alors qu’est-ce que ça changera ? » : les remarques servent à occulter le débat. Les Historiens ont perdu leur place dans la société. Mieux l’époque est à la mise en avant de sujets ou de faits présentés comme tant des nouveautés exceptionnelles alors qu’ils ont été raillés, délaissés ou froidement supprimés.
Tous les jours je fouille les archives de la presse et j’en extrais des articles correspondant aux thèmes que j’aborde dans ces chroniques. Je les publie sur mon profil Facebook. Comme je ne ne mets en évidence que des éléments liés à la vie créonnaise je me prive volontairement de milliers d’exemples qui démontreraient que l’Histoire se répète. Malheureusement ces petits textes ne sont pas très lus. Seules les photos intéressent vraiment les gens qui passent sur FB. L’écrit agace ou fatigue.
On retrouve entre 1850 et 1950 absolument toutes les situations politiques, économiques, criminelles, internationales, environnementales ou culturelles que l’on connaît maintenant. Les tirer des oubliettes du temps procure un plaisir particulier. Si je prends un événement local anecdotique vieux de 12à ans comme les fêtes de la rosière, il n’y a pas eu une ligne d’annonce dans le quotidien régional et une vingtaine sur la journée ayant rassemblé des centaines de personnes. Au début du XX° siècle la place accordée était largement supérieure mais qui s’intéresse au « positif?
Notre époque est paradoxalement marquée par une « société de l’oubli », tiraillée entre une frénésie numérique (le stockage infini des données) et une amnésie collective menaçant nos repères. On accumule des données mais nous sommes incapables d’effectuer un tri. Regardez Le volume de la banque d’images dans les téléphones : que deviennent ces clichés ? Quelle utilité ont-ils ? Comment se repérer dans cette masse de documents ? Où seront-ils stockés ? Pour combien de temps ? La culture numérique menace notre capacité naturelle à faire le tri et à « oublier pour mieux penser ». D’autres font le tri pour nous : les fameux algorithmes et l’IA occulteNT des pans entiers de la mémoire collective ou la réduire au minimum. C’est indolore et calculé.
Le présent sans cesse renouvelé des réseaux sociaux réduit la valeur du temps long. Ce qui s’est passé hier est déjà enseveli sous le buzz du jour. Schtrumpf l’a compris en utilisant au maximum ces possibilités quotidiennes de dire n’importe quoi pour le remplacer le lendemain par encore n’importe quoi effaçant ianis une kyrielle de mensonges ou d’idioties. Si les gens n’avaient pas la mémoire qui flanche le monde politique serait en danger. L’oubli constitue désormais un facteur d’affaiblissement de la démocratie.
Le véritable problème n’est pas d’oublier, mais de subir un oubli organisé pour étouffer un sens critique trop dangereux. Dicté par des logiques économiques et médiatiques il est cultivé et entretenu par des théoriciens de la manipulation de masse. Au lieu d’une transmission choisie entre les générations nous assistons à l’effacement imposé des mémoires. Et pas seulement celle des ordinateurs !
(1) : Ce chiffre très élevé a fait l’objet de débats en France, car il diffère d’autres sondages nationaux où le fait historique est mieux identifié, mais il illustre une perte de repères lexicaux et mémoriels précis).
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« Dans un autre sondage de 2022 10 % des sondés estimaient que la Shoah était « un drame parmi d’autres » de la Seconde Guerre mondiale. »
Ça c’est une conséquence des déclarations du désastreux vieux cheval borgne radoteur et pernicieux qui considérait ce drame comme un « détail de l’histoire ».
Bonjour,
vous posez justement la question de la mémoire de poisson rouge des Français, voici un semblant de réponse donné par Hannah Arendt Née à : Hanovre , le 14/10/1906 Morte à : New-York , le 04/12/1975 politologue, philosophe et journaliste allemande naturalisée américaine, connue pour ses travaux sur l’activité politique, le totalitarisme et la modernité.
» Dès lors que nous n’avons plus de presse libre, tout peut arriver. Ce qui permet à une dictature totalitaire ou à toute autre dictature de régner, c’est que les gens ne sont pas informés ; comment pouvez-vous avoir une opinion si vous n’êtes pas informé ? Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien.
C’est parce que les mensonges, de par leur nature même, doivent être modifiés, et donc un gouvernement menteur doit constamment réécrire sa propre histoire. En tant que citoyen, vous ne recevez pas seulement un mensonge – que vous pourriez continuer à croire pendant le reste de vos jours – mais vous en recevez un grand nombre, selon la façon dont le vent politique souffle.
Et un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et l’on peut faire ce que l’on veut d’un tel peuple. »
L’accumulation des mensonges ou des « petits arrangements » avec la vérité produit une apparence du monde où tout se vaut. Le passé ne peut être changé, le présent n’existe pas puisque le temps de se penser au présent nous projette déjà dans le passé. La préoccupation de la majorité des Français c’est le futur proche comment remplir le frigo ET le réservoir pour aller bosser lundi pour remplir le frigo. Dans ces conditions de « marche forcée » peut on reprocher à nos concitoyens de n’avoir pas le temps de se retourner sur le passé?
D’après le baromètre de la pauvreté et de la précarité, commandé par le Secours populaire français et publié le 10 septembre, un quart de la population (26 %) est en situation de fragilité économique. Un chiffre en hausse de pas moins de 6 points en un an, remarque l’association.
Pour ce plus d’un Français sur quatre vivant dans la précarité, qu’importe les leçons de l’histoire des hommes puisque l’essentiel est d’éviter le naufrage économique dans une heure, une semaine, un mois.
Une poignée ( grosse poignée ) de privilégies fait mine de se battre pour la magistrature suprême , en attendant le moment de rabibocher sur le dos des moins fortunés. Ces privilégiés, vivant grassement d’un système largement corrompu, totalement hors sol ils viennent dans les merdias fustiger les pauvres en déversant sur eux leur propre culpabilité. Parfait exemple de l’inversion accusatoire (ou renversement de la culpabilité) qui est une technique de manipulation psychologique où l’agresseur fait porter la responsabilité de ses propres torts ou agissements à sa propre victime.
Chaque jour, je lis, je vois, j’entends le déroulé d’un ruban de mensonges,ou au mieux de demi-vérités, par les merdias aux mains des puissances de l’argent. L’objectif est clair diviser pour mieux régner et accaparer ainsi des richesses si énormes que même avec milles vies ils ne pourraient pas en tirer profit… Ce monde est fou !
On va quand même pas rester sur une note pessimiste en début de Week-end, je vous propose de rire un peu avec cette vidéo sur youtube ( propriété de deux milliardaires )
https://www.youtube.com/watch?v=2rE_Gywztcs
Bonne journée