You are currently viewing Les faits divers sont de plus en plus exploités politiquement

Les faits divers sont de plus en plus exploités politiquement

Depuis plusieurs années, après chaque drame épouvantable sur le fond et sur la forme qui marque un territoire et qui est traité médiatiquement de manière massive deux réponses surgissent immédiatement : une « marche blanche » et une « proposition de loi » ou par défaut une circulaire. La première manifestation destinée à la base à soutenir la famille ou le groupe ayant été touché par un évènement traumatisant doit chaque fois tenter d’éviter la récupération politicienne. Et ce n’est jamais aisé. 

Ces marches ont en effet maleureusement souvent des tonalités revendicatives ou même contestataires et il est très complexe pour l’entourage des victimes de s’y opposer. Les présences ou… les absences de représentants des partis politiques alimentent les commentaires. Même si parfois il peut y avoir de la sincérité dans ses démarches il faut toujours s’interroger sur une volonté directe ou indirecte « d’écumer » l’émotion collective.

Les actions qui se succèdent dans un temps très rapproché avec un crime s’inscrit dans une sorte de rite sociétal oscillant entre la compassion et la colère. Ce mélange explosif malheureusement répétitif conduit l’opinion dominante à rechercher des responsabilités relavant d’un dysfonctionnement de la protection que doit l’État à chaque citoyen quel que soit son âge et son lieu de vie. Un principe généraliste qui envahit la pensée d’une majorité de personnes qui ne cessent de s’enfoncer dans des contradictions dont l’une consiste à réclamer une sévérité accrue pour….les autres mais une indulgence légitime pour eux en y ajoutant même parois des considérations racistes.

Dans un article de Sud-Ouest un magistrat fait le constat suivant : « Tout est prioritaire. Vous avez le trafic de stups, les violences envers les élus, les violences sur mineurs, les violences urbaines, les violences intrafamiliales, les infractions environnementales, les fraudes au droit du travail… », Selon les informations de Sud-Ouest la chancellerie a adressé aux juridictions 114 circulaires et dépêches depuis janvier 2025. Parmi les priorités figurait également la maltraitance animale… qui dans bien des esprits est plus importante que celles des humains. 

Il est donc aisé après tout événement dramatique de déclarer que… les priorités ne sont pas respectées. Au point que bientôt il sera difficile de distinguer le coupable de ce crime odieux : l’homme arrêté toujours présumé innocent ou la Procureure de la République déjà condamnée alors que l’enquête administrative n’a pas débuté. Un élu local de la coordination rurale gersois a fait remarqué que les enquêtes concernant ses troupes lors des manifestations contre le Mercosur avait bien bénéficié…. de la mise en œuvre d’une priorité ! Tout le monde va lui tomber dessus. 

Faute de pourvoir récupérer l’émotion générale, les politiques nationaux jouent souvent la carte du déploiement des actes leur permettant dé démonter leur intérêt pour la détresse des familles et surtout une part d’électorat toujours prompt à exiger des mesures plus sévères. La technique est la même : message de compassion et promesse d’action. En général on débute avec l’utilisation des questions d’actualité au Parlement, sorte de cinéma promotionnel avec des déclarations bien senties puis la proposition de lois destinées soit-disant à renforcer la protection individuelle. Depuis deux décennies les textes législatifs se sont multipliés, les contraintes se sont accentuées, la sévérité s’est accrue mais nul n’a songé un seul instant à effectuer une évaluation de leur eet réel dans une société totalement déboussolée.

Le mal profond s’insinue dans une République qui évolue sur des « éruptions émotionnelles médiatisées ». Si elles sont compréhensives elles méritent un minimum de recul et de temps d’analyse. Souvenez-vous :  nous sommes le jeudi 18 avril 2002, nous sommes à trois jours du premier tour de la présidentielle et les sondages sont formels : Jacques Chirac et Lionel Jospin seront les deux candidats qualifiés pour le second tour. Sauf que rien ne va se passer comme prévu. À trois jours du premier tour du scrutin et alors que les questions de sécurité dominent la campagne présidentielle, l’affaire Papy Voise, ce vieil omme agressé ce lui vient défrayer la chronique et cannibalise les journaux télévisés.

