Dans mon livre « Le Jour où… » (1) à travers une anecdote ou un moment plus long de leur vie, je tente de fournir au lecteur une piste pour connaître leur véritable caractère, je narre une soirée passée par André Labarrère alors Ministre chargé des relations avec le Parlement et maire de Pau. J »en conserve un souvenir inoubliable avec bien d’autres qu’il m’a été donné d’accumuler dans des rencontres toujours édifiantes. Nous sommes en 1986 et il vient inaugurer une Résidence pour Personnes Âgées avec Philippe Madrelle, Pierre Garmendia et le maire d’alors Roger Caumont. Ce dernier étant originaire de Bidache, une entente complice s’est créée entre les deux hommes. Les cérémonies ont donc une tonalité détendue.
Le Préfet Georges Abadie, bien que ce soit une période pré-électorale est de la fête. Il est en civile, et tant donné qu’un Ministre en exercice est présent il ne prendra pas la parole. Le député-Maire de Pau fidèle à sa légende effectue un show exactement comme il le ferait dans sa ville natale. Il serre les mains, discute avec tout le monde, commente les tenues des uns et des autres. Il est de fort bonne humeur. Sur la même ligne les officiels descendent l’allée centrale conduisant aux locaux communs devant lesquels doit être coupé le ruban tricolore et où doivent être prononcé une demi-douzaine de discours.
Alors que le Palois adresse au très nombreux public des saluts d’acteur allant à une projection du festival de Cannes, un setter s’invite à la fête. Panique à bord. Tout le monde essaie de maîtriser ce canidé tout fou. C’est l’affolement. Un second rôle parvient à attraper le chien par le collier et à le sortir des jambes ministérielles. L’intermède amuse tout le monde.
La déambulation reprend. André Labarrère m’adresse un signe de la main afin que je m’approche de lui. Pour quelle raison ? J’hésite. Il insiste discrètement. Je finis par m’approcher et il me glisse une demande surprenante : « vas me chercher le nom de tous les chiens de la Résidence !» Le ton est « labarrèrien » c’est à dire aussi sec que son sourire est avenant. Personne n’a fait attention. Voyant ma surprise il répète sa demande en ajoutant « fais ce que je te dis et ne cherche pas à comprendre ! ». Me voici parti à la recherche des toutous que les mamies résidant dans la RPA tiennent prudemment en laisse ou dans leurs bras. En toute hâte je déchire un coin d’une nappe papier couvrant les tables du vin d’honneur et je note les informations en toute hâte. Je m’approche de celui qui patiente en écoutant la litanie des interventions convenues pour une inauguration. Une bonne quarantaine de minutes avant qu’il ne prenne la parole.
Après avoir prévenu qu’il s’exonérerait des propos officiels, il sortit le bout de papier que je lui avais glissé aussi discrètement que possible. « Mon cher Roger (prénom du maire), tu peux être fier de ta réalisation. Tout est réussi sur le plan architectural. Tout est fonctionnel. Le confort est parfait. Le projet est audacieux mais je tien à te féliciter sur un point précis qui atteste de ton humanisme et ton souci du bien vivre ensemble : tu acceptes que les résidentes gardes leurs fidèles compagnons. Qu’en pensez-vous la maîtresse de Froufrou ? Où êtes-vous ? » L’assistance se tourne vers un dame âgée gênée d’être mise en avant mais fière que son chien soit mis à l’honneur et époustouflée qu’un ministre connaisse persnnellement le nom de son animal de compagnie !
Le Palois énuméra tous les noms que j’avais recueilli entame un échange avec les propriétaires des animaux sollicitant des applaudissements pour chacune d’entre elles. Un triomphe. « Mesdames vous devez ce bonheur à votre maire, mon ami Roger Caumont. Ne l’oubliez pas ! » Il lui restait à recueillir les fruits de son coup d’éclat en allant discuter avec chaque dame entourée de ses voisines, se renseigner sur le canidé et lui souhaiter d’être heureux.
J’étais encore époustouflé par cette séquence tellement inattendue. Lors du repas où nous nous sommes retrouvés dans la salle des fêtes d’un village voisin et après bien d’autres péripéties (2) je dînais face à celui qui était devenu André. Impossible de ne pas évoquer son discours. Il me donna un conseil. « Jean-Marie n’oublie jamais que les chiens votent autant et beaucoup mieux que les humains ! Si tu t’intéresses aux chiens ou aux chats, leurs maîtres te seront fidèles ! » En fait il n’aimait pas les chiens du tout.
Lors de ses célèbres porte à porte durant les campagnes électorales s’il passait devant une maison dans laquelle un chien aboyait et dans laquelle il n’y avait personne, il sortait une carte de visite et écrivait : « Madame, monsieur, je suis passé vous saluer. Je regrette votre absence car j’aurais bien aimer dialoguer avec vous. Je tiens à vous féliciter car vous avez un excellent gardien, motivé et attentif. Votre chien veille bien sur vos biens ! N’oubliez pas de voter pour moi. A bientôt » Il signait et déposait le carton dans la boite aux lettres.
Ce matin j’ai entendu dans la matinale de Thomas Soto, un reportage était consacré aux chiens enjeu des municipales en 2026. Édifiant ! Désolant !« Vendre du rêve à toutou pour séduire son maître… » tel était le lancement d’une séquence expliquant que les électrices et les électeurs se déterminent davantage sur les promesses faites pour leur animal de compagnie que sur les équipements culturels ou sportifs, l’aide aux humains les plus démunis ou un programme citoyen ! Labarrère était un précurseur.
(1) Le jour où…. Éditions Le Bord de l’Eau dont je possède encore quelques exemplaires.
(2) il avait effectué un grand numéro sur Christophe Colomb premier socialiste de l’histoire
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Ce récit je l’ai souvent repris pour expliquer la force des mots des discours politique. Il évoque pour moi une maxime « ne jamais transiger sur les valeurs mais il n’est pas interdit d’être malin » je crois que cet adjectif pourrait bien coller au Palois. Il était malin et gardait je veux le croire ses valeurs. De lui j’ai appris une autre astuce maline. Lorsque les palois appelaient à la mairie parfois furieux de telles ou telles choses, il faisait noter par sa secrétaire nom et telephone … il les rappelait alors tres tres tres tôt le matin suivent … « bonjour c’est monsieur le maire on m’a prévenu de votre courroux alors comme j’ai vu que c’était très important je vous appelle à la première heure » souvent le courroux tombait de lui même …
Je retiens de cette anecdote comme de la tienne que souvent la conduite de la politique publique passe pas des chemins bien buissonnier
Pour moi l’essentiel c’est bien que la RPA existe et que les anciens qui y vivent puisse le faire avec leur compagnon à 4 pattes. Le bonheur ça tient à de petites choses. « Est sage celui qui connaît les autres »