Il est fort probable que la France aura un budget dans les prochains. Enfin elle aura un document administratif volumineux extrêmement complexe dans lequel on découvrira que sur certaines lignes se cachent des incidences quotidiennes imprévues. Il faut savoir que dans le dispositif démocratique ce pensum chiffré est indispensable pour faire rentrer les recettes nécessaires à l’État et surtout ordonnancer les dépenses ordinaires qui assurent sa pérennité. En fait même si un schutdown à l’américaine est impossible, le fait de ne pas avoir de document de référence pouvait conduire à une situation compliquée.
En fait le budget qui ne contente personne, qui ne répond pas aux vœux d’une majorité de députés, qui n’est qu’une rustine sur une chambre à air gonflée au déficit, qui ressemble à un rafiot rafistolé pour affronter un océan d’incertitudes ne règle aucun problème de fond. La structure des rentrées nécessaires au fonctionnement des compétences nationales est reconduite alors qu’elle n’est qu’un amoncellement d’injustices, de paradoxes et de contradictions. Cette réalité de fond n’est jamais prise en compte et d’année en année on continue à reconduire des solutions obsolètes.
Le néo-libéralisme n’a qu’un obsession : favoriser la croissance par la consommation afin d’enrichir le monde l’offre utilisant à son avantage la loi du marché. Hors tous les signes indiscutables de l’évolution sociale démontrent que les consommateurs prudents entament une mutation dans leurs pratiques d’achat. D’ailleurs en décembre 2025 les constats devraient alerter sur la tendance sociétale.
Sur ce seul mois traditionnellement positif en raison des fêtes de fin d’année la consommation en biens fabriqués s’est repliée de 1%, Les dépenses en biens durables ont reculé, de 1,2%. Un repli qui s’explique par une nette baisse des achats de biens d’équipement du logement (-0,7% après +1,7% en novembre), notamment de meubles. Les achats de matériels de transports diminuent à nouveau (-0,7%, comme en novembre), notamment l’achat de véhicules neufs. Les dépenses en habillement-textile reculent elles aussi nettement, de 2,1%.
La consommation alimentaire diminue à nouveau, de 0,9%, après une diminution de 0,1% en novembre, en raison d’une baisse des achats de produits de produits alimentaires divers, comme ceux achetés habituellement pendant les fêtes de fin d’année, dont le chocolat. Janvier sera encore plus catastrophique. Encore une fois les prévisions seront démenties dans le secteur de la TVA « grosse recette (injuste) de l’État. Il en ira de même des près de 200 taxes différentes inventées par Bercy qui ne manque pas d’imagination. Le budget adopté par défaut est déjà faux…
La chômage remonte et donc les dépenses qui lui sont liées aussi, les dépenses de santé constatées sont déjà inquiétantes, le contexte géopolitique risquant de provoquer une inflation des prix de l’énergie… Le vote du document budgétaire ne changera rien à cette réalité : il faudra encore emprunter à à des taux supérieurs à ceux que l’on connaît actuellement. Tous ces paramètres qui changent d’un mois à l’autre ne sont absolument pas pris en compte dans le document « adopté sans être adopté ! »
Les élections municipales auront aussi des conséquences que l’on connaît mais qui n’ont pas été prises en compte. Les élections des exécutifs communaux n’auront lieu que fin mars et celles des intercommunalités début avril 2026. Ces collectivités ne seront opérationnelles qu’en mai et parfois avec des budgets confectionnés à la hâte. Les investissements (bâtiments, routes, achats d’équipement) seront en baisse dans un contexte où les premiers effets d’une crise de la dépense publique se profilent. Les défaillances d’entreprises arrivent.
Dans le milieu économique les mises en redressement judiciaire ou en cessation de paiement ne cessent de progresser. Quelque 63.112 procédures collectives ont été ouvertes par des entreprises en difficulté en France l’an dernier, selon les données diffusées par le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce. Soit 6,3 % de plus qu’en 2024. Loin d’amorcer la décrue qui était espérée il y a un an, le volume de défaillances a ainsi atteint un plus haut historique en 2025.
Les ventes aussi puisque les cas de LMB Aerospace, Biogaran, ou encore les antennes au sol d’Eutelsat sont arrivées sur le devant de la scène… Plus de 400 dossiers d’acquisitions d’actifs stratégiques ont été déposés pour contrôle de Bercy l’an dernier et on ne sait pas combien ont été acceptées.
Le budget n’est donc qu’une énorme pile de documents déconnectés de la réalité française. Tout le monde sait qu’il servira de couverture à étouffer la crise de confiance qui mine le pays. Rien d’autre.
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