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Les centièmes de seconde et les centimètres de l’été

Que ce soit sur le stade ou dans la piscine, les compétitions européennes auront été marquées par la valeur du temps. Au cœur de cet été, alors que la planète court après sa survie, les sportifs recherchent quelques quelques centièmes de seconde pour construire leur gloire. Cette évolution des épreuves sportives traduit une extraordinaire homogénéité des performances. Désormais un infime écart suffit à changer le cours d’une vie. Grâce au chronométrage électronique il est possible de départager des concurrents dont les parcours sont en tous points similaires. Tant d’efforts qui s’effondrent pour parfois une différence dont ne mesure vraiment concrètement pas l’importance.

Dans d’autres secteurs on en est encore à l’échelle du centimètre pour départager les participants. Impressionnant car là-encore une aussi faible distance devient décisive pour l’attribution d’un titre et donc de retombées positives. C’est effrayant. Quelle doit être la déception de celle ou celui qui perd. La joie de celle ou celui qui l’emporte devrait à l’inverse rester modeste. Le pire ce sont e définitive les commentateurs dont les propos dépassent souvent les limites du supportable. Celui du service public de télévision présent autour le bassin olympique de Saint-Denis ont dépassé les limites du supportable. Il est vrai que les victoires obtenues par celui qu’ils ont paré de tous les qualificatifs, Léon Marchand a éclipsé (c’est de circonstances) tous le reste de l’équipe de France.

Le garçon éminemment sympathique respire l’intelligence, la modestie et la sérénité. Le contraire du verbiage déversé sur ses performance. Je suis certain qu’il ne doit pas forcément apprécier car pour lui la pratique sportive est surtout du plaisir. Certes derrière chaque épreuve il y a de la souffrance, de la persévérance, du courage, de la détermination que l’on ne voit pas. Il en est cependant de même pour tous les autres. Sa qualité principale consiste à faire oublier ce travail colossal pour le transformer en apparente facilité. Pour lui on parle de dixième et même de secondes ce qui donne à ses victoires une valeur encore plus conséquente.

La natation a donc offert à des millions de personnes dont beaucoup ne savent pas nager une opportunité de vibrer. La multiplication et la complexification des épreuves ne favorise pas la clarté des compétitions. Peu importe ce qui compte c’est le classement des Françaises et des Français et dans le fond les temps réalisés importe peu. Léon a l’avantage de procurer cette double satisfaction. Deux apparitions individuelles et deux médailles d’or : Nous ne sommes guère habitués à voir les espoirs concrétisés dans les grands championnats. Le pays sort de la désillusion de la Coupe du Monde de football et il trouve en ce Toulousain des raisons de renouer avec le patriotisme sportif. Il aura c’est certain les hommages de tous bords qui arriveront jusqu’à lui.

Ce matin dans les médias ils sera certainement beaucoup question des ses exploits. Quelle place accordera-t-on à  Elena Colas ? D’ailleurs qui en a vraiment entendu parler. Ce bout de fille de 16 ans (1,47m) a ramené de Zagreb une médaille d’or européenne en gymnastique sur une poutre. Elle y a ajouté deux de bronze au concours général et à la compétition par équipes. Un véritable exploit pour celle qui suit une scolarité dans …un collège. De multiples polémiques accompagne sa carrière partie du club d’Avoine dans la région parisienne. Elle est pourtant couverte de titres depuis sa prime jeunesse mais elle n’aura jamais la même notoriété que les nageurs.

Le rôle de la télévision surtout en période estivale où l’on a le temps pour regarder les retransmissions devient capital. Elle magnifie les performances. Elle ressasse les succès. Elle oublie vite les déceptions. Elle reste sur l’instantanéité de la performance. Elle a surtout pour mission de la « vendre » avec ce que ça comporte comme mise en scène. Rien ne peut être « médiocre » d’autant que la plupart du temps elle a payé pour diffuser. En revanche on ne diffuse que ce qui peut être « rentable » au point que pour certaines compétitions ce sont les fédérations qui financent le passage à la télé.

Le spectacle sportif de haut niveau évolue vers une théâtralisation qu’il faut accepter. Pour ma part je me souviens de la passion qui m’animait lorsque le 6 septembre 1960 sur un écran en noir et blanc de quelques centimètres de Mme et M. Brochot qui habitait le bourg de Sadirac apparut la finale du 1 500 m des jeux olympiques de Rome. La défaite de Michel Jazy face au Néo »Zélandait Eliott fut un drame pour moi et pour les milliers de téléspectateurs devant leur télé..C’est la première fois que l’Eurovision transmettait les J.O en direct dans dix-sept pays… Que de chemin parcouru depuis ! Léon et Elena reste toujours aussi éloignés…

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Cette publication a un commentaire

