C’est désormais une obligation : tout candidat à l’élection présidentielle écrit un bouquin pour évoquer sa vie ou pour résumer ses idées. Dans les grandes librairies le rayon « politique » est largement garni par des ouvrages dont la première page porte en gros le nom de son auteur. Ce n’est pas pour démontrer des talents d’écrivain mais surtout pour des raisons liées au fonctionnement de notre société. Outre que ça fait sérieux, posé, instruit la publication ouvre des possibilités intéressantes sur le plan médiatique et institutionnel.
Chaque prétendant à l’Élysée se doit d’améliorer sa notoriété afin que les sondages d’opinion le place en situation favorable par rapport à ses rivaux. La sortie d’un livre ouvre les portes des radios, des télés, des journaux. Vous n’êtes pas reçu en tant que femme ou homme ayant une ambition présidentielle mais… comme « auteur ». C’est tout bénéfice. Vous occupez le devant de la scène durant plusieurs jours quand une position aussi favorable serait impossible sans un « évènement littéraire » . Le prétexte a été utilisé à fond par la bollorésphère lors de la parution de l’œuvre du copain de Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. La fameuse maison d’édition Fayard a profité d’absolument tous les supports pour vendre du « gendre idéal ».
La liste des bouquins uniquement destinés à promouvoir une personnalité de la droite extrême ou de l’extrême droite démontre un plan d’action soigneusement programmé. Sarkozy, De villiers, Marion Maréchal, Bardella, Zemour… ont trouvé un soutien pour leur publication. La signature de contrat pour ces sorties calculées procure au bénéiciare en général une somme fixe (forfait ou avance) à laquelle se rajoutera la commission au livre vendu. Un moyen détourné de financer une « campagne » pré-électorale. Bien entendu si l’auteur a bénéficié d’une « assistance » partielle ou totale pour écrire son oeuvre elle sera pris en compte par l’éditeur. Les chiffres de vente attestent que l’opération n’est pas perdante sur le plan financier.
L’autre avantage non négligeable c’est que la parution s’accompagne d’une campagne de signatures dans les grandes librairies. Ces déplacements effectués un an avant l’élection n’entrent pas dans les fameuses dépenses électorales. Il se peut que les autres frais de séjour soient pris en charge par l’éditeur. Mais surtout la communication (annonces presse, montage des rendez-vous avec les médias régionaux ou locaux, affichage, pub, service presse…) sont assumés par les soins de la maison d’accueil. Quand on revient au nombre des exemplaires vendus ces frais ne pèsent pas bien lourd.
En fait même si le lectorat n’est pas au rendez-vous le volume de médiatisation obtenu représente un avantage conséquent. Le secret des conditions faites à l’auteur ne permet pas de savoir. Certains écrivains politiques font aussi acheter par de sympathisants des livres pour les offrir et augmenter leur notoriété. On est très loin de la littérature ! D’autant que des plumes secrètes sont recrutées pour rédiger ou améliorer le produit. On l’apprend des années plus tard. L’essentiel étant d’exister les moyens pour y parvenir n’ont aucune importance éthique.
Écrire seul un livre quel qu’il soit demande des mois d’efforts et de patience. Il me paraît difficile de créer entre deux rendez-vous, deux réunions ou deux repas institutionnels un ouvrage cohérent. C’est probablement parce que je ne suis pas doué. Il existe des « collaborateurs » spécialisés qui effectuent des propositions spécifiques que l’auteur amendera ou acceptera sans modification. Ce travail « collectif » est le plus pratiqué car il permet une densité crédible du contenu.
La prolifération des candidatures et donc des ouvrages finit par détruire l’intérêt pour cette stratégie. Il devient difficile d’être original ou intéressant. Le succès en librairie ne signifie pas que l’élection soit assurée. Pour un candidat ou une candidate, c’est néanmoins une super opération parce qu’il vend des livres, il créé un point d’intérêt médiatique et surtout il s’adresse à la presse régionale et locale. Il mesure aussi sa popularité avec la file d’attente pour ses dédicaces. Des indicateurs utiles pour trancher le dilemme « stop ou encore ».
Le marketing s’insinue partout dans la politique en alliance avec l’économie. Chez certains éditeurs le nom de l’autrice ou de l’auteur compte beaucoup plus que le contenu de l’œuvre qu’il a écrite. Ils vendent un « produit » ce qui les conduit inévitablement à développer des campagnes similaires à celles des shampoings, des gâteaux à apéro ou du papier hygiénique. Le résultat des présidentielles s’en ressentira.
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« …tout candidat à l’élection présidentielle écrit un bouquin pour évoquer sa vie ou pour résumer ses idées…. »
Il est évident que l’ouvrage en question a été composé à 99% par ce que l’on appelait jadis d’un nom que l’actuelle pseudo bienséance ne me permet plus d’employer, il faudrait vraiment être très naïf pour imaginer le contraire.
« Il me paraît difficile de créer entre deux rendez-vous, deux réunions ou deux repas institutionnels un ouvrage cohérent. » …et tu es bien placé pour le savoir :_ « Écrire seul un livre quel qu’il soit demande des mois d’efforts et de patience._ »
Je ne comprends d’ailleurs pas l’intérêt que les badauds peuvent trouver à s’imposer ce genre de pensum. J’ai déjà beaucoup de peine à supporter la logorrhée de la plupart de ces bateleurs, alors se farcir leur prétendue prose … je ne manque pas de centres d’intérêt plus passionnants et suis pas masochiste à ce point.
J’ai toujours présente à l’esprit cette sage citation de Pierre Dac, qui s’applique à l’oral et peut s’adapter à l’écrit :
« Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes et rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir. »