Depuis 1958, 40 personnes ont été le ministre en charge de l’éducation, sous la responsabilité de 48 premiers ministres différents. Lors du dernier changement de gouvernement, la durée moyenne d’occupation du poste par les ministres, est de 646 jours, hors intérim et période sous statut de démissionnaire, soit un an, neuf mois et neuf jours. Lors du second quinquennat de Macron, les ministres en pleine charge de l’éducation ne sont restés à leur poste que 207 jours en moyenne, soit moins de sept mois. Alors que pendant le premier quinquennat, M. Blanquer a établi le record de longévité dans cette fonction. Au cours de l’année 2024, ce sont pas moins de cinq personnes différentes qui ont exercé la fonction. Geffray est le sixième du second septennat. Et pendant cette valse l’école pédale dans la semoule…
D’ailleurs le dernier arrivée rue de Grenelle qu’il connaît comme la poche intérieure de son costard a délivré un constat sans nuances . La situation selon lui est « extrêmement inquiétante » à la fois « en termes de niveau », d’« inégalités sociales et scolaires » et de « santé », notamment psychique, des élèves, ses trois « priorités ». Peut-on être plus lucide ? Le quarantième ministre de la V° République avoue ce que bien d’autres personnes moins huppées que lui savent depuis quelques années. Il reste à savoir quelles solutions sont proposées étant donné qu’elles ne seront qu’à long terme et que celui qui les proposerait ne sera plus en poste à ce moment là !
Le néo-ministre effectue un premier constat qui devrait vraiment inspirer les élus locaux. Comme le veut en effet une tradition bien étable, il a évoqué le nombre de postes d’enseignants… avec en corollaire l’évolution démographique. En effet l’école du niveau primaire (maternelles et élémentaires) perdront 1 million d’élèves ! Il s agit d’une réalité qui bien évidemment a des variations territoriales fortes. Plusieurs facteurs jouent en la matière mais aucune n’est en recul. Au contraire certains d’entre eux s’aggravent en permanence.
Cette vision comptable certes importante pour l’avenir de nombreux établissements, ne changera absolument pas les évolutions néfastes constatées lors des évaluations annuelles. A la rentrée 2016 la moyenne des effectifs par classe au niveau national se situera à 21 enfants. Cette référence ne veut rien dire car entre une « communale » de zone rurale dépeuplée et celle des zones en expansion démographique. Les problèmes s’annoncent en revanche dans les collèges où est arrivée la vague des promotions antérieures. Le recrutement de professeurs de ce niveau sera problématique.
Contrairement à ses prédécesseurs, celui qui a le mérite d’avoir été à un poste clé du ministère a évoqué pour lutter contre la baisse de niveau « la pédagogie » utilisée. Ce mot tabou dont on ne parle guère dans la vie quotidienne mérite une adaptation permanente en fonction des évolutions externes pesant sur les élèves et l’école. Il s’agit de moins en moins d’un formatage mais d’une préparation aux mutations qui interviennent désormais dans une vie. Le ministre a rappelé qu’une réforme de la formation initiale (ce sera la énième depuis la fin des écoles normales) et du recrutement des enseignants entrait en vigueur.
Les décisions prises à la hâte face à la crise des vocations ramènent les concours enseignants à bac + 3 au lieu de bac + 5. Les étudiants seront élèves fonctionnaires pendant un an puis fonctionnaires stagiaires un an supplémentaire. Le projet de loi de finances 2026 (PLF) prévoit plus de 8 000 postes de fonctionnaires stagiaires, qui sont rémunérés. On revient à la formation professionnelle en deux ans dispensée après 1968 dans les EN. Il faut par ailleurs « changer de braquet sur la formation continue » de plus en plus réduite. Ce n’est pas gagné car il y aura toujours le problème du remplacement.
Sur le sujet de la santé des élèves, la préoccupation ministérielle est de trouver des psychologues, des médecins, d’assistantes sociales et infirmières. Il a avoué que dans ce secteurs « un poste sur deux était vacant faute de candidates ou de candidats ».
Rien, absolument rien compte-tenu des salaires et des carences actuelles de professionnels dans ces deux métiers, l’éducation nationale ne parviendra pas à combler les vides de plus en plus criants. Une étude de l’Inserm a récemment démontré que 30 % des élèves déclarent souffrir de troubles anxiodépressifs. Et comme le système de santé ultra-privatisé avec des revenus largement supérieurs à ceux d’un salaire de fonctionnaire on mettra des décennies avant de combler le retard.
L’école va mal…Le manque de moyens qui menace les communes , les départements et les régions aggraveront sa situation dans les trois prochaines années. Les rythmes scolaires seront modifiés pour la énième fois alors que ceux qui sont opérants à l’heure actuelle sont catastrophiques mais gelés pour le confort des enseignants. D’ici là une demi-douzaine de ministres auront joué aux apprentis sorciers en pondant programmes, instructions officielles, circulaires…
En savoir plus sur Roue Libre - Le blog de Jean-Marie Darmian
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
« M. Blanquer a établi le record de longévité dans cette fonction. »
…et a été de loin probablement le plus désastreux , ce qui n’a étonné personne, depuis 1951 et le sinistre André Marie. Pourtant il y a eu de la concurrence dans la malfaisance organisée.
