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Une commission qui n’a pas rendu service à la démocratie

Il est certain que le Président de la Commission d’enquête parlementaire consacrée à l’audiovisuel public et son rapporteur ne se retrouveront pas à l’apéro devant la télé pour boire l’apéro. Depuis plusieurs mois et durant des centaines d’heures d’audition ils ont eu bien du mal à cohabiter. Le calvaire est terminé. Chacun va désormais s’exprimer de son coté pour consacrer un divorce patent et durable. Après la rédaction du rapport final par Charles-Henri Alloncle il est évident que plus rien ne retiendra un vrai règlement de comptes.

J’ai eu le « privilège » d’être appelé à témoigner à trois reprises devant une commission parlementaire sur des sujets touchant à des sujets divers comme les rapports entre les collectivités territoriales et le sport professionnel ou les emballages ménagers. Bien évidemment comme c’était moins clivant et surtout moins médiatique l’ambiance ne m’a jamais paru aussi virulente que celle des auditions sur le fonctionnement des structures publiques de l’audiovisuel. Il est évident que les conclusions étaient moins attendues et certainement moins vendeuses pour celui qui les proposaient.

Le petit rapporteur encarté au parti ciottiste a témoigné d’une hargne à l’égard de toutes les personnes qui ont été convoqués ressemblant à celle d’un roquet ayant attrapé le bas du pantalon du facteur. Il n’y a rien de pire que celui qui se pense investi d’une mission de justicier installé dans la peau d’un accusateur officiel. D’ailleurs son attitude a fini par entamer totalement sa crédibilité. Il a transformé ce qui doit rester une mission technique en séquence politicienne permanente. Chacun des soixante-dix auditions qui se sont déroulées dans salle Lamartine n’ont rien eu de poétiques. Tout le monde y est passé.

Les dirigeants y sont venus et même revenus, les syndicats s’y sont exprimés dans l’indifférence. En revanche les producteurs indépendants ont découvert ce que peut-être la position d’accusés et vedettes du petit écran, de Patrick Sébastien à Nagui, en passant par Laurent Delahousse et Léa Salamé ont été malmenées comme les plus petits baltringues de banlieue. Certains on vomi sur le « service public » qui a fait leur notoriété et leur fortune. D’autres ont défendu leur investissement dans une structure qui leur offrait l’opportunité de pratiquer librement leur métier. Le rapporteur en tueur peu silencieux n’a cessé de se bâtir une image de Robespierre du contribuable !

Si les questions sur le fonctionnement de l’audio-visuel reposant sur un financement public sont légitimes et souhaitables, celles qui mettent en cause par exemple le travail des journalistes ou les intentions putatives des responsables n’avaient pas leur place. Charles Henri Alloncle en croisade contre ce qu’il considère comme une hérésie aux sacro-saints principes de la concurrence libre et non faussée et de la supposée liberté accordée par les supports privés. La commission a été prise en otage et elle a disparu derrière les outrances ou les saillies de celui qui parlera en son nom. Et c’est vraiment un problème…démocratique.

Pas moins de 234 protagonistes sont passés devant la commission dont les travaux ont été marqués par des incidents plus ou moins graves. Ces participations souhaitées par les députés ont souvent tourné au dialogue de sourds entre le rapporteur et ses interlocuteurs, qui lui reprochaient des questions biaisées ou le fait qu’il n’écoutait pas les réponses. Un stratégie bien connue des tribunaux d’une autre époque dont en particulier ceux de Staline ou de l’Inquisition. Les efforts du Président n’ont pas suffi pour rétablir un climat serein dont ne voulait vraiment pas le ludion de l’extrême-Droite

Quand on connaît l’impact réel des rapports des commissions d’enquête on est en droit de se demander si ce « cirque » aura une utilité. La présentation du rapport à ses collègues pour adoption risque d’être tendue. Si elle se termine par un vote négatif l’instance n’aura servi à rien. Si il est adopté il débouchera sur des propositions législatives qui risquent, dans le contexte actuel de demeurer des vœux pieux.

A quelques mois d’une élection présidentielle il est en effet impossible que des mesures soient votées pour détruire un bien commun essentiel pour la démocratie. Pour Alloncle l’objectif n’est pas celui-là mais plus certainement de préparer une attaque en règle lancée par les extrémistes s’estimant maltraités par rapport aux autres supports de Bolloré dans la diffusion de leur idéologie.

Un service public reste le trésor des gens n’ayant pas ou n’ayant plus les moyens d’accéder aux éléments essentiels de la qualité de vie (santé, éducation, justice, sécurité) dans laquelle on trouve l’information, la culture, les loisirs sous toutes leurs formes. « Il viendra un temps où les riches posséderont tous les médias, et il sera impossible pour le public de se faire une opinion éclairée. » Une prédiction d’Albert Einstein qui reste d’une vraie actualité.

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