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La recette de la cambuse du Palais Bourbon

La démocratie a ses limites. Lorsqu’il s’agit de répartition de postes à responsabilités et des avantages qui vont avec, le marchandage remplace en effet le respect des valeurs. Les échanges de services au sein de l’Assemblée nationale ont toujours existé. Dans le contexte actuel les parangons de vertu ont donc baissé pavillon en sachant fort bien que leur électorat ne saura jamais quels ont été les clauses des contrats occultes passés. Les faits ne prêtent pourtant pas à confusion. Encore une fois la « proportionnelle » a causé des dégâts car son application a permis de relancer opportunément l’entrée du RN dans la hiérarchie du Palais Bourbon.

Le règlement prévoit une répartition des attributions, selon un système de points, si tous les groupes en sont d’accord. A défaut, des votes sont organisés. La gauche s’est opposée au système de points, refusant l’entrée du RN dans les instances de l’Assemblée au nom du front républicain, mais le RN et le socle commun se sont accordés pour imposer par leurs votes cette répartition.

Le calcul repose sur une base constituée par la somme des points différenciés entre les vice-présidences, la questure, les secrétaires, les présidences de commission, les vice-présidence et là encore les secrétaires. Ensuite un quota est accordé aux groupes selon leur importance. Il faut ensuite ne pas dépasser le total fixé… à la proportionnelle en jouant sur les postes.

L’enjeu est financier et surtout matériel car à chaque nomination correspond un supplément d’indemnité mais aussi et surtout des avantages conséquents (importance du bureau, logement, voiture, chauffeur, personnel, possibilités de repas pris en charge…). L’élu choisi par ses pairs ne consomme plus de crédits ou des moyens attribués à son groupe et peut le faire bénéficier indirectement de ceux qui lui reviennent. Dans le protocole chaque « grade » a aussi ses prérogatives. En plus par exemple l’ordre du tableau des vice-présidents découle du nombre de voix obtenu en séance. Le résultat de cette tambouille es significatif de l’état réel de la politique en France.

A l’arrivée le RN et ses alliés « ciottistes » obtiennent donc cinq représentants au sein du Bureau. Le socle commun (Renaissance, Horizons, Modem et Les Républicains) totalise neuf représentants, en comptant la présidente. La gauche (La France insoumise, Parti socialiste, Écologistes et communistes) en a eu sept. Le groupe centriste indépendant Liot n’obtient plus qu’un secrétaire. La Droite aidée par la Droite extrême et l’extrême-droite a repris le contrôle du bureau. C’est un changement important car cette instance établit l’ordre du jour et surtout établi les sanctions en cas de dérapage de l’un des députés (levée de l’immunité parlementaire).

Les commissions ont également renouvelé leurs bureaux. Et là aussi les « emmerdeurs » potentiels ont été écartés. On revient entre gens raisonnables. Avec l’aide officielle du RN qui a remis la monnaie de son accession à deux vice-présidences de l’Assemblée, le Socle commun a récupéré toutes les présidences à l’exception de celle des finances qui a été laissée à Cocquerel puisqu’elle revient selon la règle à l’opposition. En revanche le pugnace Charles de Courson a été éjecté de son poste de rapporteur du budget. Trop compétent et trop critique. Les affaires sociales et la culture ont aussi été « nettoyées ».

Il est évident que l’on peut se demander si les avantages réciproques que se sont attribués la majorité minoritaire et le RN ne préludent pas à une non-censure ultérieure. On parle aussi d’une loi tombée de nulle part relative à l’exécution provisoire des peines afin d’aider les deux martyrs de la justice à se sortir du mauvais pas dans lequel il se trouve. Les discussions dans les coulisses ont eu lieu. C’est une certitude. On en verra les effets dans quelques semaines.

Par ailleurs la composition du gouvernement avec le maintien dans leurs postes respectifs de Retailleau et Darmanin confirme que un changement dans la continuité absolue avec en plus une fausse injonction de LR de rafler un tiers des postes avant les municipales. Même s’ils menacent « retenez-nous où on fait votre malheur en quittant le radeau de la Méduse gouvernemental » ils se préservent du désastre annoncé. Au risque d’être désavoué par une nouvelle poussée égocentrique présidentielle, il n’y aura pas  en effet de dissolution d’ici la fin de l’année. Par contre il n’est pas impossible qu’elle intervienne dès le début 2026 afin que le scrutin législatif se déroule en même temps que celui des municipales.

Dans tous les partis on se prépare discrètement à cette hypothèse… et tout est fait pour gagner du temps. Le fossé entre les électrices et les électeurs et leurs élus se creuse chaque jour un peu plus. Le lien entre le suffrage universel et les aspirations populaires ou plutôt populistes s’effiloche. Il faut dire que question confiance il y a encore du boulot pour le retrouver ! Mais bien entendu ça toujours été comme ça. Pas de raison que ça change ! 

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Cette publication a un commentaire

  1. J.J.

    Où l’on voit réapparaître en filigrane, une variante réactualisée du bon vieux slogan des nantis, autoproclamés de droit divin, prêts à vendre leur âme au Diable pour la moitié d’un plat de lentilles : « Plutôt Hitler que le Front Populaire ».
    La continuation d’une sorte de coup d’état « soft », comme disent les gens fâchés avec la langue française.

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