» A la rentrée 2016 (2026 ?) la moyenne des effectifs par classe au niveau national se situera à 21 enfants. »
Effectivement ça ne veut rien dire. Pour une classe c’est « jouable » à condition qu’il n’y ait pas trop de niveaux. Pour un CP c’est même idéal.
Très mauvais souvenir par contre d’une classe unique de 20 élèves remuants et indociles (de la SE au Certif) dont j’avais hérité, retour du service. Heureusement que ça n’a pas duré.
Mais ça signifie aussi que dans certains quartiers de ville, ça va monter à trente et peut être plus, et là, ça devient infernal pour les élèves comme pour l’enseignante ou l’enseignant.
La suppression des Écoles Normales, a été catastrophique, mais elles auraient dû évoluer, c’est sûr, car elles n’étaient plus adaptées à la situation.
Je me souviens des conversations que nous avions parfois, lors des « remises à niveau » avec les normaliens. Beaucoup ne cachaient pas qu’ils n’avaient pas l’intention de faire toute leur carrière dans l’Éducation Nationale.
Comme on a décidé que les sourds ne le seraient plus mais seulement « mal entendants », les aveugles « non voyants », les concierges « gardiennes d’immeubles » (même si elles sont toujours dans l’escalier), en 2019, l’IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) est devenu « Les Écoles SUPÉRIEURES de Formation des Maîtres » (Institut, c’était trop commun, Supérieure, c’est mieux)… sont-ils devenus plus compétents pour autant ? Si l’on en juge par le niveau des bacheliers, ce serait plutôt le contraire, par contre, ce qui semble primer avant tout, c’est apprendre à nos chères têtes bondes à se « toucher le pipi »… Madame Borne brillamment reconduite alors dans ses fonctions a personnellement veillé aux quotas d’heures dédiées à ça. Lire, écrire, compter, les cours d’histoire et géographie, ça viendra après. Ça valait le coup de mettre « SUPÉRIEURES » dans l’appellation de leur cursus…
Je ne sais si les programmes ont évolué, mais je me souviens, convoqué pour surveiller le concours de ce qui était alors l’IUFM, avoir découvert avec stupéfaction un des sujets à traiter par ces malheureux jeunes gens : une question assez pointue sur la théorie de Wegener et la dérive des continents.
Bien sûr il est bon d’avoir une solide culture générale, au moins pour la satisfaction d’acquérir des connaissances, et aussi pour échapper à l’injure suprême que l’on croyait faire aux enseignantes et enseignants de l’école élémentaire : « Ce sont des primaires » . Mais il ne faut pas exagérer…
Au fur et à mesure que j’avance en âge, beaucoup de confidences, de témoignages, m’ont fait acquérir la conviction que les crimes sexuels sont de loin les plus répandus, les plus tus, les plus cachés, les plus ravageurs, de ceux qui ne connaissent aucune frontière de classe sociale, d’âge, de genre.
J’ai donc l’audace de croire que l’éducation sexuelle est une chose très importante.
Apprendre à se connaître, apprendre à connaître, respecter et dialoguer avec l’autre sexe, apprendre que sentiments et sexualité peuvent faire de nous des êtres sereins, épanouis et heureux.
Oh combien ce programme est vaste, difficile et casse-gueule, mais oh combien nécessaire, en plus de toutes les autres matières fondamentales !
En cette période de folie furieuse planétaire, l’éducation et la culture sont les deux seules lueurs que l’on peut encore apercevoir dans la pénombre. Nous devons absolument en prendre soin et tout faire pour les voir grandir…
« Apprendre à se connaître, apprendre à connaître, respecter et dialoguer avec l’autre sexe, apprendre que sentiments et sexualité peuvent faire de nous des êtres sereins, épanouis et heureux. » …. Apprendre à juger aussi quand on peut dire oui, surtout acquérir les moyens de pouvoir dire non et se défendre même si parfois l’expérience est traumatisante.
Salut et Fraternité
Pendant que ma femme se ruine la santé à exercer ce métier, un autre qui bavait sur ce métier rumine à la santé .
Même normalement en vacances, elle bosse .
Faut bien s’ occuper de tout ces petits génies en devenir, HPI , TDAH, etc …
je n’ ai du coup aucune inquiétude pour l’ avenir, d’ après leurs parents, ils ont tous un don.
La prof, c’ est l’ assistante sociale, la confidente, l’ éducatrice, l’ informaticienne, tout ça pour un modeste salaire .
Je déteste aujourd’hui ce boulot avec tout ce que j’ en sais maintenant, vivement sa retraite, déjà la progressive pour commencer.
Cordialement.