En pleine campagne électorale accaparée par la thématique de l’insécurité, cette affaire devient l’incarnation de cette prétendue violence polymorphe qui gangrène le pays et qui d’après certains candidats «peut frapper n’importe où, n’importe quand et surtout n’importe qui». La suite de cet incendie médiatique on la connaît, sans qu’on sache vraiment aujourd’hui encore s’il y a eu un lien de cause à effet. C’était il y a vingt-quatre ans ! 

Depuis l’utilisation des faits divers s’est considérablement développée. Elle constitue un outil politique majeur supérieur à celui des valeurs. La société est conditionnée par leur diffusion répétitive, approximative et souvent orientée. Un constat qui n’empêche pas la peine et l’empathie pour ces parents plongés dans la douleur et un maelstrom médiatique dont il ne maîtrise pas l’évolution.

Ce champ est nécessaire.

En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Cet article a 4 commentaires

  1. faconjf

    Bonjour,
    « Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. »
    Article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26/08/1789
    L’indépendance et l’impartialité constituent deux principes fondamentaux du système judiciaire :
    l’indépendance de l’autorité judiciaire est consacrée par la Constitution de la Vème République (article 64). Elle résulte non seulement de la séparation des pouvoirs, mais encore des garanties statutaires qui mettent les magistrats à l’abri des pressions ou menaces qui pourraient peser sur leur faculté de juger. Néanmoins, il demeure un débat récurrent sur l’indépendance du parquet, du fait de la subordination des magistrats du parquet au ministre de la justice ;
    l’impartialité, dont l’importance est notamment consacrée par l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme, désigne l’absence de préjugés qui doit caractériser le juge. En ce sens, l’indépendance concerne plutôt les rapports du juge avec les autres pouvoirs et constitue une condition (nécessaire mais pas suffisante) de son impartialité dans ses rapports avec les justiciables.
    La réalité dépasse et de très loin les principes, d’autant que les principes républicains font que c’est le président de la ripoublique qui est le garant de ces principes.
    Tout cela est dévoyé depuis les débuts de notre république. Il faut noter que depuis l’arrivée au pouvoir de mac-ronds, intronisé par la haute magistrature suite au déboulonnage en règle du candidat Fillon. La dérive atteint aujourd’hui un point tel que tout un chacun constate la catastrophe judiciaire. « Je ne partirai pas en vacances » et « il n’y a pas un haut magistrat qui va partir en vacances » tant qu’il n’aura pas reçu « un par un les procureurs généraux » pour faire le bilan, a encore prévenu sur LCI le garde des sceaux, qui réunit lundi à 8 h 30, à la chancellerie, les procureurs généraux. C’est à hurler de rire! Comment Dard-malin peut-il taper sur la table alors que LUI-MÊME est un délinquant sexuel. À deux reprises, Gérald Darmanin a été accusé d’avoir profité de sa position dominante d’élu pour obtenir des faveurs sexuelles. Aux deux femmes, il aurait promis, d’après leurs récits, d’intervenir en leur faveur, la première pour sa condamnation judiciaire, la seconde pour sa demande de logement. Le premier dossier (pour « viol ») s’est conclu par un non-lieu en 2022, tandis que le second (pour « abus de faiblesse ») a été classé sans suite en 2018. Gérald Darmanin affirme n’avoir « jamais abusé de la faiblesse ou de l’intégrité de quiconque ». Sa nomination comme ministre de l’intérieur, et donc à la tête des services chargés d’enquêter sur lui, a été contestée.
    Donc nous avons en guise de garde des sceaux un individu qui a reconnu des faits condamnable et a été couvert par la justice afin d’étouffer la tempête du deal connu de tous consistant dans un nombre très conséquent de communes sous la forme  » logement social contre faveurs sexuelles ». Sa condamnation aurait enseveli les tribunaux sous les plaintes de milliers de femmes seules victimes du deal…
    NOTRE PROBLÈME c’est la corruption qui pourrit l’ensemble des institutions de notre ripoublique, corruption que l’on peut aisément observer dans l’avalanche de non-lieu commis pour couvrir la Mac-ronnie toute entière. Je ne citerai qu’un exemple celui du président du conseil constitutionnel Richard Ferrand. Peut-on imaginer que le président de l’organe régulateur du fonctionnement des pouvoirs publics et juridiction aux compétences variées, il a notamment la charge du contrôle de conformité de la loi à la Constitution doive sa nomination à une décision de justice archi contestée.
    La justice de notre pays est au service des gouvernements c’est un fait qui s’illustre dans la répression féroce de TOUS les mouvements de contestation du pouvoir. La récente déclaration du méprisant depuis le Monténégro où il s’auto-absout de toute responsabilité du détricotage des services publics et notamment de la justice… On croit rêver!
    La séparation des pouvoirs doit être respectée, le garde des sceaux doit être totalement indépendant des autres pouvoirs avec son propre budget sanctuarisé et lui-même désigné démocratiquement pour un mandat irrévocable à durée déterminée.
    Ainsi nous mettrons fin à la valse des ministres de la justice aux ordres de l’Élysée, aux circulaires et injonctions dépendant uniquement de la valeur médiatique du dernier évènement.
    Les excuses de Dard-malin ne peuvent effacer le drame horrible, la refonte de notre système judiciaire est un véritable enjeu démocratique…
    Dommage RIEN ne changera !!
    Bonne journée

