Selon les dernières officiels, le volume d’articles introduits sur le territoire via le canal des « petits colis » a atteint le chiffre record de 773 millions d’unités en 2024. Pour mesurer l’accélération du phénomène, il suffit de regarder en arrière : en 2022, ce flux ne représentait que 170 millions d’articles. Cette multiplication par quatre en seulement deux exercices témoigne d’une désintermédiation totale où le fabricant, principalement chinois, livre désormais directement le client final. En 2025, ces petits colis ont représenté 826 millions d’articles reçus en France, pour une valeur totale de plus de 5,58 milliards d’euros, selon le bilan annuel des Douanes.
La capacité de contrôle de l’État s’avère fortement sous-dimensionnée face à la massification des échanges numériques et à l’émergence du marché qui ne repose pas seulement sur le petit colis mais sur le petit prix. En 2024, les statistiques de la Commission européenne révèlent une situation alarmante au sein de l’U.E. Sur un million de produits importés, seuls… 82 ont fait l’objet d’une vérification physique.
Ce taux marginal de 0,008 % laisse le champ libre à une fraude économique systémique qui s’engouffre dans les failles d’un système conçu pour le commerce de gros, désormais submergé par le détail. Toutes les déclarations officielles dont d’ailleurs on n’entend plus parler n’ont qu’un intérêt en terme de communication pour satisfaire celles et ceux qui croient encore dans l’efficacité de l’État. Un tsunami que rien n’arrêtera vraiment puisque l’on a habitué le consommateur (et surtout la consommatrice) à payer le moins cher ce qu’elle estime non-essentiel à ses besoins réels.
Le concept visant à lutter contre ce phénomène en ajoutant 2 euros par article acheté hors des frontières européennes et envoyé par colis a peu de chances de se révéler efficace. Les plateformes chinoises célèbres ont la parade. Il leur a suffi de cibler des pays du vieux continent vers lequel ils peuvent sans crainte importer massivement leurs produits. Ainsi les aéroport de Budapest, et ….Bruxelles sont devenus les bases logistiques avec stockage des offres détaxées là-bas puisqu’on n’y paye pas la taxe française. L’UE devrait en effet se mettre d’accord avant le 31 janvier 2026.
Lorsque un client commande par exemple une chemise le vendeur précise qu’elle ne vient pas de Chine mais d’Europe. Le colis intra-européen est exonéré du supplément de 2 euros. En Italie où la taxe est déjà en vigueur les achats ont baissé de plus de 40 % et donc les rentrées espérées ne sont pas à la hauteur des espoirs du gouvernement. Pire certains des colis qui sont bien importés transitent par des camions, en provenance d’autres aéroports, pour échapper aux droits de douane italiens, Le système fonctionne depuis plusieurs semaines en France et on peut penser que les commandes ne sont plus adressées directement en Chine.
Il ne s’agit pas en effet d’une taxe « postale » ou de « transport » mais d’importation. Lorsqu’un colis arrive en France de l’extérieur de l’UE, le système de déclaration douanière (souvent électronique) enregistre chaque article. Les deux euros sont donc facturés et recouvrés par les autorités douanières, à charge de l’importateur désigné (le vendeur ou la plateforme). Deux euros par catégorie d’article sont appliqués lors du passage de la douane, et ce peu importe le nombre d’unités de cette catégorie. Ainsi, si le colis contient un ou dix paire de chaussettes, le montant de la taxe restera de 2 euros. En revanche, si le colis comporte une chemise et une cravate il faudra payer 4 euros supplémentaires.
Pour le moment ce ne sera pas au consommateur de payer directement, sauf à de très rares exceptions. Les plateformes devraient s’acquitter du financement auprès des douanes et le répercuteront mécaniquement sur leurs tarifs. Elles auraient pris l’engagement de ne pas la répercuter sur le prix de vente. C’est à voir ! La taxe de deux euros reste une goutte d’eau dans cet océan chaotique du transport, dont l’impact sera en réalité peu efficace sur des commandes de trente, cinquante ou cent euros car elle n’est absolument pas proportionnelle. Or c’est souvent sur ces produits là que les petits commerçants son concurrencés.
Elle renforcera la position de géants déjà implantés en France comme Amazone qui expédie majoritairement depuis notre pays. Les e-commerçants européens indépendants n’en sortiront pas renforcés. En fait ce qui passe pour une mesure salutaire fera le jeu de la plateforme qui s’impose largement dans les ventes en ligne. Comme toutes les mesures il serait intéressant qu’une évaluation soit réalisée avant son application européenne.
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Bonjour,
« yapudessous » ! le cri des autorités pour réveiller le grand « taxman ». Avec un peu de chance la nouvelle taxe dite à 2€ va s’appliquer juste une ligne au-dessus du calcul de la TVA qui va mécaniquement l’augmenter. C’est le principe des taxes sur les taxes, les génies de Bercy veillent.
Nous vivons dans l’enfer des taxes et la dernière née est en fait ( à ce que j’ai compris) une contribution aux frais de gestion douanier et pas une taxe douanière et elle ne concerne que la France. Une petite acrobatie fiscale qui laisse la place à la taxe douanière de l’UE(rss) prévue pour juillet et qui va s’ajouter en plus de la lourde facture de produits que l’on ne fabrique plus. Comme l’industrie disparaît, il faut bien trouver un autre champ pour exploiter le domaine « taxman ».
Si l’on consulte le site des douanes Françaises on peut lire: » sont exclues de son champ d’application
les importations en provenance des parties des territoires nationaux des États membres de l’Union européenne qui ne relèvent pas du TDU tel que défini par le 1 de l’article 4 du règlement (UE) n° 952/2013 du Parlement européen et du Conseil du 9 octobre 2013 établissant le code des douanes de l’Union (CDU).
Super pour les états de l’UE qui veulent faire du dumping fiscal en servant de destinataire intermédiaire, souvent juste sur le papier, pour encaisser une partie de l’économie réalisée par les consommateurs Français.
Pas de soucis ça fait plaisir à Tromp que l’on fasse semblant de s’opposer à son ennemi prochain… la Chine.
Bonne journée