  1. faconjf

    Bonjour,
    je viens ici vous dire pourquoi je ne regarde quasiment jamais de sport à la télé. Je sais, je sais il en faut pour tout le monde, chacun est libre de ses choix et je ne prétends pas vous convaincre.
    Réfléchir ne fait pas de mal si l’on veut juste se questionner sur un fait de société. L’expression « le sport, opium du peuple » adapte la célèbre formule de Karl Marx sur la religion. Elle désigne l’idée que le sport de masse et le spectacle sportif servent d’outil d’aliénation. Ils distraient les citoyens des problèmes politiques, sociaux et économiques réels en canalisant les énergies vers le divertissement et la compétition. A contrario Les tribunes et les stades servent aussi parfois de tribunes contestataires ou de résistances politiques pour les populations. Et aussi la pratique sportive amateur favorise la santé, le lien social et l’émancipation personnelle, loin de la logique marchande du sport spectacle.
    Nous savons aussi que le sport est souvent vu comme un moyen pour les gouvernements d’exhiber leur puissance. Les régimes utilisent les événements sportifs internationaux pour faire de la propagande, embellir leur image et exalter le nationalisme. Les exemples abondent en ce sens avec toutes les stratégies utilisées par les pays de l’Est broyant les sportifs pour en faire des machines à gagner coûte que coûte.
    Je laisse la parole au philosophe Robert Redeker
     » Plus que les religions, qui sont diversifiées (aucune ne s’est imposée à toute la planète, aucune n’est parvenue à l’universalité géographique totale et stable), dont les dogmes rencontrent souvent la contestation, dont les fidèles risquent de devenir la proie du doute, le sport, dont la propension à parodier le religieux dans un registre kitsch n’a jamais été démentie, couvre pour sa part, sans grande opposition, la planète entière. Parodie kitsch de la religion? Le sport prend, à sa façon, le relais de l’Empire romain et de l’Église catholique. Il cherche à conjointe l’idée de l’Empire et l’idée de l’Église, dans l’universalité et le gouvernement des âmes. La Coupe du monde de football est bien cette assemblée universelle (toute l’humanité concentrée autour du calice, cette coupe Jules Rimet*, que les vainqueurs, tel le prêtre pendant l’office, élèvent fièrement vers le ciel le jour de leur victoire), mais aucun message spirituel ou intellectuel ne s’en dégage, aucun espoir pour l’humanité, aucune promesse pour la condition humaine ne sortent de cette cérémonie, on n’y célèbre que le culte des marques et de la loi du plus fort. C’est le culte du lycanthrope (l’homme loup : homo homini lupus) qui apparaît dans cette cérémonie, et non celui de l’Homme-Dieu. Le sport est la parodie mercantile et vide, pitoyable et dérisoire, faite de toc et de truquages, de l’idéal catholique : la réunion dans une Église universelle, la communion autour d’un calice, la liturgie autour de personnages hissés à la sacralité des prêtres. Les sportifs sont une caste sacerdotale, comme la liturgie en toc des événements sportifs le suggère; mais c’est une caste sacerdotale au rabais, qui n’a rien à transmettre. La Coupe du monde de football n’est rien d’autre que la catholicité du vide ! Quant à l’absence d’opposition devant le sport, elle constitue une vraie source d’étonnement. Qui s’oppose au sport? Personne, ou presque. Les Incuits s’intéressent à la Coupe du monde de football comme les Argentins, les Congolais et les Européens. Le sport, dira-t-on, engendre les mêmes excès que les religions. Mais le fanatisme sportif, aux effets souvent dévastateurs, est en fait une parodie du fanatisme religieux. Les guerres entre supporters parodient les guerres de religion. Non que les protagonistes de ces joutes ne soient pas sincères – ils sont convaincus avec autant de force que les croyants religieux ! Mais la différence : il n’y a pas de contenu, ils croient en quelque chose qui n’est rien. La différence entre le sport et les religions apparaît : dans le sport il n’y a aucune idée, et peut-être même aucun idéal véritable. Le sport ne dessine pas la voie d’un salut pour l’humanité, il ne véhicule aucune eschatologie. Misère spirituelle du sport : quand le salut de l’homme constitue la loi de toute religion, le sport ne peut proposer que la loi du plus fort…. »
    Merci à vous de m’avoir suivi dans les méandres de ma pensée confuse et désolé pour les supporters ( qualifiés d »Incuits » par Redeker -Qui est peu ou pas bien cuit-)…
    Bonne journée
    * La Coupe Jules Rimet est le premier trophée de la Coupe du Monde de la FIFA. Créé en 1930 et renommé en 1946 en hommage au fondateur français de la compétition, il représentait Niké, la déesse grecque de la victoire. Remis aux vainqueurs de 1930 à 1970, il a été définitivement remporté par le Brésil cette année-là avant d’être volé en 1983.

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