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Un drame qui remet une nouvelle fois en cause le respect des normes

Un ami de longue date qui fut un musicien et un chef d’orchestre célèbres me rappelait hier qu’alors qu’il tournait sur toute la France le 1er novembre 1970 l’un des plus grands drames qu’avait connu la France se produisait à Saint-Laurent-du-Pont en Isère. En effet ce soir-là la discothèque Le « Cinq sept » s’embrassait causant la mort de 146 jeunes et moins jeunes. Lorsque le feu éclate, les issues de secours sont bloquées et un tourniquet empêche les victimes de sortir. 146 jeunes de la région périssent dans ce drame. A ce jour, l’origine de l’incendie n’a jamais été déterminée. 

Dans la foulée les normes de sécurité incendie n’évoluent pas très vite après l’événement. Il faudra ‘incendie aussi terrible du collège Edouard Pailleron de sinistre mémoire le 6 février 1973 pour qu’une législation entre effectivement en vigueur. Dans le drame isérois, une théorie avaient en effet mis en évidence le rôle qu’avaient joué les matières plastiques. Il y aurait eu une allumette sur un coussin qui aurait provoqué le début de l’incendie. Une chasse au matériau réputé très inflammable et surtout susceptible de dégager des fumées toxiques débutera. Il faudra encore pas mal de temps pour qu’il soit totalement éliminé de la construction.

L’autre cause de la mort de 146 clients du « 5-7 » résidait dans le fait que les issues de secours avaient été verrouillées pour empêcher les resquilleurs d’entrer dans le dancing. Il faudra attendre 1980 pour que des directives très précises avec un cahier des charges et surtout des commissions de sécurité départementales soient édictées. Elles concerneront les Établissements recevant du public (ERP) selon leur surface, leur importance et leur finalité.

Les permis de construire sont soigneusement examinés et les visites régulières sont programmées ou exigées par le Préfet ou les élus locaux. Elles sont toujours mal vécues par les exploitants mais elles ont probablement évité bien des drames. Mon ami me rappelait aussi que « la plupart des chefs d’orchestre y regarda ensuite à deux fois avant de signer un contrat » dans des salles plus ou moins conformes.

A Cran Montana, station célébrissime de ski, le drame a mis en évidence que toutes les mesures rigoureuses ne résistent pas aux aléas des comportements. Vite il faudra rechercher des coupables. C’est le rôle de la justice. L’établissement concentrait en effet plusieurs types de structures (dancing, bar, restaurant, hôtel) ce qui enchevêtre en Suisse comme chez nous les normes et les capacités d’accueil. Cette spécificité demandera de longues investigations.

N’empêche que je ne voudrais pas être celui qui a signé les documents d’ouverture et encore moins les propriétaires ayant eu en charge leur respect. Comment refuser des clients un soir de réveillon ? Quelle limite aux comportements exubérants des présents ? Comment imaginer que le plafond d’un sous-sol soit réalisé selon les premiers éléments avec du polystyrène ? L’escalier était-il assez large par rapport au nombre de personnes présentes ? L’issue de secours ?

Les ERP de cette catégorie ont toujours été très difficile à gérer. Entre la surconsommation d’alcool, la violence intérieure mais surtout extérieure, les seuils de rentabilité les gérants sont confrontés en permanence avec des difficultés qui les conduisent à renoncer. Il y a cinquante cinq ans à Saint-Laurent-du-Pont le tourniquet de contrôle a par exemple transformé le dancing en piège mortel. Désormais les agents de sécurité sont devenus indispensables. Parfois ils doivent avoir la qualification d’une sapeur-pompier. On a beau multiplier les précautions le risque zéro n’existe pas.

Celles et ceux qui se souviennent des fêtes dans le villages savent que lentement toutes les obligations faites aux organisateurs ont eu raison de ces évènements. Les salles champêtres étaient-elles conformes aux règles des établissements recevant du public ? Qui maintenant oserait les agréer avec leur plancher de bois disjoint et les guirlandes ou les éclairages raccordés à des tableaux électriques plus ou moins accessibles. Les responsabilités des élus n’étaient même pas évoquées. il va tout autrement à l’heure actuelle. Les candidats aux fonctions de Maire devraient y songer !  

On reparlera encore longtemps de la catastrophe humaine de Crans Montana. Et pas seulement chez nos amis suisses. Les « boîtes (le nom est approprié) de nuit » auront des visites officielles rapides. Il en est ainsi des événements tirés de la réalité quotidienne : le fameux action… réaction ! Quelques semaines d’agitation et de propositions. La célèbre rigueur helvète a été mise à mal. Il est certain que la justice française s’il s’avère que des ressortissants appartiennent au nombre des morts se saisira du dossier. L’office de Tourisme indique : « Pour ceux qui veulent s’amuser crans Montana offre une vie nocturne variée. Il y a de nombreux bars, discothèques et clubs où vous pourrez vous amuser ! »

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Cet article a 2 commentaires