    1. J.J.

      Faconjf@ « déboulonnage en règle du candidat Fillon ». De toute façon, ça n’aurait pas changé grand chose, nous eussions substitué la peste au choléra, et vice versa, mais c’est l’élégance du procédé qui nous émerveille..
      Ce qui m’étonne c’est qu’il n’y ait pas plus de bavures au niveau du traitement des dossiers de justice, lorsque je vois dans un reportage le fouillis et la masse de documents qui encombrent généralement les bureaux des greffiers et des juges. Une mère gorette n’y retrouverait pas ses nourrains.
      Amicalement
      J.J.

  2. faconjf

    @JJ je n’ai pas porté le deuil devant les turpitudes de la canaille de bénitier Fillon, reste que la magistrature aux ordres n’en exécute pas moins les basses œuvres de la ripoublique*. L’histoire des 10 ans de Mac-ronds retiendra la servilité des juges, à l’image de ses prédécesseurs sous le Vichysme, Des GJ en passant par la Covid sans oublier le soutien sans faille au Sionisme, les libertés individuelles ont beaucoup souffert durant ces 10 années. Et ce n’est qu’un début la nouvelle loi Yadan portée par Horreur Gerbé ou Aurore Bergé si vous préférez, va frapper de plein fouet la liberté d’opinion … Les chats fourrés chers à Rabelais vont pouvoir faire preuve de dépendance à leur avancement.
    Amicalement JF
    *Le Dictionnaire de l’Académie française, dans son édition de 1835, définit le maître des basses œuvres comme « cureur de retraits [fosses d’aisance], vidangeur », à quoi Littré ajoute, en 1878, « celui qui cure les puits ». Il peut également assurer les fonctions de valet de ville, seconder le bourreau dans la préparation des hautes œuvres, et, selon les besoins de la municipalité, se voir confier les fonctions de crieur public ou celles de portier de la ville ou d’une simple poterne.

  3. JJM

    Parlons de la séparation des pouvoirs,n’est-ce pas Dard malin (comme le baptise Façonjf), qui a rendu visite à petites talonnettes au centre pénitentiaire? Un bel exemple de la séparation des pouvoirs.

Laisser un commentaire