  1. François

    Bonjour Jean-Marie !
    Abasourdi … sans voix … comme toi, je suis K-O debout devant cette nouvelle ( Non ! x ème ! ) catastrophe qui touche encore majoritairement des jeunes en recherche de plaisirs nocturnes et que l’on entasse SANS VERGOGNE dans des salles aux issues misérables. On est capable de s’insurger avec du « politiquement correct » contre des Dachau, œuvre de débiles, mais on ferme les yeux devant de tels établissements recommandés par l’office de tourisme ! Le pognon, bien sûr !
    N’incriminons pas les Suisses (les proprios sont français!) car on a les mêmes chez nous. Je me souviens du passage annuel des pompiers pour la sécurité des écoles (!) : jusqu’en 1995, complaisamment, ils détournaient leur regard devant des fils électriques avec coton ou acceptaient des installations électriques douteuses … dans un sous-sol inondable ! Oui, Monsieur l’ancien conseiller général ! !
    Je pose toujours la même question : et la prévention ? Où est-elle ? Et à la source, car donner une A.M.M. à des matériaux du bâtiment ou de déco alors qu’ils sont inflammables, c’est un délit ! Tu en doutes ? Va visiter les rayons brico-déco : pas besoin de détourner l’usage alors qu’il suffirait d’incorporer aux ingrédients un inhibiteur mais toujours le pognon !
    Bien sûr, après le drame, on pleure et on propose des solutions … ce que nos élites devraient prévoir UTILEMENT … pour une fois !
    Sauf que, demain, nos quittances … de « solidarité » seront recalculées … en hausse because déficit ! !
    Amicalement

  2. facon jf

    Bonjour,
    pour commencer l’année voila un sujet qui cause des insomnies aux responsables sécurité dès l’annonce de la visite ERP par les autorités compétentes. C’est du moins le souvenir que j’en ai dans mes responsabilités passées au sein d’une communauté caritative. Alerté trop tard pour rectifier en urgence les points essentiels, la visite s’est terminée par la menace d’une fermeture de ce lieu de vie jetant à la rue nos protégés. C’est ainsi que je me suis trouvé propulsé dans les attendus réglementaires des ERP de 5ème catégorie.
    Bien en a été car quelques temps plus tard, une ou des personnes criminelles jamais identifiées se sont introduites de nuit dans les locaux, ont débranché la centrale incendie et ont allumé plusieurs foyers. Par miracle aucune victime ne fut a déplorer, la remise en état des issues de secours ( antipanique et éclairage de secours) , conséquence de la visite ERP, n’était pas anecdotique dans ce sinistre.
    La vie humaine n’a pas de prix mais la sécurité oui ce qui explique les défauts d’entretien et les misérables magouilles pour louvoyer en dehors des contrôles.
    En juillet dernier (28juillet 2025), en pleine nuit, les flammes ont ravagé 300 m² de ce gîte de Charente qui accueillait 14 adultes dont huit personnes en situation de handicap. Cinq victimes ont été retrouvées mortes. L’incendie aurait débuté dans l’annexe contiguë qui constituait une extension du gîte non encore validée ERP.
    Les enseignement de l’incendie du gîte de Wintzenheim survenu le 9 août 2023 dans un gîte situé au lieu-dit de La Forge, dans la commune de Wintzenheim n’ont pas été tirés, pourtant 11 personnes avaient rendez-vous avec la mort cette nuit là.
    Le gîte est une ancienne grange rénovée récemment et il n’avait fait l’objet d’aucune demande de permis de construire. Il faisait trois étages sur 500 m2.
    Au moment de l’incendie, l’organisateur du séjour disposait d’un agrément provisoire mais le gîte n’était porté à la connaissance d’aucune administration et catégorisé officiellement en bâtiment à usage agricole. La vice procureure de la République de Colmar déclare : « Le gîte n’avait pas subi le passage de la commission de Sécurité qui est obligatoire » et « ne disposait pas des caractéristiques pour accueillir du public ». La classe politique hypocrite a proclamé le « plujaméça ». Le jour même, la Première ministre Élisabeth Borne et la ministre des Solidarités et des Familles Aurore Bergé se rendent sur place.
    Le président de la République Emmanuel Macron a réagi aux événements sur Twitter.
    Le lendemain, la ministre chargée des personnes en situation de handicap, Fadila Khattabi, se rend sur place à la cellule de crise et déclare : « Nous devons toute la vérité aux familles ».
    La ministre des Solidarités Aurore Bergé a annoncé le lundi 14 août au Parisien vouloir « lancer une mission plus générale sur la question des vacances adaptées » notamment pour « poser des règles (…) plus strictes, sur les normes imposées, le public concerné, le taux d’encadrement ».
    Les mêmes causes produisent les mêmes effets 2 années plus tard ( 9/08/2023 et 28/07/2025) et peu de choses, voire rien, ont suivi la première catastrophe qui elle même avait été précédée de nombreux autres incendies ( incendie de la rue Erlanger dans la nuit du 4 au 5 février 2019 et qui ravage l’immeuble situé au 17 bis de la rue Erlanger, dans le 16e arrondissement de Paris, faisant dix morts. Incendie du boulevard Vincent-Auriol ayant eu lieu dans la nuit du jeudi 25 au vendredi 26 août 2005 au 20 boulevard Vincent-Auriol dans le 13e arrondissement de Paris, dans un immeuble géré par un bailleur associatif où résidaient cent trente personnes. Le bilan s’élève à dix-sept morts dont quatorze enfants.)
    L’absence de contrôle est bien souvent le moteur de l’engrenage fatal de ces catastrophes, si on ajoute une louche d’ignorance du risque, une bonne rasade de cupidité additionnée d’un zeste de corruption (ou accessoirement l’intention de vouloir faire le bien comme le 26/08/2005), alors tout s’enclenche pour les victimes.
    Dans la réglementation ERP comme pour le code de la route, les sanctions imposées, aussi dures soient-elles, ne seront jamais aussi cruelles que les catastrophes dues au non-respect des règles.
    Ceci est mon point de vue qui n’engage que moi.
    bonne soirée

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